Le 29 mai dernier, à Paris, Patokh Chodiev s'est vu signifier sa mise en examen par la juge française Aude Buresi, à l'issue de trois jours d'audition. En jeu : le Kazakhgate, du nom de ce dossier impliquant l'Elysée du temps de Nicolas Sarkozy, lequel a conclu un deal, en 2009, avec le président kazakh Nazerbaïev pour sortir Chodiev du bourbier judiciaire Tractebel dans lequel il était empêtré en Belgique. Ce qui fut fait finalement, en avril 2011, avec la signature d'une transaction pénale, et ce grâce à l'équipe mise sur pied par l'Elysée, dans laquelle fut intégré l'ancien président du Sénat de Belgique, feu Armand de Decker. La question demeure de savoir si cette équipe a influencé le vote en urgence de la nouvelle législation sur la transaction pénale qui a permis au fameux "trio kazakh" de conclure un accord avec le parquet général.

La justice française enquête sur des faits de "corruption de personnes chargées d'une fonction publique et d'agents publics étrangers", ainsi que sur des faits de "blanchiment". Ce qui l'intrigue particulièrement ce sont des sommes d'argent importantes remises en cash, sans qu'on sache où cet argent a finalement abouti. L'avocate Catherine Degoul qui défendait Patokh Chodiev dit ainsi avoir reçu de son client, fin 2011 à Zurich, 5 millions d'euros en espèces qui ne lui étaient pas destinés, ce que nie fermement l'intéressé. Le milliardaire belgo-kazakh a néanmoins été mis en examen pour blanchiment. Pour les préventions de corruption active, la juge l'a placé sous le statut de témoin assisté, moins incriminant mais pouvant changer en cours de procédure.

Chodiev a également été interrogé par les enquêteurs belges, le 22 juin dernier. Il s'agissait de la dernière audition avant que le Parquet général de Mons ne décide de demander ou non le renvoi d'Armand De Decker devant un tribunal. Mais celui-ci est décédé dix jours avant l'interrogatoire qui n'a rien donné. L'enquête belge est désormais terminée. Pas certain que l'avocat-général de Bruxelles Jean-François Godbille, dont l'ASBL scoute avait reçu un don de 25 000 euros de Catherine Degoul en 2012, soit encore inquiété par les suspicions de corruption passive que les enquêteurs ont à son égard. Le dossier sera transmis, d'ici à la fin de l'année, à la Cour de cassation qui se prononcera sur la suite à donner à la procédure. Contacté par nos soins, l'avocat belge de Patokh Chodiev ne nous a transmis aucune réaction de son client.

Par Thierry Denoël, avec Marck Eeckhaut (De Standaard) et Louis Collart (Le Soir).