C'est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la Société des Nations confie à la Belgique un mandat sur le Ruanda-Urundi. A la fin des années 1950, on parle d'indépendance. Un agenda est défini, des élections législatives sont programmées. C'est dans ce contexte qu'émerge Louis Rwagasore. L'homme a tout pour lui : ascendance royale, instruction parfaite, haute distinction... Militant sous les couleurs du parti Union et progrès national (Uprona), il se montre très détaché des Belges et revendique l'indépendance i...

C'est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la Société des Nations confie à la Belgique un mandat sur le Ruanda-Urundi. A la fin des années 1950, on parle d'indépendance. Un agenda est défini, des élections législatives sont programmées. C'est dans ce contexte qu'émerge Louis Rwagasore. L'homme a tout pour lui : ascendance royale, instruction parfaite, haute distinction... Militant sous les couleurs du parti Union et progrès national (Uprona), il se montre très détaché des Belges et revendique l'indépendance immédiate. Le 18 septembre, son parti remporte 58 des 64 sièges du futur Parlement, ne laissant que des miettes au Parti démocrate chrétien (PDC). Très logiquement, Rwagasore devient Premier ministre. Arrive la balle du 13 octobre. Une catastrophe ! Dans les jours qui suivent, l'Uprona se divise, la violence se déchaîne, des Belges sont menacés... Le 1er juillet 1962, l'indépendance est célébrée. Mais le pays est en deuil. A qui la faute ? Le tireur est connu : Jean Kageorgis, un Grec de 30 ans. Les commanditaires ? Connus également : quatre Burundais et un Grec. Parmi eux, des leaders du PDC. Ils seront tous exécutés. Et la Belgique dans tout ça ? C'est là que les choses se font plus floues. En 1961, la tutelle considère le jeune prince comme un adversaire. Au point de vouloir le liquider ? Divers éléments posent question. L'attitude du roi Baudouin, notamment. Pourquoi le souverain remua-t-il ciel et terre pour gracier les accusés ? Parce qu'il savait que son pays portait une part de responsabilité ? D'autres indices. Lors du procès, un témoin racontera qu'un haut placé belge lui avait explicitement parlé de la possibilité de " l'élimination de Rwagasore ". Plus tard, Jacques Bourguignon, le procureur belge envoyé au Burundi, admettra ne pas avoir interrogé les plus hautes autorités belges : " Les Belges formaient une grande famille... " L'ambassadeur britannique à Bujumbura apportera aussi sa contribution, écrivant que les démocrates-chrétiens burundais avaient " des raisons de penser qu'ils [pouvaient] espérer de l'administration belge aide et assistance pour l'élimination de Rwagasore. " En octobre 2018, pour la première fois, le Burundi accuse officiellement la Belgique d'être responsable de l'assassinat. Il y a quelques mois, dans ses Souvenirs de trois vies (Racine, 226 p.), Etienne Davignon, ancien chef de cabinet des ministres des Affaires étrangères Pierre Harmel et Paul-Henri Spaak, réfute les accusations : " Je ne crois pas du tout que les Belges soient intervenus dans l'organisation de l'assassinat. " Le mystère sera-t-il un jour définitivement percé ?