Le 19 octobre, le vol FR015 Barcelone-Londres, de Ryanair, embarque ses passagers. L'un d'eux, Britannique, s'en prend très violemment à une dame. Parce qu'elle est assise sur le fauteuil côté couloir, que lui doit s'installer côté hublot et qu'elle ne se lève pas assez vite à son goût pour le laisser passer. Il la traite de " sale connasse de noire ", hurle que si elle ne trouve pas un autre siège, " il va la bouger lui-même " et fait un tel ramdam que les stewards et hôtesses accourent. Pour demander à la dame qu'elle aille s'installer ailleurs. Le type, pas tout jeune, fera le voyage près de son hublot, le commandant n'ayant pas estimé qu'il fallait le débarquer.
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Le 19 octobre, le vol FR015 Barcelone-Londres, de Ryanair, embarque ses passagers. L'un d'eux, Britannique, s'en prend très violemment à une dame. Parce qu'elle est assise sur le fauteuil côté couloir, que lui doit s'installer côté hublot et qu'elle ne se lève pas assez vite à son goût pour le laisser passer. Il la traite de " sale connasse de noire ", hurle que si elle ne trouve pas un autre siège, " il va la bouger lui-même " et fait un tel ramdam que les stewards et hôtesses accourent. Pour demander à la dame qu'elle aille s'installer ailleurs. Le type, pas tout jeune, fera le voyage près de son hublot, le commandant n'ayant pas estimé qu'il fallait le débarquer. Le 11 octobre, dans un supermarché Carrefour de Varèse, dans le nord de l'Italie, une femme d'une quarantaine d'années termine ses achats et se dirige vers l'unique caisse ouverte. Où elle s'étrangle de rage, au milieu des autres clients. " Je refuse d'être servie par un nègre ! " Elle abandonne ses achats sur le tapis roulant, insulte encore, exige d'avoir affaire à des Italiens, lance à la tête du jeune caissier deux canettes de bière et s'en va. Deux exemples, récents, parmi mille autres, d'actes et propos racistes dans des lieux publics, de citoyens de pays d'Europe occidentale, de différentes générations. Deux illustrations supplémentaires d'explosion de colère et, il faut le dire, de haine déclenchée par la simple présence dans ces lieux d'une femme et d'un homme noirs de peau. Qui ont la même nationalité que leur agresseur respectif. Chaque mois, chaque semaine, chaque jour, ce genre d'épisode, plus ou moins médiatisé, de ce qu'on appelle " le racisme ordinaire " survient jusque chez nous, comme l'ont notamment constaté cet été, à leur dépens, deux spectatrices d'un festival en Flandre et une présentatrice météo de la chaîne francophone publique. Chaque fois, les signes de solidarité et les réactions indignées se sont multipliés, une fois les faits diffusés ou dénoncés en vidéo sur les réseaux sociaux. Dans la plupart des cas, lorsque ces faits se sont produits, personne n'a bronché. Le raciste du vol Ryanair est rentré paisiblement chez lui après ses vacances barcelonaises. La raciste du Carrefour a rempli tranquillement son frigo après être allée faire ses courses dans un autre supermarché. Comme le rappelle dans son dernier livre la journaliste, essayiste et militante britannique Reni Eddo-Lodge - Le racisme est un problème de Blancs, aux éditions Autrement -, il y a autant de définitions du racisme qu'il y a de racistes et d'antiracistes mais on peut partir de celle de l'écrivain et essayiste français Albert Memmi : " Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression. " De quoi ne pas être optimiste du tout, lorsqu'on jette un oeil aux différentes courbes de progression des partis d'extrême droite ou de candidats et formations qui s'en rapprochent, ces dernières années. Dans tous les pays qui nous entourent. Et jusqu'en Flandre. Mais de quoi être fier, en constatant que le premier scrutin organisé à Bruxelles et en Wallonie depuis plus de cinq ans, le 14 octobre, y a quasiment éliminé tout représentant de partis plus ou moins ouvertement racistes. Comme une toute petite île préservée, dans un océan de viscères. De quoi donc, enfin, conforter la vieille conviction et rengaine de Bart De Wever : " Il y a deux démocraties différentes, dans ce pays. " Heureusement, jusqu'ici, nous faisons partie de la bonne. Un vrai privilège.