Depuis plusieurs années, Alexeï Navalny est la figure médiatique de l'opposition politique en Russie. Libéré le 22 octobre, il s'est aussitôt rendu à une manifestation contre le président Vladimir Poutine, qu'il espère affronter à la présidentielle de mars prochain. Il parle de son avenir lors d'une interview accordée au quotidien britannique The Independent.
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Depuis plusieurs années, Alexeï Navalny est la figure médiatique de l'opposition politique en Russie. Libéré le 22 octobre, il s'est aussitôt rendu à une manifestation contre le président Vladimir Poutine, qu'il espère affronter à la présidentielle de mars prochain. Il parle de son avenir lors d'une interview accordée au quotidien britannique The Independent.Emprisonné 20 jours pour rassemblements "non autorisés", il s'agissait de sa septième condamnation depuis l'annonce de sa candidature en décembre 2016. Pour lui, la prison est devenue une sorte de routine. Jugé trop dangereux pour partager sa cellule, il y passe notamment beaucoup de temps à lire, 20 livres en 20 jours selon ses propres dires. Parmi ses lectures, le livre-confession d'Hillary Clinton sur l'échec de sa campagne présidentielle, "What Happened", a attiré son attention, en particulier sur son point de vue envers les médias. "Le journalisme est miné par les clics et la manipulation", regrette-t-il. Mais Donald Trump n'est pas le seul en cause. Selon lui, le Kremlin est le "vrai maître" et "nourri" le battage des médias occidentaux à propos de l'ingérence électorale.Il se plaint du fait que les médias se trompent souvent. "Lors de chaque interview avec un journaliste étranger, il y a une question sur le nationalisme et sur pourquoi je ne suis pas mort". Il trouve que la première question exagère sa prise de position. Quant à la seconde, il ne sait même pas y répondre : "demandez à Poutine pourquoi je ne suis pas mort".Ses prises de positions politiques lui ont en effet valu d'être en première ligne, ainsi que son entourage. Sa famille est constamment sous surveillance : "ma femme le remarque plus que moi", avoue-t-il. Mais il n'a pas l'intention de se laisser intimider : "Que dois-je faire, tout annuler ? Si je recule, que vais-je dire à Oleg ?" (ndlr : son frère condamné à trois ans de prison pour une peine que beaucoup considèrent comme une conséquence de l'engagement politique d'Alexeï).Alexeï Navalny a déclaré qu'il était désormais "prêt à travailler". Il tente à présent de mener campagne en vue de la présidentielle du printemps 2018, bien que la commission électorale centrale ait déclaré qu'il était inéligible jusqu'en 2028, en raison d'une condamnation de justice. A moins de six mois du scrutin, pour lequel Vladimir Poutine ne s'est pas encore officiellement déclaré candidat, l'opposant compte en effet continuer à multiplier les déplacements et les manifestations pour élargir sa base électorale, essentiellement concentrée à Moscou.Mais il n'est pas le seul à se présenter en opposition à Vladimir Poutine. Ksenia Sobtchak, figure télévisuelle et fille du mentor de Poutine, se présente également comme "candidate de la protestation". Certains voient cependant dans sa candidature une manière pour les autorités de garder le contrôle, car elle aurait reçu l'approbation tacite du Kremlin. Les pro-Navalny l'accusent notamment de diviser l'opposition. Navalny refuse de dire si Sobtchak lui a exposé ses plans, mais reconnait qu'elle est en droit de se présenter, "mais moi aussi", dit-il. Elle lui a cependant tendu la main, en proposant notamment de retirer sa candidature si Navalny était autorisé à s'inscrire comme candidat - scénario peu probable-, mais rien n'y fait. Il se considère d'ailleurs comme le seul candidat prêt à mener une campagne sérieuse. Avec 80 sièges régionaux et 170.000 partisans, il pense que sa concurrente n'a pas l'infrastructure appropriée pour porter sa campagne. Il ne comprend pas non plus comment Sobtchak peut se réclamer de l'opposition en refusant de critiquer ouvertement le président et sa politique. Navalny, au contraire, n'a pas peur de mettre les pieds dans le plat en accusant Poutine d'être "le père de la corruption russe" et souhaite "changer tout l'appareil gouvernemental". S'il ne peut pas prendre part au scrutin, "les élections ne seront pas des élections. Nous devrions bien sûr les boycotter".