Après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) depuis 1950, présidée par le haut fonctionnaire Jean-Marc Sauvé, 72 ans, a dévoilé son rapport devant l'épiscopat, les ordres religieux et des responsables d'associations de victimes.

Dans ses conclusions le rapport Sauvé estime à 216.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l'objet de violences ou d'agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs ou de religieux catholiques en France de 1950 à 2020.

Le nombre de victimes grimpe à "330.000 si l'on ajoute les agresseurs laïcs travaillant dans des institutions de l'Église catholique" (aumôneries, enseignants dans les écoles catholiques, mouvements de jeunesse), a ajouté Jean-Marc Sauvé en rendant publiques devant la presse les conclusions de la commission qu'il préside.

"Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite", a commenté Jean-Marc Sauvé. Les chiffres cités résultent d'une estimation statistique comprenant une marge de plus ou moins 50.000 personnes, a encore indiqué le président de la Commission indépendante sur les abus de l'Église.

Une autre donnée avait déjà été révélée dimanche par le président de la Ciase: le nombre de prédateurs, évalué entre "2.900 à 3.200", hommes - prêtres ou religieux - entre 1950 et 2020, une "estimation minimale".

"Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite", a commenté Jean-Marc Sauvé., iStock
"Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite", a commenté Jean-Marc Sauvé. © iStock

Des milliers de témoignages

La Ciase a fait de la parole des victimes "la matrice de son travail", selon M. Sauvé, avec un appel à témoignages (6.500 contacts de victimes ou proches en 17 mois), 250 auditions et une plongée dans de nombreuses archives. L'Église catholique a manifesté "jusqu'au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l'égard des victimes" de pédocriminalité, a ajouté Jean-Marc Sauvé, qui a pris la tête de cette commission indépendante en 2018.

De 1950 aux années 2000, "les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu'elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé", a-t-il ajouté. Les faits sont presque toujours prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Les procédures canoniques (le droit de l'Église) sont longues et peu transparentes.

Les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu'elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé

Réparation financière

Cette commission, composée de 22 membres, a en outre dénoncé un phénomène au "caractère systémique".

Elle a proposé de "reconnaître la responsabilité de l'Eglise". "Le premier (principe directeur recommandé par la commission) consiste à reconnaître la responsabilité de l'Eglise dans ce qui s'est passé depuis les origines", a déclaré Jean-Marc Sauvé. Elle a en outre demandé une "réparation" financière pour toutes les victimes.

Eric de Moulins-Beaufort a exprimé mardi "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité., iStock
Eric de Moulins-Beaufort a exprimé mardi "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité. © iStock

Suites de l'article après la photo.

Réactions de honte

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort (en photo), a exprimé mardi "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité. "Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun", a déclaré Monseigneur de Moulins-Beaufort devant la presse. "À travers votre compte rendu, nous avons entendu la voix des personnes victimes, entendu leur nombre. Leur voix nous bouleverse, leur nombre nous accable. Il dépasse ce que nous pouvions supposer", a-t-il encore souligné. Il a assuré que les évêques allaient "consacrer du temps" à sa lecture.

"Que dire, sinon éprouver (...) une honte charnelle, une honte absolue" a réagi de son côté, la présidente de la Corref (instituts et ordres religieux) Véronique Margron. Face à cette enfance qui a été "violentée", face à une "telle tragédie" et face à ces "crimes massifs commis dans (son) église", elle a exprimé son "chagrin".

Après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) depuis 1950, présidée par le haut fonctionnaire Jean-Marc Sauvé, 72 ans, a dévoilé son rapport devant l'épiscopat, les ordres religieux et des responsables d'associations de victimes.Dans ses conclusions le rapport Sauvé estime à 216.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l'objet de violences ou d'agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs ou de religieux catholiques en France de 1950 à 2020. Le nombre de victimes grimpe à "330.000 si l'on ajoute les agresseurs laïcs travaillant dans des institutions de l'Église catholique" (aumôneries, enseignants dans les écoles catholiques, mouvements de jeunesse), a ajouté Jean-Marc Sauvé en rendant publiques devant la presse les conclusions de la commission qu'il préside."Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite", a commenté Jean-Marc Sauvé. Les chiffres cités résultent d'une estimation statistique comprenant une marge de plus ou moins 50.000 personnes, a encore indiqué le président de la Commission indépendante sur les abus de l'Église.Une autre donnée avait déjà été révélée dimanche par le président de la Ciase: le nombre de prédateurs, évalué entre "2.900 à 3.200", hommes - prêtres ou religieux - entre 1950 et 2020, une "estimation minimale".La Ciase a fait de la parole des victimes "la matrice de son travail", selon M. Sauvé, avec un appel à témoignages (6.500 contacts de victimes ou proches en 17 mois), 250 auditions et une plongée dans de nombreuses archives. L'Église catholique a manifesté "jusqu'au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l'égard des victimes" de pédocriminalité, a ajouté Jean-Marc Sauvé, qui a pris la tête de cette commission indépendante en 2018.De 1950 aux années 2000, "les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu'elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé", a-t-il ajouté. Les faits sont presque toujours prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Les procédures canoniques (le droit de l'Église) sont longues et peu transparentes.Cette commission, composée de 22 membres, a en outre dénoncé un phénomène au "caractère systémique".Elle a proposé de "reconnaître la responsabilité de l'Eglise". "Le premier (principe directeur recommandé par la commission) consiste à reconnaître la responsabilité de l'Eglise dans ce qui s'est passé depuis les origines", a déclaré Jean-Marc Sauvé. Elle a en outre demandé une "réparation" financière pour toutes les victimes.Suites de l'article après la photo.Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort (en photo), a exprimé mardi "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité. "Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun", a déclaré Monseigneur de Moulins-Beaufort devant la presse. "À travers votre compte rendu, nous avons entendu la voix des personnes victimes, entendu leur nombre. Leur voix nous bouleverse, leur nombre nous accable. Il dépasse ce que nous pouvions supposer", a-t-il encore souligné. Il a assuré que les évêques allaient "consacrer du temps" à sa lecture. "Que dire, sinon éprouver (...) une honte charnelle, une honte absolue" a réagi de son côté, la présidente de la Corref (instituts et ordres religieux) Véronique Margron. Face à cette enfance qui a été "violentée", face à une "telle tragédie" et face à ces "crimes massifs commis dans (son) église", elle a exprimé son "chagrin".