Lorsque l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) s'alarme des près de 500 000 décès prématurés par an provoqués par la pollution atmosphérique dans l'Union européenne (UE), les regards se tournent vers l'industrie et le trafic automobile. Oublié, le transport maritime dont les moteurs brûlent des fiouls lourds riches en soufre. Lors de la combustion, ce soufre se transforme en dioxyde de soufre, à l'origine de pluies acides ou d'affections respiratoires, et favorise la formation de particules fines.
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Lorsque l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) s'alarme des près de 500 000 décès prématurés par an provoqués par la pollution atmosphérique dans l'Union européenne (UE), les regards se tournent vers l'industrie et le trafic automobile. Oublié, le transport maritime dont les moteurs brûlent des fiouls lourds riches en soufre. Lors de la combustion, ce soufre se transforme en dioxyde de soufre, à l'origine de pluies acides ou d'affections respiratoires, et favorise la formation de particules fines. Selon l'AEE, le transport maritime émet davantage de particules fines - PM 2,5 : de diamètre inférieur à 2,5 micromètres - que les gaz d'échappement du trafic routier dans l'Union européenne. D'autant plus interpellant que les PM 2,5 sont à elles seules responsables de 399 000 décès chaque année dans l'UE. En 2015, l'université de Rostock et le centre allemand Helmholtz Zentrum Munich ont démontré le lien entre émissions de polluants des cargos et maladies graves. Selon ce rapport, le transport maritime provoque 60 000 décès prématurés par an dans l'UE et représente un coût annuel de 58 milliards d'euros pour les services de santé. La situation est d'autant plus critique que la pression politique est moindre sur le transport maritime. France nature environnement (FNE) épingle notamment que les carburants maritimes demeurent peu taxés alors qu'ils sont plus polluants avec des teneurs en soufre jusqu'à 3 500 fois supérieures au diesel. Après l'entrée en vigueur, en 2020, de la dernière résolution de l'Organisation maritime internationale (OMI), une entité des Nations unies, la teneur en soufre du fioul maritime ne pourra excéder 0,5 %, ce qui reste 500 fois plus élevé que le diesel. A noter qu'en mer du Nord comme en mer Baltique et en Amérique du Nord, la teneur en soufre est limitée à 0,1 %. La FNE s'inquiète tout particulièrement de la pollution dans le bassin méditerranéen où seule la réglementation internationale est en vigueur et les contrôles sont peu nombreux, les autorités nationales craignant pour l'attractivité de leur port. L'afflux de paquebots de croisière accroît la problématique, la FNE ayant déterminé qu'un paquebot au port pollue autant qu'un million de voitures... Elle a ainsi constaté que près du port de Marseille la teneur en particules ultrafines, les plus dangereuses, de l'air était jusqu'à 100 fois supérieure dans la zone portuaire, avec un air particulièrement vicié sur le pont des navires (de croisière). Selon la FNE, l'utilisation du même diesel que les voitures ainsi que l'installation de filtres à particules comme sur les automobiles permettraient de réduire substantiellement la pollution. Damien Ernst, professeur en électromécanique à l'ULiège, souligne que la problématique des navires est d'autant plus cruciale que nombre de mégalopoles sont portuaires, exposant ainsi directement des millions de personnes à la pollution des navires. En Californie, les données des services de santé révèlent d'ores et déjà que les personnes vivant à proximité des ports de Los Angeles et Long Beach connaissent des niveaux d'asthme, de maladies cardiovasculaires et d'allergie supérieurs aux autres habitants de la ville, pourtant confrontés à l'air le plus pollué des Etats-Unis.