L'attitude des élus eurosceptiques pourrait être déterminante. Ils pourraient faire pencher la balance en sa faveur mais ce soutien serait embarrassant pour la prochaine présidente de la Commission. 374: c'est le nombre magique -- celui de la majorité absolue au Parlement -- que la ministre, proche d'Angela Merkel, doit obtenir pour succéder en novembre à un autre chrétien démocrate, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pour un mandat de cinq années. Le vote débutera dans l'hémicycle de l'institution à Strasbourg à 18H00 et son résultat devrait être annoncé aux alentours de 19H30/20H00. Avant cela, Ursula von der Leyen, 60 ans, tentera de convaincre les réticents lors d'un débat de plus de trois heures à partir de 09H00.

Ursula von der Leyen a été désignée candidate pour la fonction suprême des institutions européennes début juillet par les Etats membres au terme d'un sommet laborieux. Sous l'impulsion du président français Emmanuel Macron, les chefs d'Etat et de gouvernements ont décidé de faire fi de la règle du "Spitzenkandidat", la tête de liste élue par les partis, qui avait prévalu pour l'élection de Jean-Claude Juncker en 2014. Ils ont désigné comme leur candidat une personnalité qui n'a pas fait campagne pour les élections européennes de fin mai.

Si elle obtient la majorité absolue, Ursula von der Leyen sera la première femme à prendre la tête de la Commission et le premier citoyen allemand depuis 52 ans. Si elle échoue, elle n'aura pas le droit à une seconde chance. Le Conseil européen aurait alors un mois pour présenter un nouveau candidat, qui serait soumis au vote du Parlement en septembre. Cela risquerait d'enfoncer davantage l'Union européenne dans une crise institutionnelle, alors que la question du Brexit n'est toujours pas close.

Bulletins secrets

Un tel scénario ne s'est jusqu'à présent jamais produit et une seule fois, en 2009, le vote avait été repoussé à septembre, pour laisser le temps au Portugais José Manuel Barroso de convaincre les eurodéputés de le reconduire dans ses fonctions. "Quoiqu'il arrive, je démissionnerai de mon poste de ministre de la Défense ce mercredi pour servir l'Europe avec toutes mes forces", a annoncé Ursula von der Leyen lundi après-midi sur Twitter.

Le scrutin va se dérouler à bulletins secrets, ce qui autorise les députés à rompre avec les consignes de vote de leurs familles politiques. "Ce sera un petit oui (...) Elle sera élue avec moins de voix que Juncker il y a cinq ans", a prédit une source européenne. Ce dernier avait été élu avec 422 vote pour et 250 contre. Officiellement, le PPE (droite, 182 élus), votera en bloc pour Ursula von der Leyen, malgré la frustration provoquée par l'élimination de son Spitzenkandidat, l'Allemand Manfred Weber, réélu à la présidence du groupe au Parlement. Lundi après-midi, Ursula von der Leyen est revenue à Strasbourg s'entretenir avec eux pour éviter toute dissension. "Une absence ou une abstention, c'est considéré comme un vote contre", a averti un responsable du groupe.

Deuxième et troisième formations du Parlement européen, les socialistes (154 élus) et les libéraux-centristes de Renew Europe (108 élus), formation à laquelle appartiennent les macronistes français, ne se sont pour l'instant engagés à rien. Ils se décideront à l'issue du débat mardi matin et sur la base des engagements politiques pris par la candidate, notamment en matière de partage des pouvoirs. Les Verts (74 élus) et l'extrême gauche (GUE/NGL, 41 élus) ont d'ores et déjà exclu de voter pour Mme von der Leyen. Les eurosceptiques sont, de leur côté, plus partagés. Les Conservateurs et réformistes (CRE, 62 élus, dont ceux du PiS polonais) ont promis d'être "pragmatiques" dans leur décision. Le groupe d'extrême droite "Identité et Démocratie" (73 membres, dont ceux de la Lega italienne, du Rassemblement national RN français et de l'Afd allemand) a jugé "peu probable" un vote en sa faveur.

Ses promesses à l'Europe

La candidate désignée pour la présidence de la Commission européenne a formulé lundi une série de propositions avant le vote des eurodéputés sur sa candidature. Tour d'horizon de ses promesses:

Environnement

Sa principale priorité est de faire de l'Europe "le premier continent neutre" en carbone en 2050: cela signifie arriver à un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine et leur retrait de l'atmosphère par l'homme. Elle veut également que l'UE réduise d'au moins 55% ses émissions de CO2 d'ici 2030.

Economie

Von der Leyen promet "d'aider à mettre en oeuvre" un embryon de budget de la zone euro, une idée chère au président français Emmanuel Macron mais réduite à son minimum. Cet "instrument budgétaire pour la compétitivité et la convergence" est destiné à soutenir les pays dans leurs réformes et leurs investissements. Fait notable, Mme von der Leyen promet d'achever l'Union bancaire et notamment la mise en place d'un système européen de garantie des dépôts (EDIS en anglais). L'Allemagne freine depuis des années la concrétisation de ce système, car elle refuse de voir ses épargnants payer pour les banques en difficultés dans les pays du sud de l'UE, notamment en Italie.

Social

Elle promet un plan d'action avec un "instrument légal" pour que tous les travailleurs européens aient droit à un salaire minimum. Elle plaide également pour une "Garantie européenne" afin de s'assurer que tout enfant menacé de pauvreté ou d'exclusion sociale ait accès "aux droits les plus fondamentaux". Elle demande enfin l'amélioration des conditions de travail des employés des plateformes internet.

Egalité homme - femme

Mme von der Leyen propose des mesures obligatoires de transparence des salaires pour lutter contre les discriminations basées sur le genre. Elle veut également des quotas pour l'équilibre entre les sexes dans les conseils d'administration des entreprises. Au sein de son équipe de Commissaires, elle veut avoir exactement le même nombre d'hommes que de femmes.

Immigration

Elle compte proposer un "nouveau pacte pour la migration et l'asile" qui permettrait notamment d'aider davantage les pays comme l'Italie ou la Grèce, qui sont géographiquement en première ligne pour les arrivées des réfugiés et des migrants. Elle veut accélérer le renforcement de l'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, en la dotant d'un effectif de 10.000 personnes dès 2024 au lieu de 2027.

Etat de droit

Von der Leyen soutient le principe d'un nouveau mécanisme pour garantir le respect de l'état de droit dans les pays de l'UE, avec des rapports annuels sur tous les pays "parce que personne n'est parfait dans ce domaine" et avec "un plus grand rôle pour le Parlement européen". Elle soutient le projet de lier le versement de fonds européens avec le respect de l'état de droit. En clair, cela permettrait de couper le robinet des aides de l'UE en cas de dérive autoritaire de la part d'un régime qui ferait fi du droit et menacerait l'indépendance de la justice, comme c'est le cas en Pologne et en Hongrie.

Démocratie

Elle propose une "Conférence sur l'avenir de l'Europe" qui commencerait en 2020 et réunirait pendant deux ans des citoyens européens, des personnalités issues de la société civile et des institutions européennes, pour faire des propositions de réformes de l'UE. Elle soutient "un droit d'initiative pour le Parlement européen", alors que la Commission a pour l'heure le monopole de ce droit de proposer un texte législatif.

Elle propose d'améliorer le "système de Spitzenkandidat", qui consiste à désigner comme président de la Commission le chef de file du parti arrivé en tête des Européennes. Or, sa candidature illustre précisément l'échec de ce système, au grand dam du parlement européen. Elle propose également de se pencher sur la possiblité d'avoir des listes transnationales, avec des candidats issus de différents pays pour le prochain scrutin européen en 2024.

Brexit

Le traité de retrait du Royaume Uni de l'UE déjà négocié avec Londres est "le meilleur et le seul accord possible", estime Mme von der Leyen. Si Londres le demande, et donne de "bonnes raisons", elle soutiendra le principe d'un nouveau report du Brexit si le Royaume Uni n'a pas quitté l'UE le 31 octobre 2019, comme prévu.

Elargissement de l'UE

Elle soutient la proposition de la Commission Juncker d'ouvrir des négociations d'adhésion avec l'Albanie et la Macédoine du Nord.

L'attitude des élus eurosceptiques pourrait être déterminante. Ils pourraient faire pencher la balance en sa faveur mais ce soutien serait embarrassant pour la prochaine présidente de la Commission. 374: c'est le nombre magique -- celui de la majorité absolue au Parlement -- que la ministre, proche d'Angela Merkel, doit obtenir pour succéder en novembre à un autre chrétien démocrate, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pour un mandat de cinq années. Le vote débutera dans l'hémicycle de l'institution à Strasbourg à 18H00 et son résultat devrait être annoncé aux alentours de 19H30/20H00. Avant cela, Ursula von der Leyen, 60 ans, tentera de convaincre les réticents lors d'un débat de plus de trois heures à partir de 09H00.Ursula von der Leyen a été désignée candidate pour la fonction suprême des institutions européennes début juillet par les Etats membres au terme d'un sommet laborieux. Sous l'impulsion du président français Emmanuel Macron, les chefs d'Etat et de gouvernements ont décidé de faire fi de la règle du "Spitzenkandidat", la tête de liste élue par les partis, qui avait prévalu pour l'élection de Jean-Claude Juncker en 2014. Ils ont désigné comme leur candidat une personnalité qui n'a pas fait campagne pour les élections européennes de fin mai.Si elle obtient la majorité absolue, Ursula von der Leyen sera la première femme à prendre la tête de la Commission et le premier citoyen allemand depuis 52 ans. Si elle échoue, elle n'aura pas le droit à une seconde chance. Le Conseil européen aurait alors un mois pour présenter un nouveau candidat, qui serait soumis au vote du Parlement en septembre. Cela risquerait d'enfoncer davantage l'Union européenne dans une crise institutionnelle, alors que la question du Brexit n'est toujours pas close.Un tel scénario ne s'est jusqu'à présent jamais produit et une seule fois, en 2009, le vote avait été repoussé à septembre, pour laisser le temps au Portugais José Manuel Barroso de convaincre les eurodéputés de le reconduire dans ses fonctions. "Quoiqu'il arrive, je démissionnerai de mon poste de ministre de la Défense ce mercredi pour servir l'Europe avec toutes mes forces", a annoncé Ursula von der Leyen lundi après-midi sur Twitter.Le scrutin va se dérouler à bulletins secrets, ce qui autorise les députés à rompre avec les consignes de vote de leurs familles politiques. "Ce sera un petit oui (...) Elle sera élue avec moins de voix que Juncker il y a cinq ans", a prédit une source européenne. Ce dernier avait été élu avec 422 vote pour et 250 contre. Officiellement, le PPE (droite, 182 élus), votera en bloc pour Ursula von der Leyen, malgré la frustration provoquée par l'élimination de son Spitzenkandidat, l'Allemand Manfred Weber, réélu à la présidence du groupe au Parlement. Lundi après-midi, Ursula von der Leyen est revenue à Strasbourg s'entretenir avec eux pour éviter toute dissension. "Une absence ou une abstention, c'est considéré comme un vote contre", a averti un responsable du groupe. Deuxième et troisième formations du Parlement européen, les socialistes (154 élus) et les libéraux-centristes de Renew Europe (108 élus), formation à laquelle appartiennent les macronistes français, ne se sont pour l'instant engagés à rien. Ils se décideront à l'issue du débat mardi matin et sur la base des engagements politiques pris par la candidate, notamment en matière de partage des pouvoirs. Les Verts (74 élus) et l'extrême gauche (GUE/NGL, 41 élus) ont d'ores et déjà exclu de voter pour Mme von der Leyen. Les eurosceptiques sont, de leur côté, plus partagés. Les Conservateurs et réformistes (CRE, 62 élus, dont ceux du PiS polonais) ont promis d'être "pragmatiques" dans leur décision. Le groupe d'extrême droite "Identité et Démocratie" (73 membres, dont ceux de la Lega italienne, du Rassemblement national RN français et de l'Afd allemand) a jugé "peu probable" un vote en sa faveur.