En Norvège, 97% des bouteilles en plastique sont recyclées. Pour arriver à un tel résultat, le gouvernement a mis en place une taxe environnementale pour les producteurs de bouteilles en plastique et canettes. Cette taxe est évolutive : plus un producteur recycle, plus sa taxe diminue. Lorsqu'une entreprise arrive à recycler 95% de sa production, elle est exemptée de cette taxe. En outre, pour faciliter le recyclage, les entreprises doivent respecter les prescriptions d'Infinitum, organisme qui supervise le système de recyclage norvégien, notamment en matière d'étiquette. Kjell Olav Malduml, directeur d'Infinitum explique dans une interview accordée au Guardian en 2018 que des bouteilles ont été recyclées plus de 50 fois et que 92% des bouteilles en plastique retrouvent leur usage une fois recyclées.

La consignation des bouteilles en plastique est automatique. Le consommateur peut recevoir entre 10 et 25 centimes par bouteille en fonction de sa taille. Les supermarchés sont très souvent équipés de machines qui amassent les bouteilles et les industriels n'ont plus qu'à les récupérer. En 2017, l'organisme a récolté 591 millions de bouteilles en plastique. Le directeur d'Infinitum voudrait que "les consommateurs comprennent qu'ils achètent le produit mais qu'ils empruntent seulement l'emballage".

Le système norvégien séduit. Ces dernières années, plusieurs délégations étrangères, comme le Royaume-Uni, la Chine, le Rwanda, la Belgique ou encore l'Inde, sont venues visiter les centres de tri norvégiens. Plusieurs pays ont déclaré vouloir mettre en place un système similaire.

La Suède est également un modèle en matière de recyclage. Le pays produit chaque année 4,4 millions de tonnes d'ordures dont seulement 1% est jeté dans une décharge. D'ici 2021, le pays espère pouvoir recycler l'entièreté de ses déchets.

La culture du tri est très ancrée dans les mentalités suédoises. Chaque quartier résidentiel dispose de son propre centre de tri avec sept bennes à ordure différentes. En moyenne, chaque habitant y dépose 480kg de déchets par an. Les canettes sont consignées depuis 1984 (recyclées à 86%) et les bouteilles depuis 1994 (recyclées à 77%).

Des initiatives semblables existent ailleurs en Europe. Depuis 2003, l'Allemagne consigne également toutes ses bouteilles en plastique. Au total, 98,5% d'entre elles sont recyclées. En 2018, Michael Gove, ministre de l'Environnement britannique, a indiqué vouloir mettre en place un système de consigne. Son projet est pour l'instant mis en suspens - Brexit oblige- mais la chaîne de supermarché Iceland a instauré ce système dans cinq de ses magasins. Entre juin 2018 et janvier 2019, 311.500 bouteilles ont été récupérées. Au total, les consommateurs ont gagné 30.000 livres (soit 35.000 euros). Les écologistes espèrent que le gouvernement étendra cette expérience à l'ensemble du pays.

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Les emballages plastiques, la bête noire du recyclage belge ?

La Belgique est plutôt bonne élève en matière de recyclage. Selon les chiffres de Fost Plus, 724.000 tonnes de déchets ménagers, soit 92,8% des emballages mis sur le marché belge, ont été recyclés en 2018. Néanmoins, les emballages plastiques ne sont recyclés qu'à 42% (l'ASBL assure que ce chiffre augmentera dans les prochaines années grâce à l'élargissement de la collecte de PMC).

La quantité totale de déchets collectée par habitant est en diminution depuis 2011, toujours selon les chiffres avancés par Fost Plus. Malgré tout, la quantité de PMC par habitant augmente sensiblement chaque année depuis 2015.

Au total, les emballages de boissons représentent 42% du tonnage total de déchets sur le marché belge. Il est donc impératif d'améliorer leur recyclage.

Sandrine Warsztacki, journaliste pour le magazine coopératif Médor, a mené une enquête sur le recyclage en Belgique. Fost Plus annonce que 8 bouteilles sur 10 sont recyclées. Pour la journaliste, c'est en réalité 5 bouteilles sur 10. Les chiffres de l'ASBL seraient faussés car ils ne prennent pas en compte que certains consommateurs achètent des bouteilles à l'étranger mais les recyclent en Belgique. En outre, beaucoup d'entreprises d'e-commerce ne payent pas leur cotisation pour le recyclage des déchets. Warsztacki explique que "quand on achète des produits sur Internet, qu'on les met dans le sac à recyclage, ça vient améliorer les statistiques en bas, mais ça n'a pas été compté en haut dans la fraction".

La journaliste affirme qu'il est très bien et très important de recycler, mais que c'est une solution de dernier recours. Il faut d'abord que chacun réduise sa production de déchets selon le principe de l'échelle de Lancy ("le meilleur déchet est celui qui n'existe pas").

La Belgique fait également l'expérience d'un système de consigne pour lutter contre le dépôt sauvage de canettes. Quelques villages-pilotes de Wallonie ont l'occasion de déposer des canettes dans leur commune contre rémunération de 5 centimes par canette (il s'agit plus d'une prime de retour que d'une consignation). Le projet paraît prometteur sur papier mais la mise en pratique s'avère infructueuse. Les habitants ne reçoivent pas de rémunération en liquide mais en bons d'achat à utiliser dans les commerces de la commune, il leur est interdit d'amener des déchets ménagers et le nombre de canettes est limité. Le taux de participation est également très bas. Par exemple, à Amay, seulement 30 personnes ont collaboré au projet en l'espace de trois mois.

Test-Achat soupçonne les entreprises d'emballage, qui financent entièrement le projet, de vouloir le saboter pour garder le système actuel de récolte sélective des déchets. En effet, instaurer un système de consigne des bouteilles en plastique et canettes représenterait une grosse perte économique pour les entreprises de gestion des déchets.

Toutefois, le projet de consigne des canettes n'est toujours pas abandonné par les pouvoirs politiques wallons. La proposition de Dimitri Fourny d'organiser la généralisation des consignes après l'évaluation des projets pilotes mi-2020 a été acceptée par le MR, le cdH et le PS.

Loreline Dubuisson

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