Bolsonaro a qualifié le coronavirus de "petite grippe" et s'est moqué des mesures de distanciation sociale destinées à ralentir la propagation du virus. Il a aussi proclamé que "nous allons tous mourir un jour" en appelant les citoyens à reprendre le travail. Dans le même temps, les gouverneurs des provinces continuent à imposer leur lockdown et tentent de lutter contre une pandémie mortelle qui menace de submerger le système de santé du pays. Aujourd'hui, à cause de ces divergences politiques et sanitaires, le Brésil est au bord d'une crise politique. De plus, le président brésilien est confronté à une enquête sur une possible corruption qui pourrait plonger le pays dans la tourmente en plein milieu d'une pandémie.

Bolsonaro, seul contre tous

Le président brésilien minimise toujours la gravité de la menace du coronavirus et remet en question les statistiques officielles. Selon lui, les gouverneurs manipulent les chiffres à des fins politiques. Son approche guerrière de la pandémie l'a mis en confrontation directe avec ces gouverneurs et autres dirigeants locaux, dont certains comptaient parmi ses alliés. En mars, alors que Bolsonaro demandait la fin du confinement, 25 gouverneurs des 27 États ont décidé de le maintenir. Au moins deux de ces gouverneurs s'étaient auparavant ralliés à lui : Wilson Witzel de Rio de Janeiro et João Doria de São Paulo. Mais aujourd'hui, la sécurité publique semble prendre le pas sur la loyauté politique.

João Doria, a fermé l'État le plus peuplé du Brésil le 24 mars dernier et a depuis prolongé le lockdown jusqu'au 10 mai au moins. Wilson Witzel (testé positif pour le Covid-19 au début du mois d'avril) a décrété l'état d'urgence à la mi-mars, fermant des entreprises et vidant les célèbres plages de Rio jusqu'au 30 avril. Lockdown qui sera lui aussi probablement prolongé. Bolsonaro s'est battu contre ces restrictions.

Les gouverneurs ne sont pas les seuls en désaccord avec le président. Fin mars, Bolsonaro a lancé #BrazilCannotStop, une campagne nationale encourageant les Brésiliens à reprendre le travail et une vie normale. Mais un juge fédéral a interdit la campagne, car elle affaiblissait les autorités des gouverneurs des États à imposer des mesures de quarantaine. D'autre part, à la mi-avril, Bolsonaro a renvoyé son ministre de la santé Luiz Henrique Mandetta. Ce dernier avait publiquement contredit Bolsonaro, préconisant des mesures de distanciation sociale et soutenant les gouverneurs.

Ancien ministre de la santé brésilien, Luiz Henrique Mandetta, Getty
Ancien ministre de la santé brésilien, Luiz Henrique Mandetta © Getty

De nombreux Brésiliens ont protesté de chez eux en frappant sur des casseroles à leurs fenêtres en demandant l'éviction de Bolsonaro. Certains sondages suggèrent que la majorité des Brésiliens soutiennent les mesures de distanciation sociale et désapprouvent la façon dont Bolsonaro gère la pandémie.

Brésilienne protestant contre Jair Bolsonaro sur son balcon, Bruna Prado, Getty
Brésilienne protestant contre Jair Bolsonaro sur son balcon © Bruna Prado, Getty

La Cour suprême du Brésil a, quant à elle, soutenu le pouvoir des gouvernements des États de mettre en oeuvre des mesures de confinement, ce qui signifie que Bolsonaro peut se plaindre, mais il ne peut pas les annuler.

Cependant, les actions de Bolsonaro sont toujours potentiellement dangereuses. Le président bénéficie d'une base solide de partisans, qui a tendance à adhérer pleinement à sa rhétorique. Ces derniers se méfient des grands médias, ils s'opposent aux mesures de confinement, tout comme leur président. Certains d'entre eux ont d'ailleurs bloqué l'accès à des hôpitaux à São Paulo.

L'absence d'une stratégie unifiée pour lutter contre la pandémie a conduit à un patchwork de mesures dans tout le Brésil. Certains États assouplissent les mesures de confinement tandis que les systèmes hospitaliers des grandes villes du Brésil croulent sous le poids des patients atteints de coronavirus.

Bolsonaro préfère miser sur l'économie

Disposant finalement de peu d'outils pour résoudre la crise sanitaire, le président brésilien veut parier sur son efficacité économique. Toujours en train de lutter contre la récession de 2015, les perspectives économiques du pays n'étaient pas vraiment roses avant la pandémie. Le déficit croissant du Brésil pourrait limiter sa capacité à utiliser les mesures de relance pour faire face aux retombées économiques et le pays doit également faire face à des coûts d'emprunt plus élevés. Le Fonds monétaire international prévoit que le Brésil pourrait connaître une croissance négative supérieure à 5 % en 2020.

Les retombées de la fermeture de restaurants, de magasins et d'entreprises pourraient être catastrophiques et cela pourrait aggraver la crise de santé publique. Des millions de Brésiliens dépendent du travail au noir pour survivre. Ils se retrouvent dans une situation précaire où ils risquent leur vie de toute façon en travaillant ou en restant chez eux. C'est pour cela que Bolsonaro veut tout faire pour tabler sur l'économie.

Une affaire de corruption en pleine pandémie

Ce vendredi 24 avril, le mécontentement s'est amplifié. Le populaire ministre de la Justice, Sérgio Moro, a démissionné après que Bolsonaro a renvoyé le chef de la police fédérale, Maurício Valeixo, sans raison apparente. Cette action a mis de l'huile sur le feu et menace d'éclipser, du moins pour un moment, les crises sanitaire et économique dans le pays.

L'ancien ministre de la Justice, Sérgio Moro, Andre Coelho, Getty
L'ancien ministre de la Justice, Sérgio Moro © Andre Coelho, Getty

L'ancien ministre de la Justice, Sérgio Moro, est fortement impliqué dans la lutte contre la corruption. Il était le juge fédéral qui a présidé le vaste programme d'anti-corruption du Brésil en 2014. Le scandale impliquait des pots-de-vin entre des politiciens et des cadres de la compagnie pétrolière publique du pays. C'est pourquoi sa démission a été si explosive. Lors de son départ, il a accusé Bolsonaro d'essayer de se mêler de l'application de la loi en déclarant que le président avait renvoyé Valeixo parce qu'il voulait "une personne avec qui il pourrait être en contact personnel, qu'il pourrait appeler directement, de qui il pourrait recevoir des informations et des rapports de renseignement".

Le fils du président, Flávio, aussi sénateur d'État, fait l'objet d'une enquête depuis quelque temps pour un présumé système de blanchiment d'argent dans lequel il est accusé d'utiliser des fonds publics pour payer des employés inexistants, notamment dans une chocolaterie de Rio de Janeiro. Son autre fils, Carlos, fait l'objet d'une enquête de la police fédérale pour avoir organisé de fausses attaques de presse qui ont sali les juges de la Cour suprême.

Ce 27 avril, une enquête de 60 jours visant à déterminer si Bolsonaro s'est livré à la corruption ou à l'obstruction à la justice en licenciant Valeixo a été lancée. Comme celui de son président, l'avenir du Brésil parait de plus en plus incertain.

Bolsonaro a qualifié le coronavirus de "petite grippe" et s'est moqué des mesures de distanciation sociale destinées à ralentir la propagation du virus. Il a aussi proclamé que "nous allons tous mourir un jour" en appelant les citoyens à reprendre le travail. Dans le même temps, les gouverneurs des provinces continuent à imposer leur lockdown et tentent de lutter contre une pandémie mortelle qui menace de submerger le système de santé du pays. Aujourd'hui, à cause de ces divergences politiques et sanitaires, le Brésil est au bord d'une crise politique. De plus, le président brésilien est confronté à une enquête sur une possible corruption qui pourrait plonger le pays dans la tourmente en plein milieu d'une pandémie.Le président brésilien minimise toujours la gravité de la menace du coronavirus et remet en question les statistiques officielles. Selon lui, les gouverneurs manipulent les chiffres à des fins politiques. Son approche guerrière de la pandémie l'a mis en confrontation directe avec ces gouverneurs et autres dirigeants locaux, dont certains comptaient parmi ses alliés. En mars, alors que Bolsonaro demandait la fin du confinement, 25 gouverneurs des 27 États ont décidé de le maintenir. Au moins deux de ces gouverneurs s'étaient auparavant ralliés à lui : Wilson Witzel de Rio de Janeiro et João Doria de São Paulo. Mais aujourd'hui, la sécurité publique semble prendre le pas sur la loyauté politique. João Doria, a fermé l'État le plus peuplé du Brésil le 24 mars dernier et a depuis prolongé le lockdown jusqu'au 10 mai au moins. Wilson Witzel (testé positif pour le Covid-19 au début du mois d'avril) a décrété l'état d'urgence à la mi-mars, fermant des entreprises et vidant les célèbres plages de Rio jusqu'au 30 avril. Lockdown qui sera lui aussi probablement prolongé. Bolsonaro s'est battu contre ces restrictions.Les gouverneurs ne sont pas les seuls en désaccord avec le président. Fin mars, Bolsonaro a lancé #BrazilCannotStop, une campagne nationale encourageant les Brésiliens à reprendre le travail et une vie normale. Mais un juge fédéral a interdit la campagne, car elle affaiblissait les autorités des gouverneurs des États à imposer des mesures de quarantaine. D'autre part, à la mi-avril, Bolsonaro a renvoyé son ministre de la santé Luiz Henrique Mandetta. Ce dernier avait publiquement contredit Bolsonaro, préconisant des mesures de distanciation sociale et soutenant les gouverneurs.De nombreux Brésiliens ont protesté de chez eux en frappant sur des casseroles à leurs fenêtres en demandant l'éviction de Bolsonaro. Certains sondages suggèrent que la majorité des Brésiliens soutiennent les mesures de distanciation sociale et désapprouvent la façon dont Bolsonaro gère la pandémie.La Cour suprême du Brésil a, quant à elle, soutenu le pouvoir des gouvernements des États de mettre en oeuvre des mesures de confinement, ce qui signifie que Bolsonaro peut se plaindre, mais il ne peut pas les annuler. Cependant, les actions de Bolsonaro sont toujours potentiellement dangereuses. Le président bénéficie d'une base solide de partisans, qui a tendance à adhérer pleinement à sa rhétorique. Ces derniers se méfient des grands médias, ils s'opposent aux mesures de confinement, tout comme leur président. Certains d'entre eux ont d'ailleurs bloqué l'accès à des hôpitaux à São Paulo.L'absence d'une stratégie unifiée pour lutter contre la pandémie a conduit à un patchwork de mesures dans tout le Brésil. Certains États assouplissent les mesures de confinement tandis que les systèmes hospitaliers des grandes villes du Brésil croulent sous le poids des patients atteints de coronavirus.Disposant finalement de peu d'outils pour résoudre la crise sanitaire, le président brésilien veut parier sur son efficacité économique. Toujours en train de lutter contre la récession de 2015, les perspectives économiques du pays n'étaient pas vraiment roses avant la pandémie. Le déficit croissant du Brésil pourrait limiter sa capacité à utiliser les mesures de relance pour faire face aux retombées économiques et le pays doit également faire face à des coûts d'emprunt plus élevés. Le Fonds monétaire international prévoit que le Brésil pourrait connaître une croissance négative supérieure à 5 % en 2020.Les retombées de la fermeture de restaurants, de magasins et d'entreprises pourraient être catastrophiques et cela pourrait aggraver la crise de santé publique. Des millions de Brésiliens dépendent du travail au noir pour survivre. Ils se retrouvent dans une situation précaire où ils risquent leur vie de toute façon en travaillant ou en restant chez eux. C'est pour cela que Bolsonaro veut tout faire pour tabler sur l'économie.Ce vendredi 24 avril, le mécontentement s'est amplifié. Le populaire ministre de la Justice, Sérgio Moro, a démissionné après que Bolsonaro a renvoyé le chef de la police fédérale, Maurício Valeixo, sans raison apparente. Cette action a mis de l'huile sur le feu et menace d'éclipser, du moins pour un moment, les crises sanitaire et économique dans le pays.L'ancien ministre de la Justice, Sérgio Moro, est fortement impliqué dans la lutte contre la corruption. Il était le juge fédéral qui a présidé le vaste programme d'anti-corruption du Brésil en 2014. Le scandale impliquait des pots-de-vin entre des politiciens et des cadres de la compagnie pétrolière publique du pays. C'est pourquoi sa démission a été si explosive. Lors de son départ, il a accusé Bolsonaro d'essayer de se mêler de l'application de la loi en déclarant que le président avait renvoyé Valeixo parce qu'il voulait "une personne avec qui il pourrait être en contact personnel, qu'il pourrait appeler directement, de qui il pourrait recevoir des informations et des rapports de renseignement".Le fils du président, Flávio, aussi sénateur d'État, fait l'objet d'une enquête depuis quelque temps pour un présumé système de blanchiment d'argent dans lequel il est accusé d'utiliser des fonds publics pour payer des employés inexistants, notamment dans une chocolaterie de Rio de Janeiro. Son autre fils, Carlos, fait l'objet d'une enquête de la police fédérale pour avoir organisé de fausses attaques de presse qui ont sali les juges de la Cour suprême. Ce 27 avril, une enquête de 60 jours visant à déterminer si Bolsonaro s'est livré à la corruption ou à l'obstruction à la justice en licenciant Valeixo a été lancée. Comme celui de son président, l'avenir du Brésil parait de plus en plus incertain.