La montée de l'extrême droite et son installation durable dans le paysage européen n'en finissent pas de recomposer l'offre politique, et rarement sans dommages notables (reculs électoraux, confusion programmatique, divisions...) pour la droite dite traditionnelle. L'irruption du parti Vox en Espagne, malgré ou à cause d'une éphémère alliance tripartite (avec Ciudadanos, de centre-droit) en Andalousie, a laissé le Parti populaire démuni face au Parti socialiste, colonne vertébrale d'une coalition gouvernementale de gauche, après les élections législatives de novembre 2019. Les Républicains français recherch...

La montée de l'extrême droite et son installation durable dans le paysage européen n'en finissent pas de recomposer l'offre politique, et rarement sans dommages notables (reculs électoraux, confusion programmatique, divisions...) pour la droite dite traditionnelle. L'irruption du parti Vox en Espagne, malgré ou à cause d'une éphémère alliance tripartite (avec Ciudadanos, de centre-droit) en Andalousie, a laissé le Parti populaire démuni face au Parti socialiste, colonne vertébrale d'une coalition gouvernementale de gauche, après les élections législatives de novembre 2019. Les Républicains français recherchent désespérément la recette pour détrôner le Rassemblement national de son piédestal de premier opposant au macronisme après le bref virage radical de leur président Laurent Wauquiez (décembre 2017 - juin 2019) et, surtout, il est vrai, les déboires passés de leurs figures tutélaires, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Silvio Berlusconi est devenu le cocu magnifique de la droite italienne quand son compère extrémiste de la Ligue, Matteo Salvini, fort de sa prédominance sur Forza Italia au sein d'une entente électorale en mars 2018, s'en est écarté pour convoler dans un gouvernement avec le populiste Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio. L'échec de celui-ci n'a pas entamé l'assurance électorale de la Ligue. En Allemagne, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) a dû renoncer à la présidence de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et à la succession programmée d'Angela Merkel pour ne pas avoir appliqué un ferme principe de précaution à l'intention affichée par des députés du Land de Thuringe de s'allier à l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) afin de propulser le libéral du FDP, Thomas Kemmerich, à la ministre-présidence et en écarter le responsable de Die Linke (gauche radicale), Bodo Ramelow. Le tollé suscité par l'indéfendable compromission a transformé celui de Thomas Kemmerich en mandat le plus court de l'histoire allemande. Mais le mal était fait et la conséquence inéluctable pour AKK. Angela Merkel en pâtit inévitablement. Elle qui croyait avoir intelligemment préparé sa succession en désignant une dauphine modérée pourrait quitter son poste de chancelière en 2021 en laissant un parti déchiré et de surcroît cornaqué par un membre de son aile la plus droitière. Depuis l'annonce de son retrait de la présidence de la CDU en 2018, l'image de la surpuissante Angela Merkel n'a cessé de se dégrader au point que sa sortie de scène peut d'ores et déjà être considérée comme ratée. S'il doit être salué, le sursaut des dirigeants nationaux de la droite allemande n'effacera pas la tache de la convergence d'intérêts avec l'extrême droite privilégiée un temps dans cette région de Thuringe où le parti nazi entama son ascension le 2 février 1930 à la faveur, lui aussi, d'un scrutin démocratique. Elle témoigne malheureusement chez certains des ravages du temps sur la mémoire de l'horreur. Dans une Allemagne réputée pour y avoir consacré un travail d'introspection exemplaire, le constat est particulièrement alarmant.