"Clean meat", viande artificielle, de labo, cellulaire, de synthèse, ou encore "in vitro", ... ses détracteurs la surnomment même "Frankenfood". La viande cultivée en incubateur à partir de cellules souches animales est promue, dans un avenir proche, à révolutionner notre consommation de protéines animales, en augmentation constante de par l'augmentation du nombre d'habitants sur la planète.
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"Clean meat", viande artificielle, de labo, cellulaire, de synthèse, ou encore "in vitro", ... ses détracteurs la surnomment même "Frankenfood". La viande cultivée en incubateur à partir de cellules souches animales est promue, dans un avenir proche, à révolutionner notre consommation de protéines animales, en augmentation constante de par l'augmentation du nombre d'habitants sur la planète. Un challenge de taille attend toutefois les sociétés lancées dans la course à la carniculture: mettre au point des usines de fabrication à grande échelle - appelées "biofermes" - équipées de puissant bioréacteurs. Il s'agit de grandes cuves de production comme celles utilisées pour brasser de la bière ou produire des yaourts où les cellules souches se développent à grande vitesse. Plusieurs start-up - dont l'israélienne Aleph Farms spécialisée en boeuf in vitro - sont actuellement au stade d'usines pilote dans ce domaine. Leur défi est de créer des installations qui ne seront pas trop énergivores.De nombreuses questions se posent encore quant à l'impact environnemental de cette nouvelle technologie alimentaire. Car, si les avantages de la viande cultivée à partir de quelques souches prélevées sur un unique bovin semblent nombreux au niveau nutritionnel et pour le bien-être animal, l'argument écologique est l'un des plus puissants. La production actuelle du boeuf est en effet la plus dévastatrice pour l'environnement. A une échelle commerciale, la viande cultivée requerrait une surface 20 fois inférieure à celle occupée par la viande bovine aujourd'hui. "Il faut plus de 10.000 litres d'eau pour produire un kilo de boeuf", nous confirmait le CEO d'Aleph Farms, lors de notre reportage dans les bureaux-labo de sa start-up basée à Tel Aviv. Il ajoute : "L'élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre. Avec notre méthode, nous réduisons de 95 % à 98 % l'utilisation d'eau, les émissions de gaz à effet de serre et l'occupation des terres. Notre consommation d'énergie est deux fois moindre. Enfin, alors qu'il faut deux ans pour élever un boeuf, l'abattre, et que seul un tiers de la carcasse est mangé, nous n'aurons besoin que de trois à quatre semaines pour produire un steak, avec zéro gaspillage".Une étude menée par le bureau indépendant CE Delft*- la première du genre dans le monde - vient confirmer l'impact environnemental bien moins élevé d'un kilo de viande cultivée en comparaison avec de la viande traditionnelle. Sur la base du mix énergétique attendu en 2030 (énergie conventionnelle), la viande cultivée obtient de bien meilleurs résultats que la viande bovine. Dans ce contexte, les producteurs de viande cultivée (et tous les autres acteurs de la chaîne) utilisent de l'électricité provenant - selon les prévisions internationales - du charbon, du gaz, du vent, du soleil, etc. Lorsque les producteurs de viande cultivée choisissent l'électricité verte pour leurs bioréacteurs, la viande cultivée est nettement plus performante que le porc ou le poulet. Lorsqu'elle est produite à l'aide d'énergies renouvelables, la viande cultivée présente un impact environnemental inférieur de 93 % à la production de viande de boeuf conventionnelle, de 53 % à celle de porc et de 29 % à celle de poulet. Bien que l'utilisation des terres ne soit pas un des facteurs principaux dans cette étude, la viande cultivée s'en tire aussi très bien. Qu'elle provienne de sources d'énergie conventionnelle ou renouvelable, elle obtient un score presque trois fois plus élevé que la viande de poulet. La viande cultivée produite à partir d'énergies renouvelables obtient même de meilleurs résultats que le tofu en matière d'utilisation des terres, selon l'étude. Cette denrée prometteuse pour la préservation du climat et qui revête les mêmes qualités nutritionnelles que la viande traditionnelle sera-t-elle bientôt dans nos assiettes ? Dans un premier temps, elle restera un mets rare, avant une démocratisation progressive. "Au début, ce sera vraiment une denrée d'exception avant d'être disponible en supermarchés. Nous espérons que d'ici 2025, elle pourra être produite à grande échelle", nous explique Hermes Sanctorum, consultant en viande cultivée pour GAIA qui a commandité l'étude auprès du bureau CE Delft. "Pour le moment, la viande cultivée n'est autorisée à la consommation qu'à Singapour, où elle est servie dans un restaurant (ndlr: sous forme de nuggets à base de viande de poulet fabriqués en laboratoire par la start-up californienne Eat Just) qui en a fait une véritable expérience culinaire. Des autorisations ont été introduites auprès des instances de régulation européennes pour sa commercialisation. Elles pourraient tomber cette année", ajoute le consultant. *CE Delft est un organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans le développement de solutions innovantes aux problèmes environnementaux.