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Le 15 avril dernier, l'Union européenne a rendu publique une "feuille de route" destinée à guider les Vingt-Sept dans la mise en place de leurs stratégies de déconfinement. Objectif: éviter les mesures contradictoires qui pourraient relancer la pandémie. Et faire ainsi oublier la gestion chaotique du début de la crise sanitaire. Toutefois, l'Union européenne se contente, dans ce document, de recommandations. Et pour cause: la santé est restée une compétence nationale. Dans l'urgence, la Commission a, certes, pris des initiatives, dont la création d'un stock de matériel médical. Il n'y a pas pour autant de politique de santé commune. L'Union peut appuyer l'action des Etats, mais n'a pas la capacité de leur imposer des mesures contraignantes. Pour l'essentiel, elle lance des alertes et soutient des projets de coopération entre chercheurs européens. Le programme actuel de santé de l'Union est doté d'un budget de 450 millions d'euros étalé sur sept ans, une enveloppe riquiqui comparée aux budgets de santé nationaux (le budget belge 2020 destiné aux seuls soins de santé s'élève à plus de 27 milliards d'euros). A la suite de l'épidémie de Sras, survenue en 2003, l'Union a créé le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Cette agence de trois cents personnes, installée à Stockholm, évalue les risques sanitaires et publie des analyses scientifiques. Mais ses ressources sont limitées et ses recommandations non contraignantes. "Les Etats membres ont toujours tenu à garder dans leur giron les soins de santé, notamment la gestion des hôpitaux et l'assurance maladie, constate Sébastien Guignier, auteur de plusieurs publications sur la politique de santé de l'Union. En revanche, ils sont ouverts à une action européenne dans ce qui relève de la prévention. Car c'est un domaine politiquement peu rentable: lutter contre le tabagisme, inciter à manger moins de viande ou à respecter la distanciation sociale ne rend pas populaire!" La crise du Covid-19 permettra-t-elle de faire progresser l'Europe de la santé? "Au moins, on parle enfin du sujet et des voix réclament du changement, se réjouit Sébastien Guignier. Mais je reste sceptique. Le chacun pour soi est manifeste dans la lutte ontre le coronavirus: les initiatives se prennent aux niveaux national, régional, local. L'enjeu sanitaire est tellement sensible que je vois mal les Etats, qui ont déjà cédé beaucoup de leur pouvoir en matière économique, accepter de supranationaliser la santé." Que devrait dès lors faire l'Union? "Elle aurait tout intérêt à cesser de produire des études comparatives pour recentrer son action sur les domaines où elle apporte une plus-value. Et pourquoi pas renouer avec l'esprit de la Communauté européenne de la santé, qui a failli voir le jour en décembre 1952? Ce "pool blanc", qui devait prendre place à côté du "pool noir" du charbon et du "pool vert" de l'agriculture, était un projet ambitieux: il prévoyait la création d'un marché commun des médicaments et du matériel médical, une assurance maladie harmonisée, la construction d'hôpitaux et de laboratoires européens. Mais tout a capoté: le réflexe souverainiste a pris le dessus."