La modération des contenus sur les réseaux sociaux est devenue en quelques années un sujet politique. Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour demander une meilleure régulation de la part des plateformes, d'autres veulent les garder comme un espace de liberté d'expression presque sauvage. "Les plateformes se retrouvent à devoir garder un équilibre délicat, quoi qu'elles fassent il y aura toujours des mécontents" analyse Sandrine Carneroli, avocate spécialisée en droits des médias et droit d'auteur.

Dernièrement, l'Etat du Texas a fait passer une loi contre la "censure" sur les réseaux sociaux. L'idée, interdire aux réseaux sociaux de bannir des utilisateurs "en fonction de leurs opinions politiques" pour protéger la liberté d'expression, selon Greg Abbott, gouverneur républicain de l'Etat. Les élus conservateurs américains accusent régulièrement Facebook et Twitter, entre autres, de "censure" à leur égard et de parti pris en faveur des démocrates, notamment depuis l'exclusion de Donald Trump des principales plateformes, pour son soutien affiché aux émeutiers qui ont envahi le Congrès à Washington. "Cette loi liberticide, sous couvert de protéger la liberté d'expression, ne tiendra pas. En Floride, une loi semblable a été invalidée par un tribunal fédéral", prévient l'avocate.

L'Europe pousse pour plus de régulation

En Belgique, et par extension en Europe, les plateformes se voient plutôt demander de renforcer la régulation des contenus illicites : contenus violents, irrespectueux, appel à la haine, fake news... La Commission européenne a présenté en janvier son projet de loi ayant pour but de renforcer les règles sur internet, et notamment sur les réseaux sociaux. "Les lois DSA/DMA imposent aujourd'hui aux plateformes de réagir plus rapidement, mieux et avec plus de transparence. Notamment dans les procédés de notifications de contenu illicite. C'est un outil très utile pour obliger ces plateformes à être encore plus vigilantes car si un utilisateur a de façon répétitive posté des contenus illicites et que la plateforme ne les a pas supprimés, alors elle est considérée aussi responsable que l'utilisateur." explique Sandrine Carneroli.

Divergences culturelles sur la liberté d'expression

De nouvelles directives que les plateformes peuvent avoir un peu de mal à mettre en pratique, même si "un grand effort est fait" par ces dernières, souligne l'avocate. Premier problème pour Facebook et consorts, le coût d'une telle politique. Les robots ne sont pas assez rapides et efficaces dans cette lutte aux contenus illicites, pour respecter ces nouvelles directives il faudra s'appuyer sur un large groupe de modérateurs humains.

Deuxième problématique, qu'entend-on par contenus illicites. Bien que la réponse paraîtrait évidente, Sandrine Carneroli souligne que ces entreprises sont américaines, "Il y a des divergences culturelles sur ce qu'est la liberté d'expression entre les Etats-Unis et l'Europe. En Amérique, la liberté d'expression est bien plus large. On peut par exemple faire l'apologie du nazisme sans que cela soit illégal, contrairement à ici. Du coup, la question qui se pose pour les plateformes est où faut-il supprimer un contenu illicite ? Peut-on l'effacer seulement pour les membres d'un pays ? De l'Europe ? Ou faut-il le supprimer de toute la plateforme pour que personne dans le monde n'y ait accès ? Quelque chose d'illégal en Europe ne l'est pas forcément autre part".

Une régulation synonyme de bonne nouvelle pour les plateformes ?

Bien que ces nouvelles lois européennes peuvent sembler être un caillou dans les chaussures des GAFAM, l'avocate tient à pondérer ce constat, "Les plateformes sont conscientes des excès qui ont lieu chez elles, et elles en souffrent aussi. Cette régulation des contenus est aussi un enjeu. Elles savent qu'elles doivent réagir pour ne pas devenir un environnement nauséabond et, par conséquent, perdre des utilisateurs. Il n'y a jamais eu autant d'actions pour limiter les contenus illicites, il faut tout de même saluer le travail fait par ces plateformes." On a vu dernièrement, par exemple, que Facebook allait réduire les contenus politiques sur sa plateforme pour améliorer l'expérience de sa communauté, "c'est une façon de réduire la haine et l'agressivité qui existe sur la plateforme" analyse Sandrine Carneroli.

Pour autant, l'une des solutions pour des réseaux sociaux moins toxiques ne réside pas seulement dans l'application de la loi, "Les plateformes sont le reflet de notre société, il faut que les citoyens reviennent aussi à plus de civisme. C'est un outil magnifique s'il est bien utilisé" se désole Sandrine Carneroli. Peut-être qu'une des réponses à apporter aussi pour contrer les contenus illicites sur les réseaux sociaux doit venir de l'éducation des citoyens.

Marine Andrieu

La modération des contenus sur les réseaux sociaux est devenue en quelques années un sujet politique. Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour demander une meilleure régulation de la part des plateformes, d'autres veulent les garder comme un espace de liberté d'expression presque sauvage. "Les plateformes se retrouvent à devoir garder un équilibre délicat, quoi qu'elles fassent il y aura toujours des mécontents" analyse Sandrine Carneroli, avocate spécialisée en droits des médias et droit d'auteur.Dernièrement, l'Etat du Texas a fait passer une loi contre la "censure" sur les réseaux sociaux. L'idée, interdire aux réseaux sociaux de bannir des utilisateurs "en fonction de leurs opinions politiques" pour protéger la liberté d'expression, selon Greg Abbott, gouverneur républicain de l'Etat. Les élus conservateurs américains accusent régulièrement Facebook et Twitter, entre autres, de "censure" à leur égard et de parti pris en faveur des démocrates, notamment depuis l'exclusion de Donald Trump des principales plateformes, pour son soutien affiché aux émeutiers qui ont envahi le Congrès à Washington. "Cette loi liberticide, sous couvert de protéger la liberté d'expression, ne tiendra pas. En Floride, une loi semblable a été invalidée par un tribunal fédéral", prévient l'avocate.L'Europe pousse pour plus de régulationEn Belgique, et par extension en Europe, les plateformes se voient plutôt demander de renforcer la régulation des contenus illicites : contenus violents, irrespectueux, appel à la haine, fake news... La Commission européenne a présenté en janvier son projet de loi ayant pour but de renforcer les règles sur internet, et notamment sur les réseaux sociaux. "Les lois DSA/DMA imposent aujourd'hui aux plateformes de réagir plus rapidement, mieux et avec plus de transparence. Notamment dans les procédés de notifications de contenu illicite. C'est un outil très utile pour obliger ces plateformes à être encore plus vigilantes car si un utilisateur a de façon répétitive posté des contenus illicites et que la plateforme ne les a pas supprimés, alors elle est considérée aussi responsable que l'utilisateur." explique Sandrine Carneroli.Divergences culturelles sur la liberté d'expressionDe nouvelles directives que les plateformes peuvent avoir un peu de mal à mettre en pratique, même si "un grand effort est fait" par ces dernières, souligne l'avocate. Premier problème pour Facebook et consorts, le coût d'une telle politique. Les robots ne sont pas assez rapides et efficaces dans cette lutte aux contenus illicites, pour respecter ces nouvelles directives il faudra s'appuyer sur un large groupe de modérateurs humains.Deuxième problématique, qu'entend-on par contenus illicites. Bien que la réponse paraîtrait évidente, Sandrine Carneroli souligne que ces entreprises sont américaines, "Il y a des divergences culturelles sur ce qu'est la liberté d'expression entre les Etats-Unis et l'Europe. En Amérique, la liberté d'expression est bien plus large. On peut par exemple faire l'apologie du nazisme sans que cela soit illégal, contrairement à ici. Du coup, la question qui se pose pour les plateformes est où faut-il supprimer un contenu illicite ? Peut-on l'effacer seulement pour les membres d'un pays ? De l'Europe ? Ou faut-il le supprimer de toute la plateforme pour que personne dans le monde n'y ait accès ? Quelque chose d'illégal en Europe ne l'est pas forcément autre part".Une régulation synonyme de bonne nouvelle pour les plateformes ?Bien que ces nouvelles lois européennes peuvent sembler être un caillou dans les chaussures des GAFAM, l'avocate tient à pondérer ce constat, "Les plateformes sont conscientes des excès qui ont lieu chez elles, et elles en souffrent aussi. Cette régulation des contenus est aussi un enjeu. Elles savent qu'elles doivent réagir pour ne pas devenir un environnement nauséabond et, par conséquent, perdre des utilisateurs. Il n'y a jamais eu autant d'actions pour limiter les contenus illicites, il faut tout de même saluer le travail fait par ces plateformes." On a vu dernièrement, par exemple, que Facebook allait réduire les contenus politiques sur sa plateforme pour améliorer l'expérience de sa communauté, "c'est une façon de réduire la haine et l'agressivité qui existe sur la plateforme" analyse Sandrine Carneroli.Pour autant, l'une des solutions pour des réseaux sociaux moins toxiques ne réside pas seulement dans l'application de la loi, "Les plateformes sont le reflet de notre société, il faut que les citoyens reviennent aussi à plus de civisme. C'est un outil magnifique s'il est bien utilisé" se désole Sandrine Carneroli. Peut-être qu'une des réponses à apporter aussi pour contrer les contenus illicites sur les réseaux sociaux doit venir de l'éducation des citoyens.Marine Andrieu