Le dossier sur l'instauration d'une consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique est sur la table depuis des années, sans avancées notoires. Il ressurgit poussé par des actions citoyennes. Signe que le débat évolue, la Région bruxelloise, la Région wallonne et le gouvernement fédéral l'ont inclus dans leurs accords de coalition respectifs. Un accord au niveau des trois Régions est toutefois nécessaire pour que le système fonctionne.
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Le dossier sur l'instauration d'une consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique est sur la table depuis des années, sans avancées notoires. Il ressurgit poussé par des actions citoyennes. Signe que le débat évolue, la Région bruxelloise, la Région wallonne et le gouvernement fédéral l'ont inclus dans leurs accords de coalition respectifs. Un accord au niveau des trois Régions est toutefois nécessaire pour que le système fonctionne. "Les esprits sont mûrs", nous souffle-t-on du côté du cdH. En Wallonie, cela fait près de 10 ans que le groupe remet régulièrement le sujet de la consignation des emballages de boissons sur la table du parlement régional. François Desquennes, le chef de groupe à la chambre, a déposé au Parlement wallon une proposition de décret en juin 2020 afin de généraliser le système à partir du 1er janvier 2022. Pour le député wallon, le système actuel de collecte et de tri des déchets peut encore être amélioré au vu des nombreux déchets sauvages. "Pourquoi vouloir opposer deux méthodes ? L'actuelle contre la consigne ? Rendons plutôt ces deux systèmes complémentaires pour enfin améliorer la propreté publique", déclare-t-il. Il pointe du doigt l'ASBL Fost Plus qui représente, pour lui, un frein à la mise en place du système. "Depuis que le sujet est sur la table, Fost plus a chaque fois répondu avec beaucoup de réticences à ce projet de consigne en promettant d'améliorer la situation. En réalité, malgré les efforts annoncés - poubelles sélectives, bénévoles et campagnes de sensibilisation - la situation empire. C'est un vrai tonneau des Danaïdes." Et de rappeler que le ramassage des déchets le long des routes coûte à la collectivité 84 millions d'euros par an, dont 69 millions à charge des villes et communes (22 euros par habitant). François Desquennes évoque aussi une pression exercée par l'ASBL privée sur les intercommunales de gestion des déchets. "Fost Plus fait du lobbying auprès des décideurs, en leur disant que s'il n'y a plus de canettes et bouteilles en plastique dans le sac bleu, la filière va perdre de l'intérêt et qu'ils risquent des pertes d'investissements, voire que des emplois seront menacés". "C'est totalementfaux", embraie le chef de file cdH, persuadé que le sac bleu ne sera pas remis en cause, même s'il perd en volume: "Certains défendent le sac bleu comme étant un flux vital à maintenir pour faire fonctionner le système de recyclage. Si les canettes sont collectées par des machines qui les compressent, un flux de gestion de ces déchets sera toujours nécessaire. Fost plus pourrait d'ailleurs très bien mettre en place la gestion des consignes." L'idéal pour le député étant de produire le moins de déchets possibles, de ne pas alimenter outre mesure les flux, voire de tendre vers le zéro déchet. "Il faut tourner le dos au jetable gratuit", selon lui.Le député fustige, par ailleurs, l'immobilisme de la ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier (ecolo) qui "joue la montre" en disant attendre les résultats de l'opération de "prime retour canettes" pour décider à la rentrée. Un système contraignant et controversé qui n'est, pour lui, pas transposable à la consignation. "Ce sont des déchets très visibles, à la différence des mégots qui sont aussi très nombreux, mais beaucoup plus discrets ", fait remarquer, de son côté, Céline Tellier. Ce qui expliquerait en partie la forte mobilisation et émotion citoyenne actuelle sur ce type de déchet sauvage. Selon les informations chiffrées fournies par le cabinet de la ministre, les canettes représentent en Wallonie 7 % en poids (2% en nombre) des déchets sauvages, les bouteilles en plastiques 12%.Céline Tellier argumente : "Si on veut voir les choses sans idéologie, ce n'est pas en instaurant une consigne qu'on va régler les problèmes de malpropreté, il faut prendre toute une série d'autres mesures en parallèle. Plusieurs systèmes existent et nous sommes en train de tester quel est le plus efficace: la consigne, la prime de retour et le sac bleu étendu P+MC. Certains de ces systèmes peuvent être combinés. On observe aussi ce qui se passe à l'étranger. " Le cabinet de la ministre écolo n'a pas connaissance d'une étude qui démontrerait le lien entre un système de consigne et l'évolution de la propreté publique. "On ne peut pas avoir un raisonnement simpliste du type "il y a la consigne", la "malpropreté diminue", la cause de la malpropreté publique est multifactorielle ", affirme Nathalie Guilmin, la porte-parole de Céline Tellier. Prise entre deux feux, la ministre déclare ne pas avoir d'opposition de principe à la consigne. "Si on me démontre que ce système est un excellent complément au sac bleu P+MC, je signe tout de suite", s'avance-t-elle. Interrogée sur le "lobbying" exercé par Fost Plus, elle admet que le dossier soulève beaucoup de questions d'ordre financier: "On ne veut pas désorganiser un système de collecte qui fonctionne et qui est en cours d'élargissement." "Des investissements importants sont en cours (600 millions d'euros) dans cinq centres de tri P+MC hyperperformants. Il est donc normal de réfléchir aux coûts-bénéfice d'instaurer un nouveau système par rapport au système existant basé sur le tri et le recyclage ", précise-t-on au cabinet de la ministre. Concernant le projet pilote de "prime retour" mis en doute, Céline Tellier admet qu'il "touche un public de convaincus qui ont envie que la situation s'améliore et qui se mobilisent déjà sur le terrain. " Elle poursuit : "C'est un des éléments du puzzle. On va s'en inspirer, mais aussi prendre en compte des études comparatives avec les systèmes étrangers. Le sac bleu fonctionne bien en Wallonie, mais il faut regarder des systèmes comparables avec ce système. La situation est clairement différente aux Pays-Bas (NDLR: le pays vient de décider d'élargir la consigne aux canettes après les petites et grands bouteilles)." Céline Tellier tient à rappeler qu'elle lutte déjà contre les déchets sauvages de plusieurs manières ; en doublant les amendes (de 100 à 200 euros), en accompagnant les communes dans des plans locaux de propreté, en les soutenant financièrement dans l'installation des caméras de surveillance, en installant des poubelles sélectives dans les espaces publics, en renforçant les contrôles... ce qui, selon ses dires, se révèle "clairement dissuasif".