Depuis plus d'un an qu'elle sévit, la pandémie de Covid-19 a contraint les politiques, les scientifiques et les observateurs à une grande modestie. L'émergence de variants du virus, l'incertitude sur leur comportement, les aléas de la production de vaccins, la difficulté d'une vaccination rapide et de masse... rendent impossible le moindre pronostic sur le terme de la crise que nous connaissons.
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Depuis plus d'un an qu'elle sévit, la pandémie de Covid-19 a contraint les politiques, les scientifiques et les observateurs à une grande modestie. L'émergence de variants du virus, l'incertitude sur leur comportement, les aléas de la production de vaccins, la difficulté d'une vaccination rapide et de masse... rendent impossible le moindre pronostic sur le terme de la crise que nous connaissons. Le constat vaut tout autant pour l'évaluation de la gestion d'une pandémie à laquelle, parce que pour beaucoup totalement inédite, rares ont été les pays qui étaient, même partiellement, préparés. De surcroît, l'épidémie a connu en treize mois tellement de phases de confinement, déconfinement, reconfinement, radical, ciblé, territorial, que le bilan peut varier du tout au tout selon les périodes ou les lieux. Un des exemples les plus marquants a été donné par le Royaume-Uni, déficient dans la prévention des contaminations initiales et dans la prise en charge des premiers malades, rudement efficace dans l'organisation de la vaccination. A défaut de dresser un bilan global pays par pays qui ne pourra être tiré qu'une fois la pandémie éradiquée, on peut dégager l'une ou l'autre tendance. Les Etats de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est ont assurément été les plus performants dans l'endiguement de la pandémie. Leur expertise en la matière les y a aidés. L'autoritarisme sur le modèle du régime chinois ne peut en revanche pas être retenu comme un facteur facilitateur de ce succès. Des démocraties avec des pratiques de contestation sociale éprouvées, comme la Corée du Sud, ont obtenu les mêmes résultats voire les ont supplantés. A l'autre bout du spectre du traitement de la pandémie, deux pays émergent pour symboliser le contre-exemple de cette efficience. L'Inde connaît depuis le 20 avril une explosion des contaminations, plus de 300 000 par jour, et des décès, quelque 2 000 quotidiens, chiffres officiels sujets à caution, ainsi qu'une diffusion accélérée de variants qui font craindre un désastre pour le pays et une menace durable pour le monde. Il faut croire que des grandes puissances l'ont bien compris, elles qui acheminent vers New Delhi du matériel, des médicaments et des moyens pour consolider un système hospitalier proche du naufrage. Cette catastrophe rappelle celle que connaît le Brésil où des pics de mortalité à 4 000 personnes par jour ont été atteints il y a quelques semaines et où l'infrastructure de santé, pas assez soutenue, arrive, elle aussi, à saturation. Or, il n'est évidemment pas indifférent que l'Inde et le Brésil soient dirigés par des personnalités, le nationaliste Narendra Modi et l'extrémiste de droite Jair Bolsonaro, adeptes des méthodes populistes de gouvernement. En minimisant ou niant la réalité de la maladie, en faisant prévaloir les attentes de leurs obligés sur l'intérêt général, en se soumettant à des fantasmes imprégnés de religiosité, en recherchant arbitrairement leur profit politique, ils peuvent être tenus pour responsables, directement ou indirectement, de la mort de plusieurs de leurs concitoyens. A contrario, l'évolution de la gestion de la pandémie aux Etats-Unis sous Joe Biden, même si en fin de mandat, Donald Trump avait compris l'importance d'une vaccination accélérée, démontre les vertus d'une politique raisonnée, fondée sur la science, et inclusive pour affronter pareil fléau.