Outre les tensions accrues avec l'Iran et les États-Unis, Boris Johnson, en tant que futur probable Premier ministre, devra se concentrer principalement sur la question urgente du Brexit au cours des prochains mois.
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Outre les tensions accrues avec l'Iran et les États-Unis, Boris Johnson, en tant que futur probable Premier ministre, devra se concentrer principalement sur la question urgente du Brexit au cours des prochains mois. Dans l'état actuel des choses, le Royaume-Uni quittera l'Union européenne le 31 octobre. Le contexte politique difficile dans lequel la Première ministre sortante, Theresa May, a dû travailler ne s'est pas amélioré. Le Parti conservateur n'a toujours pas de majorité au Parlement britannique et doit compter sur le soutien du Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP). Ces derniers ne veulent pas d'une solution d'urgence à la question controversée de la frontière irlandaise (également connue sous le nom de "backstop"), dans laquelle une partie du pays est traitée différemment du reste. De plus, la pression sur les Conservateurs s'est encore accrue après la victoire du Parti du Brexit de Nigel Farage aux élections européennes.Même au sein du groupe, les différents camps sont à couteaux tirés. Trois membres du gouvernement ont d'ores et déjà prévu de démissionner parce qu'ils ne veulent pas faire partie d'un gouvernement sous la houlette de Johnson. D'autres menacent même de quitter le parti et de rejoindre les Libéraux-démocrates. L'European Research Group, un groupe de soutien à la recherche destiné aux députés conservateurs et dirigé par Jacob Rees-Mogg, soutient Johnson et augmente la pression pour quitter l'UE sans accord ("no deal").Comme son prédécesseur, Boris Johnson sera confronté à la tâche de réconcilier Caïn et Abel, une mission apparemment impossible. Est-ce que tout restera comme avant ? Pas nécessairement. Amis et ennemis reconnaissent que Johnson sait manoeuvrer comme aucun autre. Au cours de sa carrière politique, Johnson, 55 ans, s'est très intelligemment frayé un chemin jusqu'aux plus hauts niveaux de la politique britannique. Peut-il utiliser à nouveau cette ingéniosité tactique pour sortir de l'impasse ?Johnson a une stratégie différente de celle de Theresa May. Contrairement à elle, "BoJo" a souligné à maintes reprises qu'il ne voulait rien savoir de tout report. Cela crée une pression nécessaire. La procédure parlementaire pour obtenir un accord de Brexit complet par la Chambre des communes et de la Chambre des Lords prend au moins deux mois. Si, à titre d'exemple, Johnson a besoin de deux mois pour parvenir à un accord avec Bruxelles - un délai inconcevable - la sortie officielle n'aurait lieu qu'avant la mi-novembre. Et ce n'est pas ce qu'il a promis.Johnson devra-t-il revenir sur ses promesses ? La question principale est de savoir dans quelle mesure le flamboyant politicien pense ce qu'il dit. L'homme est connu pour ses revirements, même si ceux-ci sont parfois diamétralement opposés à ce qu'il avait annoncé auparavant. En tant que maire de Londres, il ne voulait pas entendre parler de Brexit et, quelques années plus tard, il soutenait ouvertement la campagne VoteLeave. À la veille du référendum, Boris Johnson a déclaré que le Royaume-Uni économiserait 350 millions de livres sterling par semaine s'il quittait l'UE, une promesse erronée sur laquelle il a dû revenir par après.À Bruxelles, les gens sont également curieux de savoir si le volatil Johnson sera fiable pendant les négociations - une qualité pour laquelle Theresa May a été louée dans les couloirs européens. "Il a claqué presque toutes les portes de négociation. Nous espérons qu'il clarifiera bientôt ce qu'il cherche exactement", confie à Knack un haut fonctionnaire européen qui a tenu à conserver l'anonymat. Pour l'UE et ses États membres, la situation est très claire. Les négociations menées sur un accord de retrait avec le gouvernement de Theresa May ne seront pas relancées. La déclaration politique, qui confère le cadre des futures relations commerciales, peut être discutée. Cela signifie que Bruxelles continuera à laisser la balle dans le camp du Royaume-Uni. "Si les Britanniques veulent sauter dans l'abîme, qu'il en soit ainsi. Nous n'allons certainement pas les pousser dans le vide", indique le haut responsable.En d'autres termes, Johnson doit chercher une solution de son côté. Le problème, c'est qu'il n'a jamais indiqué exactement comment il comptait sortir de l'impasse actuelle. Ses déclarations sont truffées d'erreurs factuelles et montrent qu'il connaît mal le fonctionnement de l'Union européenne. A Bruxelles, on s'attend à un affrontement majeur avec Londres dans les prochains mois. "Johnson s'entoure des 'hard Brexiters' issus de la campagne électorale", indique un diplomate européen étroitement impliqué dans les négociations avec le Royaume-Uni.Toutefois, si Johnson n'est pas en mesure de produire des résultats concrets dans les mois à venir, il ne devra pas compter sur la clémence du Parlement britannique. "Et si, après trois mois, il doit faire face à un vote de méfiance ?", se demande le haut fonctionnaire. Maintenant que Johnson a enfin atteint le poste de Premier ministre après des années de dur labeur et de sueur, il n'a pas l'intention d'y renoncer si vite. "Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour rester à sa place", déclare le diplomate européen.Il se murmure donc qu'il est prêt, pour des raisons personnelles, à conduire le Royaume-Uni hors de l'UE sans accord. S'il déclenche de nouvelles élections et remporte l'électorat du Parti du Brexit, sa position serait plus forte et plus confortable. Il y a, bien sûr, un risque que l'impact du Brexit (embouteillages, hausses de prix, délocalisations d'entreprises, etc.) joue les trouble-fête. Dans ce cas, les Britanniques n'auront pas besoin déguisement le 31 octobre pour frissonner pour Halloween.