Une belle ordure, celle-là. Propager des cancers ne lui suffit pas. Elle métastase aussi le sol. Oh, elle est bien emballée, dans des caissons hermétiques, et tout ça. Mais l'amiante reste quand même ensevelie, dans des centres d'enfouissement technique. Le seul moyen de s'en débarrasser, au moins visuellement... Certains de nos encombrants - ceux qu'on ne parvient pas à brûler - finissent, eux aussi, six pieds sous terre. Comme les " déchets ultimes ", ces boueux résidus d'incinération. Enterrés. Destination finale d'1,2 % de notre masse de crasses. Mais 1,2 % de près de 2,5 millions de tonnes (wallonnes et bruxelloises confondues), ça pèse tout de même 30 000 tonnes.
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Une belle ordure, celle-là. Propager des cancers ne lui suffit pas. Elle métastase aussi le sol. Oh, elle est bien emballée, dans des caissons hermétiques, et tout ça. Mais l'amiante reste quand même ensevelie, dans des centres d'enfouissement technique. Le seul moyen de s'en débarrasser, au moins visuellement... Certains de nos encombrants - ceux qu'on ne parvient pas à brûler - finissent, eux aussi, six pieds sous terre. Comme les " déchets ultimes ", ces boueux résidus d'incinération. Enterrés. Destination finale d'1,2 % de notre masse de crasses. Mais 1,2 % de près de 2,5 millions de tonnes (wallonnes et bruxelloises confondues), ça pèse tout de même 30 000 tonnes. Cela reste léger, comparé à la Grèce, Malte, la Croatie ou la Roumanie. Où la mise en décharge dépasse encore les 70 % (!). Seules l'Allemagne, l'Autriche et la Slovénie font mieux que la Belgique. " Nous sommes clairement parmi les meilleurs élèves européens ", confirme Eric Pirard, professeur à l'ULiège. Merci, notre taux de 54 % de recyclage et de compostage... Restent quand même 46 %. Ceux qui ne sont pas enterrés partent en fumée. En 2017, les quatre incinérateurs wallons ont enfourné 529 000 tonnes d'ordures ménagères en provenance de nos sacs poubelle et de nos conteneurs tout-venant. Au moins, cela produit de l'électricité. Mais la pollution atmosphérique préférerait s'en passer. Alors, qu'est-ce qu'on attend ? Pour que ces pots de yaourt, paquets de chips, blisters, mégots, plaquettes de médicaments, feuilles de papier alu et autres déchets cessent d'être cramés ? Pour certains d'être eux, faut pas rêver. Techniquement compliqués voire impossibles à revaloriser. Heureusement, ceux-là représentent une minorité. Beaucoup d'autres, en théorie, pourraient finir ailleurs que dans un incinérateur. Certains, d'ailleurs, en seront bientôt soustraits, grâce à l'introduction progressive du nouveau sac PMC, qui engloutira davantage de types de plastiques. Bonne nouvelle. Mais... " La perception du grand public est fausse, tacle Eric Pirard. Le tri sélectif, le parc à conteneurs... Tout ça déculpabilise. "J'ai fait ce que je devais faire." Or, ce n'est que le début. Il reste encore énormément de défis ! " Car, même triés, certaines ordures ne sont in fine parfois pas recyclées. Ou pas complètement. " Dire qu'un produit est 100 % recyclé, c'est un mensonge. Même avec les meilleurs procédés, on ne récupère jamais qu'une partie. " Cela n'ira pas en s'arrangeant. Progrès technologiques obligent, ce qui finira un jour à la poubelle devient de plus en plus complexe à traiter. Et a souvent été conçu sans écoconsidération. Industrie et marketing, l'environnement ne vous remercie pas. Certains PMC et verres Elle est noire, brillante, classe, cette bouteille d'un gin bien connu. Sauf que lorsqu'elle arrive dans les centres de tri, la machine l'identifie comme un... caillou. Et la rejette. Direction l'incinération, comme un vulgaire tout-venant. Le noir et le recyclage ne font pas bon ménage dans les PMC non plus. Barquettes, pots de fleur, bouteilles... " Le tri du plastique s'effectue grâce à des rayons lumineux, qui vont refléter la lumière d'une certaine façon selon le type de composant, détaille Etienne Offergeld, directeur du département déchets à l'InBW, intercommunale à la manoeuvre en Brabant wallon. Quand l'objet est noir ou opaque, le rayon ne passe pas, ce qui rend la détection impossible. " De nouvelles machines sont en cours de développement pour tenter d'y remédier, mais elles sont souvent trop onéreuses pour que les centres de tri puissent les acquérir. " Nous sommes en contact avec les distributeurs et les fabricants pour les convaincre d'opter pour d'autres types d'emballage ", indique Fatima Boudjaoui, porte-parole de FostPlus, asbl qui chapeaute la collecte sélective. Parfois, ça marche : d'autres teintes commencent à être privilégiées, par exemple pour les barquettes de viande et de charcuterie, selon les supermarchés. S'il n'y avait que le noir ! Le faux blanc aussi, c'est un souci. Comme celui qui habille les nouvelles générations de bouteilles de lait. Certains fabricants (surtout en France, moins en Belgique, mais avec les achats transfrontaliers...) délaissent le polyéthylène, qu'ils utilisaient depuis belle lurette, au profit du polytéréphtalate d'éthylène. En abrégé le PET, comme celui des bouteilles d'eau, auquel on rajoute une couche opaque. Meilleur marché, sans compter qu'il permet de faire l'impasse sur l'opercule en aluminium autour du goulot. Sauf que les machines le recalent. Dans le meilleur des cas, actuellement, le PET opaque est dissous dans le PET classique, mais cela ne peut s'appliquer qu'à de petites quantités. A nouveau, des machines perfectionnées apparaissent, mais même les centres de tri qui pourraient se l'offrir n'ont pas toujours la place pour la caser. En parlant de bouteilles, comment aplatissez-vous les vôtres, avant de les flanquer dans le sac PMC ? En longueur ou en hauteur ? Dans le dernier cas, les trieuses optiques ne les identifient pas, ce qui nécessite un sur-tri manuel. Certaines marquent proposent pourtant des " stries " qui encouragent l'aplatissement vertical... Même souci pour les bouteilles rondes, qui roulent sur les tapis et qui ne sont pas repérées. Comme pour celles endimanchées d'un " sleeve ", un manchon qui les recouvre du cul au goulot. Bonheur marketing, malheur des trieurs. Il y a aussi ces PMC que l'on collecte par facilité, pour ne pas compliquer les consignes de tri... en sachant pertinemment qu'ils ne pourront pas être recyclés. Dans le milieu, on surnomme cela le " facteur z ". Ce fut longtemps le cas d'un célèbre pot de ketchup. " Un adjuvant doit être ajouté au plastique, pour ne pas qu'il jaunisse à cause de l'acidité de la tomate, explique Cédric Slegers, deputy general manager de Go4Circle, la fédération des entreprises d'économie circulaire. Une solution a été trouvée mais, pendant des années, ces bouteilles n'ont pas été recyclées. " Bref, selon une étude réalisée par Go4Circle, les neuf centres de tri belges héritent annuellement d'environ 157 000 tonnes de PMC. 132 000 sont finalement revalorisés, soit 84 %. A cause de la non-efficacité du tri, du facteur z, des erreurs des citoyens... et des sacs bleus eux-mêmes, non recyclés ! Certains nouveaux PMC Le pot de yaourt, sac bleu or not sac bleu ? 25 ans que certains se le demandent. Bientôt plus de dilemme : tous les plastiques (ou presque) iront dans le nouveau sac PMC, qui commence à faire son apparition en Flandre et qui sera introduit en Wallonie dès octobre prochain en province de Namur (BEP), puis de Liège en décembre (Intradel). Couverture complète du territoire prévue en 2020, le temps que les centres de tri s'adaptent. Pas du genre anodine, l'adaptation. A Couillet, l'intercommunale Valtris doit investir dix millions d'euros pour s'agrandir, tandis qu'à Liège et à Mons, il faut carrément construire de nouvelles installations, pour un coût qui avoisinerait les trente millions. C'est qu'il faut passer, dans un premier temps, de huit à onze flux de déchets durant la phase transitoire, puis à quatorze en définitive. Barquettes, raviers, films, blisters, pots, sachets... Seuls les plastiques non ménagers, les sachets avec une couche d'alu (genre chips) et les flacons de produits dangereux continueront à en être exclus. Les tests réalisés dans six communes depuis 2015 montrent que la quantité de PMC récoltés passera, en moyenne, de 15 à 23 kilos par an et par habitant. Environ 30 000 tonnes de déchets brûlés en moins. Ou pas. " Le sac bleu actuel avait été instauré il y a 25 ans ( NDLR : par des entreprises privées), rappelle Fatima Boudjaoui, porte-parole de FostPlus, qui a initié le projet P+MC. A cette époque, les filières de recyclage n'existaient pas pour tous les types d'emballage. Même si, aujourd'hui, tout n'est pas encore au point, nous voulons stimuler le développement de nouvelles filières. " Certains plastiques seront donc récoltés... pour quand même être incinérés. Une partie des emballages multicouche, par exemple, très difficiles à décomposer. Ou les films, sacs et sachets. Bonjour pour faire comprendre les nuances au trieur lambda, comme pour le fameux " facteur z ". Puis l'espoir d'un recyclage futur persiste : FostPlus espère susciter des vocations auprès d'industriels, en les appâtant par la garantie de telles quantités récoltées. " C'est l'oeuf ou la poule, compare Pascaline Leruth, porte-parole de la Copidec, la plateforme qui regroupe l'ensemble des intercommunales wallonnes de traitement des déchets. C'est vrai que toutes les valorisations n'existent pas encore, mais pour que cela se développe, il faut constituer une masse susceptible d'intéresser une entreprise ! C'était la même chose pour les premiers PMC, il y a 25 ans. " Aux Pays-Bas, une usine vient récemment d'investir dans une ligne de traitement de barquettes mono et multicouche. Le gouvernement wallon sortant, peu avant les élections, a attribué 46,8 millions d'euros de subsides à six projets industriels, qui, eux, investiront 68,4 millions pour développer des usines de recyclage de PET opaque, de films d'emballage souples, de polymères et autres plastiques non encore recyclés. Dans 25 ans, tout devrait être réglé... Sachets de chips, emballages de café, emballages multicouche, ampoules LED, matériaux isolants... " J'aime bien utiliser l'image de la plasticine : quand un enfant mélange tout et fait une grosse boule, ça devient très compliqué après de séparer les couleurs. " Pâte à modeler, recyclage : même combat, épingle Eric Pirard. En théorie, tous les matériaux sont recyclables. En pratique, l'effort pour y parvenir est parfois techniquement très compliqué, surtout pour les déchets composés de différents matériaux. Un sachet de chips, par exemple. Du plastique vaporisé à de l'aluminium, enrobé d'une pellicule vernie. " Sept couches différentes ! ", indique Angélique Léonard, ingénieure civile chimiste à l'ULiège. La galère ! Des procédés à base de pyrolyse sont en cours de développement, notamment au CRM Group (Centre de recherches métallurgiques, à Liège). " Le problème, c'est celui de l'énergie ", affirme Eric Pirard. En dépenser des tonnes pour récupérer un matériau, un non-sens écologique. " C'est pour cela qu'il faut que les produits qui arrivent sur le marché soient les plus simples à traiter possible. " Sauf que les industriels ne prennent pas vraiment ce tournant. Au contraire. Les emballages, les produits, deviennent de plus en plus complexes. Par exemple, 40 % des barquettes en PET (plastique transparent) sont désormais multicouche. L'imbrication se justifie parfois uniquement pour des raisons de marketing (comme les " sleeves " évoqués plus haut), parfois pour des raisons de meilleure préservation du produit. Une entreprise a récemment gagné un prix " green packaging " pour un emballage qui change de couleur lorsque la chaîne du froid est rompue. " Mais bonjour le recyclage du plastique, là derrière ! , s'exclame Etienne Offergeld (InBW). Il y a plein d'exemples où, en essayant de mieux faire, on rend les choses encore plus compliquées. En même temps, qu'est-ce qui est le plus important ? Le recyclage ? Ou la diminution du gaspillage alimentaire ? Il s'agit toujours de compromis. " Idem pour les lampes LED. Elles consomment beaucoup moins que les autres ampoules, " mais c'est une telle soupe d'éléments, qu'on ne peut quasiment rien récupérer ! , soupire Eric Pirard. C'est aussi complexe qu'un GSM. Alors que celles qui fonctionnaient avec des filaments en tungstène étaient d'une simplicité extraordinaire : le filament, un soquet en acier, du verre. Même un enfant de 6 ans aurait pu le recycler ! " Alléger sa note d'électricité... mais alourdir la facture environnementale ? Dans la même veine, le professeur liégeois cite également les batteries de voiture : des feuilles de plomb, un boîtier en plastique, un bain d'acide. Recyclage optimal. " Plus facile, y'a pas. " Y'aura bientôt plus, avec les batteries de voitures électriques. " Il faut vraiment développer en amont l'écodesign, plaide Cédric Slegers (Go4Circle). Certaines choses débarquent sur le marché, qui ne devraient pas. " L'une des solutions serait d'étendre la responsabilité élargie du producteur. Soit l'obligation de reprise ou de traitement en fin de vie, qui existe déjà pour certains biens (les piles avec Bebat, les huiles et graisses avec Valofrit, les vieux pneus avec Recytyre, les appareils électroniques avec Recupel...) " Que le fabricant pense, dès la conception, à la manière de traiter le déchet, cela me semblerait normal, estime Fabienne Delaunois, professeure à l'UMons et cheffe du service de métallurgie. Nous, quand nous rendons un projet de recherche, notre dossier doit toujours comporter une partie sur le développement durable. " Certains industriels commencent à s'y mettre. En France, Total, Citeo, Saint-Gobain et Syndifrais se sont associés pour développer, d'ici 2020, une filiale de recyclage du polystyrène, dont l'un des dérivés est la frigolite. Certains parcs à conteneurs acceptent les gros blocs... pour les redécouper en plus petits morceaux ! Recyclage inexistant. " D'abord, parce que la récupération est problématique : c'est très léger et ça prend beaucoup de place, décrit Fabienne Delaunois. Ensuite, parce que ça revient tellement peu cher à produire ! C'est la difficulté des plastiques. " " La majorité des matériaux sont recyclables, prolonge Jacques Devaux, professeur honoraire à l'Ecole polytechnique de l'UCLouvain. Mais il faut que cela se justifie économiquement, environnementalement et socialement. " Papier aluminium, CD-DVD, tampons/serviettes/langes, textiles, bougies, porcelaine... Un petit city-trip à Venise ? Hop hop hop ! Vos tampons, pas dans la poubelle ! Ni même votre lange. Dans la province de Trévise, depuis 2017, tous ces matériaux capables d'absorber nos fluides deviennent tantôt des cintres, des bancs d'école, de la litière pour chat ou encore des bâches anti-inondation. Pas moins d'une centaine de brevets ont été nécessaires pour mettre au point cette technologie, abritée dans une usine construite par Procter&Gamble (Pampers, Tampax...) et Agelini, fabricant italien de produits d'hygiène. Dix mille tonnes de couches (pour adultes comme pour enfants) et serviettes peuvent être traitées par an, récoltées par collecte sélective, comme les papiers-cartons ou les PMC. Une tonne permet de récupérer 350 kilos de matières revendables, dont 50 % de plastique, 25 % de cellulose et 25 % de polymères superabsorbants. Une usine de recyclage de langes existe aussi à Weurt, dans le centre-est des Pays-Bas. Pas chez nous. Au mieux, les langes pour enfants finissent biométhanisés dans les composts alimentés par les collectes organiques (les laisser se dégrader dans le fond de son jardin est franchement déconseillé). Mais seulement en provinces de Namur, Liège, Luxembourg et dans une partie du Hainaut. Pas dans le Brabant wallon, Mons-Borinage et la Wallonie picarde. Quant aux couches pour adultes, pourtant constituées des mêmes matériaux, personne n'en veut... à cause de leurs potentiels résidus médicamenteux. Le recyclage est souvent à géographie variable. Au Québec, les feuilles de papier alu sont apposées dans les sacs PMC. Chez nous, elle sont jugées trop fines pour être retenues par les tamis des chaînes de tri. Certains futés adeptes du zéro déchet roulent de grosses boules (de la taille d'un poing, minimum) ou les planquent dans des canettes. Car l'aluminium, en lui-même, se refond et se récupère les doigts dans le nez, indéfiniment. En Suisse, les CD/DVD sont repris dans tous les parcs à conteneurs. Chez nous, ils le sont uniquement dans les recyparcs luxembourgeois dépendant d'Idelux-AIVE. 21,9 tonnes y ont été récoltées en 2017, un poids plume dans le monde des ordures. " Nous sommes les seuls en Belgique à organiser cela, depuis environ dix ans, raconte Pierre Collignon, directeur logistique de l'intercommunale. C'est un message que nous voulions donner aux citoyens : même pour un petit déchet, on peut trouver une solution. " Bien qu'elle soit coûteuse. Ces disques, Idelux-AIVE doit les acheminer à ses frais vers une entreprise d'économie sociale, qui se charge de séparer les matériaux. Qui seront ensuite broyés en paillettes, revendues à des recycleurs ou à des traders. Toutes les autres intercommunales ne peuvent ou ne veulent pas se le permettre. Parfois pour une question de place. " Dans certains recyparcs, il faudrait un chausse-pied pour faire rentrer de nouveaux conteneurs ! " sourit Pascaline Leruth (Copidec). Alors tous s'acquittent de leurs dix-neuf fractions légalement obligatoires. Mais, pour le surplus, vive le freestyle ! Tibi (Charleroi) est la seule à reprendre les détecteurs de fumée ainsi que les fonds de bougie, InBW (Brabant wallon) s'est lancée dans un projet-pilote de capsules de café (lire plus loin)... " Il faut à chaque fois trouver une filière de valorisation suffisamment développée derrière, poursuit la porte-parole. Et payable. Car cela se répercutera quoi qu'il arrive dans le coût-vérité. " En matière de crasses, tout est aussi question de masse. " Personne ne va ouvrir une usine pour 5 000 tonnes ! ", lance Etienne Offergeld. Aucune ne sortira probablement jamais de terre pour la porcelaine, le pyrex ou la terre cuite, encore trop souvent erronément jetés avec les verres, mais qui ne fondent pas à la même température. Il " suffirait " de surchauffer... mais il faudrait un paquet de vaisselle cassée avant d'envisager une certaine rentabilité. Pour les vêtements usagés, la masse existe déjà, collectée via les bulles textiles (une en moyenne implantée par 1 000 habitants). Les centres de tri les séparent ensuite en plus de 100 catégories et la moitié est réutilisée (de 0 à 15 % en Belgique, le solde essentiellement en Afrique, Asie et Europe de l'Est). 35 % sont transformés (chiffons, isolants...) et 15 % sont incinérés. Recyclage ? Quasi inexistant. Car les matières deviennent de moins en moins bonne qualité, que diverses fibres sont souvent mélangées. Mais pas impossible : des projets européens émergent, tels Refibra (transformation du coton en Lyocell), SaXcell (transformation de la cellulose), Renewcell (transformation du coton en nouvelle fibre), Soex (première installation mondiale de traitement des chaussures)... Lentement. Mais sûrement ? Cartons à pizza/souillés, mouchoirs, serviettes, stylos à billes et matériel d'écriture... Erreur typique. Le carton à pizza, la boîte d'un burger, le cornet de frites se retrouvent souvent entassés parmi les papiers-cartons. Or, ils ne peuvent être recyclés avec eux. Trop souillés, trop gras. Mais plutôt qu'être balancés avec le tout-venant, ils peuvent en réalité s'immiscer dans le conteneur ou sac à organiques. Comme les mouchoirs, les essuie-tout, les serviettes et les nappes en papier... Ce n'est pas non plus la revalorisation des stylos à billes qui changera la face du monde, mais ce serait déjà ça en moins d'incinéré. Terracycle, entreprise américaine spécialisée dans le recyclage des produits complexes à la demande d'industries, organise en Belgique une collecte de matériel d'écriture, pour le compte de la société Bic. Surligneurs, marqueurs, Tipp-Ex, feutres, effaceurs... Les particuliers et les entreprises peuvent renvoyer ceux qui ne fonctionnent plus. Des étiquettes d'envoi sont gratuitement téléchargeables. Les matériaux sont séparés puis transformés en matières premières ou en biens de consommation courante. Par tranche de 20 kilos, 0,01 euro par pièce est reversé à une association ou coopérative scolaire au choix. 10 770 dollars ont jusqu'à présent été récoltés. Pas de quoi non plus changer la face de l'enseignement, mais bon. Terracycle collecte aussi les capsules de café Dolce Gusto et les pots de yaourt Les 2 Vaches, selon le même principe. Mais la firme ne précise pas où sont envoyés ces déchets, ni comment ils sont traités. Difficile de faire la part de greenwashing et de réelle efficacité... Mégots, capsules de café... Le premier réflexe, c'est toujours de la renifler. Une plaque dure, brunâtre, mouchetée, pas franchement jolie. Qui sent effectivement un peu la clope, elle qui a été conçue à partir de mégots de cigarette. Il en aura fallu 15 000, de ces petites saloperies environnementales, pour fabriquer deux lattes de ce plastique qui, jusqu'à présent, sert principalement à fabriquer du mobilier urbain, dans les locaux de Mego ! , première usine mondiale de traitement de ce petit déchet capable de polluer, à lui tout seul, 500 litres d'eau. Deux tiers des 30 millions de cigarettes vendues chaque jour finiraient au sol, puis dans les égouts... L'usine a ouvert en Bretagne, en 2017, à l'initiative de Bastien Lucas, qui dirigeait une société de collecte de déchets. " En 2014, des clients nous avaient interpellés pour qu'on mette au point une solution. On a donc lancé une phase de recherche et développement, toujours en cours ", retrace-t-il, sans entrer dans les détails techniques, secret de fabrication oblige. Mais, en gros, les mégots sont trempés dans l'eau, pour qu'elle absorbe les molécules toxiques, avant de passer... à la machine à laver. Le papier est composté, le filtre - en fait du plastique, de l'acétate de cellulose - est chauffé, compressé, mélangé à de la matière vierge et transformé en plaques. Ce mélange (courant dans le monde du recyclage) a fait tiquer WeCircular, une jeune start-up belge qui s'était associée à l'usine française pour récolter la matière première, mais qui s'est finalement distancée. " On ne veut pas créer une solution de recyclage pire que l'incinération ", justifie son fondateur, Guillaume Berlemont. Qui pointe que des traces de substances toxiques peuvent subsister dans le produit final. Bastien Lucas ne le nie pas. " Il reste un peu de goudron, en microgrammes. On est bien d'accord qu'il faut continuer la R&D. " L'autre souci, c'est la collecte. L'usine est capable de traiter 600 tonnes, qu'il faut acheminer. Une asbl française, Greenminded, a mis au point un système d'achat de bacs qui, une fois remplis, peuvent être envoyés gratuitement par la poste. Ça en fait, des trajets, sachant qu'un kilo représente 4 000 mégots. L'usine préfère le transport en grosses quantités. Elle expérimente la récupération en déchetteries ou via des villes et communes. En Belgique, la commune de Waterloo s'est lancée en 2018, installant des cendriers dédiés sur son territoire et renvoyant la collecte vers la Bretagne. Des centaines de kilomètres sur les routes, pertinent écologiquement ? Bastien Lucas assure que oui. " Nos analyses de cycle de vie sont en cours de validation par des organismes extérieurs et démontreront que le coût énergétique est positif. " L'analyse du cycle de vie, c'est le bilan environnemental, depuis l'extraction d'un matériau jusqu'au déchet. Angélique Léonard (ULiège) en est une spécialiste. Parfois, confirme-t-elle, le recyclage peut être une fausse bonne idée, car trop énergivore par rapport à l'incinération. " De toute façon, des produits neutres, je n'en connais pas ! " Les firmes, ambiance environnementale oblige, peuvent avoir tendance à se donner bonne conscience. Une capsule Nespresso, par exemple, représente 6,5 fois plus d'emballages qu'une cafetière à l'italienne. Alors, l'entreprise développe des filières de recyclage. Les capsules sont collectées en magasin et, depuis 2018, une phase de test a été lancée dans les recyparcs du Brabant wallon. Les dosettes sont ensuite envoyées vers les Pays-Bas pour que les matériaux soient séparés (café, aluminium, plastique). Dans un reportage, les journalistes de Question à la Une (RTBF) ont estimé que l'alu était ensuite envoyé en Italie, en Allemagne puis en Suisse, soit un parcours d'environ 3 000 kilomètres. " Nous avons accepté ce projet-pilote (NDLR : payé entièrement par Nespresso) non pas parce que nous sommes persuadés qu'il s'agit de la bonne solution, mais parce que si on ne teste jamais, on ne saura pas s'il y a une opportunité de développer cela en Belgique, insiste Etienne Offergeld. Est-ce que, pour l'instant, l'écobilan est positif ? Non. Mais peut-être qu'il y aurait moyen de globaliser ça avec d'autres emballages en alu. " " Il est souvent très difficile de se prononcer sur la question du recyclage, conclut Renaud De Bruyn, expert déchets chez Ecoconso. Cela reste une piste intéressante, mais qui ne doit pas être la solution numéro 1. On aura toujours des choses à recycler, mais il faut repousser cette étape le plus loin possible et éviter tant que possible les emballages superflus. " Le meilleur déchet reste celui qui n'existe pas.