"Beaucoup de gens sont morts, et c'est terrible. C'est quelque chose qui nous fait tous souffrir", a ajouté Carl XVI Gustaf, selon des extraits diffusés jeudi d'une traditionnelle interview de fin d'année. S'il n'a pas visé explicitement la stratégie suédoise, le commentaire critique du roi est très inhabituel. En Suède, le roi, bien que chef de l'Etat, n'a aucun pouvoir. Interrogé par l'AFP, le palais a affirmé qu'il ne fallait pas y lire un commentaire politique.
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"Beaucoup de gens sont morts, et c'est terrible. C'est quelque chose qui nous fait tous souffrir", a ajouté Carl XVI Gustaf, selon des extraits diffusés jeudi d'une traditionnelle interview de fin d'année. S'il n'a pas visé explicitement la stratégie suédoise, le commentaire critique du roi est très inhabituel. En Suède, le roi, bien que chef de l'Etat, n'a aucun pouvoir. Interrogé par l'AFP, le palais a affirmé qu'il ne fallait pas y lire un commentaire politique.Empathie"Cela doit être interprété de façon apolitique. Le roi fait référence à l'ensemble de la Suède et à toute la société", a déclaré Margareta Thorgren, porte-parole à la cour royale. "Ce que le roi fait, c'est montrer de l'empathie envers tous ceux qui ont été affectés de différentes manières, ainsi qu'à ceux qui sont morts", a-t-elle affirmé.Le Premier ministre suédois Stefan Löfven s'est jusque-là refusé à qualifier d'échec la stratégie des autorités, en dépit des nombreux morts provoqués par le virus dans les maisons de retraites. Interrogé jeudi lors d'une conférence de presse, le chef du gouvernement a jugé que le roi ne faisait que "confirmer ce que nous avons déjà dit". "Le fait que tant de gens soient morts est un échec, on ne peut pas le voir autrement. C'est comme ça que j'interprète" les propos du roi, a-t-il affirmé, reconnaissant que "des choses auraient dû être faites différemment". Mais sur la stratégie elle-même, "je crois que c'est quand l'épidémie sera terminée que nous pourrons en tirer les conclusions de long terme", a réaffirmé le chef de gouvernement social-démocrate. Malgré un récent durcissement des autorités, la Suède et sa stratégie atypique contre le coronavirus sont de nouveau mises en grande difficulté par une redoutable deuxième vague que le pays nordique a longtemps cru pouvoir éviter.Alors que la plupart des autres pays européens ont confiné une ou plusieurs fois leur population, la Suède n'a à aucun moment fermé ses bars, restaurants et magasins, et s'en est principalement tenue à des "recommandations" sans caractère coercitif.En quoi consiste la "stratégie suédoise"?Jugeant pratiquement impossible d'empêcher le virus de circuler, les autorités suédoises se sont fixé l'objectif de spécifiquement protéger les personnes âgées et à risques, et - comme ailleurs - d'éviter la saturation des services de santé, tout en tolérant un certain niveau de contagion. Redoutant un impact trop lourd sur la société, la Suède n'a pas confiné sa population, ni fermé les écoles pour les moins de 16 ans.Singularité quasi mondiale: le pays n'a jamais recommandé l'usage des masques, les jugeant inefficaces et privilégiant les appels à la distanciation. Autre spécificité: en dehors de quelques interdictions, la stratégie repose essentiellement sur des "recommandations" ayant valeur de règle officielle mais pas coercitives.Outre les classiques lavages de main et distanciation physique, les recommandations incluent notamment le télétravail où c'est possible et l'auto-isolement en cas de symptômes. Au printemps, deux interdictions ont été appliquées: pas de visite en maison de retraite et pas plus de 50 personnes dans les événements publics. Lycées et universités ont aussi été fermés. Avec l'arrivée d'une seconde vague en octobre, l'Autorité de santé publique et le gouvernement ont durci les recommandations dans les régions touchées, puis au niveau national depuis le 14 décembre.Les Suédois ont notamment été appelés à ne fréquenter que les membres de leurs foyers. Lors d'évènements, le public est désormais limité à 8 personnes. En revanche, bars, restaurants ou magasins n'ont à aucun moment dû fermer. Mais des mesures de distanciation doivent s'y appliquer et on ne peut actuellement être plus de huit à la même table.Une nouvelle loi La Suède a toujours juré que sa stratégie n'était pas dictée par l'objectif de sauver l'économie. Mais, juridiquement, le pays n'a pas de loi d'urgence lui permettant de fermer des parties de la société en temps de paix. Une loi temporaire de trois mois adoptée en avril, qui nécessitait le feu vert du Parlement pour chaque nouvelle mesure, n'a jamais été utilisée. Une nouvelle loi est désormais promise, qui doit permettre de fermer certains magasins et établissements, mais seulement en mars 2021.Dans le royaume de 10,3 millions d'habitants, beaucoup moins densément peuplé que la Belgique, le nombre de morts a atteint 7.893 jeudi, dont plus de 1.900 depuis début novembre. Les hospitalisations ont atteint un nouveau record, de même que le nombre de nouveaux cas, désormais entre 6.000 à 7.000 par jour en moyenne, selon les données officielles.La Suède est beaucoup plus touchée que les autres pays scandinaves : le Danemark déplore 992 décès pour 5,8 millions d'habitants, la Norvège 404 pour 5,3 millions d'habitants, et la Finlande 489 pour 5,5 millions d'habitants.Pénurie d'aide-soignants À Stockholm, la capitale suédoise, la situation est très préoccupante. 99% des lits en soins intensifs sont occupés et le pays fait face à une pénurie importante d'aide-soignants. Selon Bloomberg, la Finlande et la Norvège ont proposé leur aide à la Suède. Interrogée par Bloomberg, Sineva Ribeiro, la présidente de l'Association suédoise des professionnels de la santé, déclare que la situation dans son pays est "terrible". Même avant la première vague de la pandémie en mars, il y avait "une pénurie d'infirmiers spécialisés, y compris dans les unités de soins intensifs".Il y a moins de personnes qualifiées disponibles aujourd'hui qu'au printemps, "ce qui rend plus difficile l'expansion des capacités des soins intensifs", dit-elle. Certains soignants sont en effet tellement désespérés de ne pas avoir de réels congés que leur seule issue pour avoir du temps à eux est de démissionner, déclare Ribeiro. Une enquête de la chaîne de télévision suédoise TV4 révèle que dans 13 des 21 régions de Suède, le nombre de démissions dans le secteur de la santé a augmenté par rapport à l'année dernière, atteignant jusqu'à 500 par mois.Masque interdit Interrogée par le quotidien De Tijd, Nele Brusselaers, épidémiologiste belge à l'Institut Karolinska à Stockholm, est cinglante à l'égard de la gestion suédoise. "Leur politique va à l'encontre de toute évidence scientifique. L'usage de masques n'est pas conseillé, dans certains hôpitaux, il était même interdit. Pour décharger les soins intensifs, les personnes de plus de 80 ans sont très peu hospitalisées. Souvent, elles meurent même sans avoir vu de médecin", déclare-t-elle. Selon la scientifique, la majorité des Suédois approuvent toujours la gestion de la pandémie, incarnée par le virologue Anders Tegnell. "Tegnell est toujours glorifié, il y a même des décorations de Noël à son effigie", affirme-t-elle.