Un décryptage récent (Les marchands de nouvelles-Essai sur les pulsions totalitaires des médias), signé Ingrid Rocrieux, qualifie les médias d'aujourd'hui de prophétiques. Ils analysent non pas le monde réel mais le monde tel qu'ils espèrent qu'il soit. "Le devoir du journaliste est de ne pas dire une vérité s'il estime qu'elle est dangereuse à dire", précise cette Docteure es Lettres, s'appuyant sur des exemples français.

Le constat se prête au "cas Donald Trump". Analysant sa destitution, beaucoup de commentateurs semblent en quelque sorte prendre leurs désirs pour la réalité.

Rapide rappel des faits. Lors d'une conversation téléphonique avec le président ukrainien Zelensky, Donald Trump lui a demandé s'il était possible d'approfondir une enquête sur la supposée corruption qui entacherait, en Ukraine, les activités de Hunter Biden, le fils de Joe Biden. Ce dernier, s'il gagne la Primaire démocrate, pourrait affronter Trump lors des élections présidentielles de 2020. A la clé, un chantage présumé du président Trump quant à l'octroi d'une aide militaire US à l'Ukraine. Sur l'initiative du président Trump, la conversation a été rapidement publiée dans les grands médias américains[1].

Conversation anodine ou acte manqué de trop pour Donald ?

Après bien des hésitations et inquiète des réelles chances d'aboutir, Nancy Pelosi, cheffe de file des Démocrates, a finalement initié la procédure (Impeachment) contre Trump... Les Démocrates estiment que Trump a dévoyé la fonction présidentielle à des fins personnelles. Des faits "bien plus graves" que ceux reprochés à Nixon lors de l'affaire du Watergate.

Depuis, à l'exception de quelques commentateurs prudents, c'est l'hallali : les jours de Donald Trump dans le bureau ovale sont comptés. Il "ne fait aucun doute" qu'il sera poussé vers la sortie avant le début de la campagne 2020. On nous parle quasi chaque jour de "témoignages accablants" ; "l'étau se resserre autour du président", etc. En deux semaines et demi, 17 témoins se sont présentés à la barre. Le dernier en date, l'ambassadeur US auprès de l'UE, Gordon Sondland, a "acquis la conviction" qu'il y a eu chantage mais sans que Trump "ne lui en ait jamais parlé directement". Le brouillard s'épaissit.

Dans cette nouvelle affaire d'Etat, rien d'étonnant à ce que la Chambre, démocrate, instruise plutôt à charge. Reviendra ensuite au Sénat, à majorité républicaine, le soin de condamner ou pas. Environ 20 sénateurs républicains devraient se retourner contre leur président. Or, ceux-ci restent de marbre pour le moment devant l'avalanche de témoignages dont aucun n'apporte la preuve de "quid pro quo" (chantage). Dans le camp démocrate, l'inquiétude grandit : l'Impeachment va-t-il "faire pschitt" ? Va-t-il assécher les arguments à charge qui auraient pu servir en 2020 ?

Car il y a quelques mois de cela se clôturait le "dossier russe", selon lequel Trump aurait trempé dans la tentative de manipulation des élections présidentielles par la Russie. Le procureur Mueller qui conduisait l'enquête, avec l'ensemble de l'arsenal judiciaire, policier et du Renseignement, a dû renoncer. Dans ce cas également, les preuves semblaient "accablantes". L'affaire occupa presque quotidiennement, pendant plus de deux ans, une part importante des temps d'antenne des grands médias. Ad Nauseam.

Comme si Donald Trump ne devait pas gagner la présidentielle, son inaptitude à la fonction relevant de la tautologie. S'il a gagné, déjouant tous les pronostics, il doit avoir triché (avec l'aide des Russes) et/ou utilisé tous les artifices de la démagogie (appris lors de ses longues années à la tête d'un show télévisé), s'appuyant sur une classe moyenne américaine plus ou moins stupide et docile voire raciste. Sa victoire fut "la plus grande surprise de l'histoire politique des Etats-Unis" pour ceux qui refusaient de voir la réalité.

Depuis, le carrousel prophétique a repris sa course folle, Trump étant considéré comme illégitime non seulement à avoir accédé au pouvoir suprême mais aussi à s'y maintenir.

Si on s'en tient aux faits, pourtant, il est fort imprudent, à ce stade, de prophétiser sa chute. La question n'est pas tant sa culpabilité que de voir si les éléments seront suffisamment graves pour que, politiquement, les sénateurs républicains plombent leur meilleur candidat pour 2020 ou le poussent dans une Primaire délétère. Historiquement (Carter et Ford), cela s'est chaque fois conclu par la perte de la Maison-Blanche...

D'autant que Michael Bloomberg se dresse soudainement. Dix fois plus riche que Trump (55 milliards de dollars, 9e fortune mondiale) et encore plus âgé (77 ans), sexiste documenté, l'ancien maire de New-York emploie, via l'agence de presse homonyme, 2.300 journalistes. Jamais un magnat de la presse d'une telle envergure ne s'est présenté à une Primaire... John Micklethwait, rédacteur en chef de Bloomberg News, a déjà ordonné à son personnel "de ne pas enquêter sur leur patron, ni sur aucun autre candidat démocrate", tandis qu'en revanche, les enquêtes sur Donald Trump se poursuivraient, "en tant que gouvernement en place". En cas de face-à-face Trump/Bloomberg, que fera cette puissante agence de presse qui collabore avec le Washington Post ? Peu probable qu'elle se dresse contre son patron...

[1] Traduction libre : "On parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a mis fin aux poursuites et que beaucoup de gens veulent en savoir plus à ce sujet, alors tout ce que vous pouvez faire avec le procureur général serait formidable. Biden s'est vanté d'avoir arrêté l'accusation, donc si vous pouvez enquêter..."

Un décryptage récent (Les marchands de nouvelles-Essai sur les pulsions totalitaires des médias), signé Ingrid Rocrieux, qualifie les médias d'aujourd'hui de prophétiques. Ils analysent non pas le monde réel mais le monde tel qu'ils espèrent qu'il soit. "Le devoir du journaliste est de ne pas dire une vérité s'il estime qu'elle est dangereuse à dire", précise cette Docteure es Lettres, s'appuyant sur des exemples français.Le constat se prête au "cas Donald Trump". Analysant sa destitution, beaucoup de commentateurs semblent en quelque sorte prendre leurs désirs pour la réalité. Rapide rappel des faits. Lors d'une conversation téléphonique avec le président ukrainien Zelensky, Donald Trump lui a demandé s'il était possible d'approfondir une enquête sur la supposée corruption qui entacherait, en Ukraine, les activités de Hunter Biden, le fils de Joe Biden. Ce dernier, s'il gagne la Primaire démocrate, pourrait affronter Trump lors des élections présidentielles de 2020. A la clé, un chantage présumé du président Trump quant à l'octroi d'une aide militaire US à l'Ukraine. Sur l'initiative du président Trump, la conversation a été rapidement publiée dans les grands médias américains[1]. Conversation anodine ou acte manqué de trop pour Donald ?Après bien des hésitations et inquiète des réelles chances d'aboutir, Nancy Pelosi, cheffe de file des Démocrates, a finalement initié la procédure (Impeachment) contre Trump... Les Démocrates estiment que Trump a dévoyé la fonction présidentielle à des fins personnelles. Des faits "bien plus graves" que ceux reprochés à Nixon lors de l'affaire du Watergate.Depuis, à l'exception de quelques commentateurs prudents, c'est l'hallali : les jours de Donald Trump dans le bureau ovale sont comptés. Il "ne fait aucun doute" qu'il sera poussé vers la sortie avant le début de la campagne 2020. On nous parle quasi chaque jour de "témoignages accablants" ; "l'étau se resserre autour du président", etc. En deux semaines et demi, 17 témoins se sont présentés à la barre. Le dernier en date, l'ambassadeur US auprès de l'UE, Gordon Sondland, a "acquis la conviction" qu'il y a eu chantage mais sans que Trump "ne lui en ait jamais parlé directement". Le brouillard s'épaissit. Dans cette nouvelle affaire d'Etat, rien d'étonnant à ce que la Chambre, démocrate, instruise plutôt à charge. Reviendra ensuite au Sénat, à majorité républicaine, le soin de condamner ou pas. Environ 20 sénateurs républicains devraient se retourner contre leur président. Or, ceux-ci restent de marbre pour le moment devant l'avalanche de témoignages dont aucun n'apporte la preuve de "quid pro quo" (chantage). Dans le camp démocrate, l'inquiétude grandit : l'Impeachment va-t-il "faire pschitt" ? Va-t-il assécher les arguments à charge qui auraient pu servir en 2020 ?Car il y a quelques mois de cela se clôturait le "dossier russe", selon lequel Trump aurait trempé dans la tentative de manipulation des élections présidentielles par la Russie. Le procureur Mueller qui conduisait l'enquête, avec l'ensemble de l'arsenal judiciaire, policier et du Renseignement, a dû renoncer. Dans ce cas également, les preuves semblaient "accablantes". L'affaire occupa presque quotidiennement, pendant plus de deux ans, une part importante des temps d'antenne des grands médias. Ad Nauseam.Comme si Donald Trump ne devait pas gagner la présidentielle, son inaptitude à la fonction relevant de la tautologie. S'il a gagné, déjouant tous les pronostics, il doit avoir triché (avec l'aide des Russes) et/ou utilisé tous les artifices de la démagogie (appris lors de ses longues années à la tête d'un show télévisé), s'appuyant sur une classe moyenne américaine plus ou moins stupide et docile voire raciste. Sa victoire fut "la plus grande surprise de l'histoire politique des Etats-Unis" pour ceux qui refusaient de voir la réalité.Depuis, le carrousel prophétique a repris sa course folle, Trump étant considéré comme illégitime non seulement à avoir accédé au pouvoir suprême mais aussi à s'y maintenir.Si on s'en tient aux faits, pourtant, il est fort imprudent, à ce stade, de prophétiser sa chute. La question n'est pas tant sa culpabilité que de voir si les éléments seront suffisamment graves pour que, politiquement, les sénateurs républicains plombent leur meilleur candidat pour 2020 ou le poussent dans une Primaire délétère. Historiquement (Carter et Ford), cela s'est chaque fois conclu par la perte de la Maison-Blanche...D'autant que Michael Bloomberg se dresse soudainement. Dix fois plus riche que Trump (55 milliards de dollars, 9e fortune mondiale) et encore plus âgé (77 ans), sexiste documenté, l'ancien maire de New-York emploie, via l'agence de presse homonyme, 2.300 journalistes. Jamais un magnat de la presse d'une telle envergure ne s'est présenté à une Primaire... John Micklethwait, rédacteur en chef de Bloomberg News, a déjà ordonné à son personnel "de ne pas enquêter sur leur patron, ni sur aucun autre candidat démocrate", tandis qu'en revanche, les enquêtes sur Donald Trump se poursuivraient, "en tant que gouvernement en place". En cas de face-à-face Trump/Bloomberg, que fera cette puissante agence de presse qui collabore avec le Washington Post ? Peu probable qu'elle se dresse contre son patron... [1] Traduction libre : "On parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a mis fin aux poursuites et que beaucoup de gens veulent en savoir plus à ce sujet, alors tout ce que vous pouvez faire avec le procureur général serait formidable. Biden s'est vanté d'avoir arrêté l'accusation, donc si vous pouvez enquêter..."