Comment, en parallèle à la gestion déjà compliquée de la crise sanitaire, de la relance économique et de la menace terroriste, se lester d'une contrariété supplémentaire dans la course à sa réélection moins de deux ans avant la présidentielle. Tel pourrait être le pitch de la séquence que le président Emmanuel Macron et son gouvernement offrent à voir depuis début novembre.
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Comment, en parallèle à la gestion déjà compliquée de la crise sanitaire, de la relance économique et de la menace terroriste, se lester d'une contrariété supplémentaire dans la course à sa réélection moins de deux ans avant la présidentielle. Tel pourrait être le pitch de la séquence que le président Emmanuel Macron et son gouvernement offrent à voir depuis début novembre. Mais d'abord, ce piètre jeu politique ne doit pas occulter le problème de fond que l'examen de la proposition de loi relative à la sécurité globale a fait resurgir: les violences policières. Leur ampleur en France n'atteint pas le niveau de celles que connaissent les Etats-Unis et que le meurtre en direct de George Floyd a ravivées sur fond de question raciale héritée de l'esclavage et jamais résolue. Mais leur succession, voire leur multiplication, dans l'Hexagone questionne, comme outre-Atlantique, sur l'existence d'un système ou à tout le moins d'un cadre qui les encouragerait. Car elles sont partout. Dans les manifestations contre les gilets jaunes, la surveillance des migrants, les contrôles des jeunes de banlieue, les interpellations isolées qui dégénèrent... En dresser le constat est la première étape requise pour les combattre. Il est nécessaire ensuite de les sanctionner. Omerta entre collègues, justifications fallacieuses pour les besoins d'une enquête, laxisme de la police des polices: l'impunité dont le grand public prête le privilège aux forces de l'ordre est loin d'être infondée. Le projet de transformer l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) en structure indépendante est, à cet égard, indispensable. Enfin, affirmer que les violences des policiers ne sont que le reflet de la montée de la brutalité de la société, même si celle-ci est réelle, ne fait pas honneur aux responsables qui sont censés les combattre. La police ne peut pas se contenter d'être le miroir de la population. Garantie de l'Etat de droit et de la démocratie, elle doit tendre vers l'exemplarité. Dans ce contexte exacerbé, même avant la diffusion de la vidéo accablante d'une nouvelle bavure, insérer dans la proposition de loi de sécurité globale un article sanctionnant la diffusion "malveillante" d'images du "visage ou de tout autre élément d'identification" d'un membre des forces de l'ordre pouvait aisément être suspecté d'attenter aux libertés fondamentales et de renforcer l'immunité des policiers et gendarmes. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin l'a pourtant fait. Le président Emmanuel Macron l'a cautionné. Avant d'imposer sa révision, voire sa dilution. Et cela, sous la supervision du chef de file des députés du parti présidentiel à qui l'on avait enjoints, avec un succès mitigé, de voter le texte initial. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il réussi à conforter les électeurs de gauche dans l'idée qu'il était liberticide, ceux de droite qu'il était inconsistant et sa base électorale qu'il naviguait à vue. Un triple fiasco pour un texte qui, pour le reste, renforce le rôle de la police municipale et l'encadrement des sociétés privées de sécurité, sans prêter à controverse. Essuyer le reproche de l'amateurisme sur la méthode et d'une forme d'illibéralisme sur le fond pour un président de plus en plus libéral et fort, maintenant, de trois ans et demi d'exercice du pouvoir fait tache. Et interroge sur les vertus du "en même temps".