On nous avait dit enfin qu'il était impossible d'en savoir plus sur le drame. Que tous les membres de l'équipage étaient morts, et qu'aucun témoin ne s'était manifesté. Voilà ce qu'on nous avait dit. Et même s'il ne s'était pas trouvé grand monde pour y croire, c'était bien la version officielle : Dag Hammarskjöld, secrétaire général des Nations unies, était mort dans un tragique accident d'avion, dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, au-dessus de la Zambie.
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On nous avait dit enfin qu'il était impossible d'en savoir plus sur le drame. Que tous les membres de l'équipage étaient morts, et qu'aucun témoin ne s'était manifesté. Voilà ce qu'on nous avait dit. Et même s'il ne s'était pas trouvé grand monde pour y croire, c'était bien la version officielle : Dag Hammarskjöld, secrétaire général des Nations unies, était mort dans un tragique accident d'avion, dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, au-dessus de la Zambie. Au fil des enquêtes et des ans, d'autres thèses avaient toutefois jailli. Certains prétendaient que l'appareil avait été victime d'une défaillance technique. D'autres, plus nombreux, avaient évoqué un assassinat. Une bombe, placée dans l'appareil, aurait explosé en plein vol. A moins que l'avion ne fût la cible d'une attaque aérienne... Il faut dire que la mort était suspecte. Car les ennemis de Monsieur H. étaient nombreux. Depuis 1953, ce Suédois de talent dirigeait l'ONU avec beaucoup (trop ? ) de volontarisme. Homme de conviction, il se voulait instrument de paix. En 1961, un an après l'indépendance du Congo, il se battait pour l'unité du pays. C'est dans ce contexte qu'il était monté dans un avion, le 17 septembre, à Léopoldville. Il devait se rendre à Ndola, en Rhodésie du Nord (future Zambie). Là, il aurait dû s'entretenir en secret avec Moïse Tshombe, le leader du Katanga. Le Suédois espérait convaincre Tshombe de mettre un terme à la sécession de la riche province. Mais le rendez-vous secret n'était plus vraiment un secret. Et de nombreuses personnes s'y opposaient. Il y avait évidemment les Kantangais eux-mêmes, attachés à leur indépendance autant qu'à leurs richesses. Mais aussi les Belges, nombreux à croire encore que la sécession katangaise satisferait leurs intérêts économiques. A Londres, Paris, Washington et ailleurs, des industriels et des politiques soutenaient aussi plus ou moins fermement l'opération de Tshombe. Toujours pour des raisons stratégiques. Alors, imprudent, Monsieur H. ? Peut-être. Quand il grimpe dans son DC-6, sans doute n'a-t-il pas conscience qu'il est devenu trop gênant. L'hypothèse d'un malheureux accident ? Elle n'est pas scientifiquement contestable. Mais elle est peu probable. Parce qu'Hallonquist n'était pas du tout le jeune pilote fatigué que l'on décrirait par la suite. Parce qu'il est aujourd'hui acquis que l'avion du secrétaire général n'était pas seul dans le ciel à l'approche de Ndola. Et parce que des témoins ont vu le DC-6 s'enflammer avant de toucher le sol. Pour toutes ces raisons, la version officielle est devenue fragile. Même si la disparition de Monsieur H. demeure un mystère.