En Belgique, depuis plusieurs années déjà, l'hiver a abandonné son blanc manteau pour revêtir une tenue plus légère. Les bonshommes de neige, la luge dans les parcs et le ski dans les Fagnes ? C'est (quasi) terminé. Déjà pas systématique par le passé, la tradition du Noël blanc semble définitivement enterrée. Entre 1959 et 2010, dans les Ardennes, la hauteur maximale de la couche de neige a en moyenne perdu cinq à quinze centimètres, selon les hivers. Par ailleurs, dans les parties les plus élevées du bassin de l'Ourthe, la période d'enneigement - avec au moins cinq centimètres au sol - s'est parfois réduite à quinze jours, t...

En Belgique, depuis plusieurs années déjà, l'hiver a abandonné son blanc manteau pour revêtir une tenue plus légère. Les bonshommes de neige, la luge dans les parcs et le ski dans les Fagnes ? C'est (quasi) terminé. Déjà pas systématique par le passé, la tradition du Noël blanc semble définitivement enterrée. Entre 1959 et 2010, dans les Ardennes, la hauteur maximale de la couche de neige a en moyenne perdu cinq à quinze centimètres, selon les hivers. Par ailleurs, dans les parties les plus élevées du bassin de l'Ourthe, la période d'enneigement - avec au moins cinq centimètres au sol - s'est parfois réduite à quinze jours, tout en commençant jusqu'à deux mois plus tard qu'auparavant, révélait en 2016 l 'International Journal of Climatology. Les causes de ce déclin : l'augmentation des températures et les changements de circulation des courants atmosphériques. " On a beaucoup de vent, venant en permanence de l'ouest, et les masses d'air sont chaudes et humides ", résume Xavier Fettweis, chercheur FNRS en climatologie à l'ULiège. C'est précisément ce qu'on a vécu la saison passée. Résultat : cette année, l'Institut royal météorologique a enregistré seulement deux jours de neige à Uccle, soit le quatrième hiver le moins neigeux depuis que des relevés sont réalisés. Pour autant, doit-on s'attendre à une avalanche de catastrophes le jour où les flocons tireront définitivement leur révérence ? Pas vraiment. " Entre 1920 et 1940, on a eu plusieurs fois des inondations, notamment à Liège, dues à une fonte abrupte du manteau neigeux, cumulée à de la pluie. Une situation qui ne devrait plus se reproduire dans le futur ", affirme Xavier Fettweis. L'agriculture devrait aussi sortir gagnante de cette nouvelle donne. " Au cours des dernières décennies, on a assisté à une augmentation du rendement agricole. C'est en partie dû à l'utilisation de semences mieux adaptées aux conditions et à la températures ", analyse Alain Hambuckers, professeur au département de biologie, écologie et évolution de l'ULiège. Des effets positifs, donc, mais pas que. " Avec le réchauffement climatique, l'écosystème des Hautes Fagnes pourrait disparaître si l'homme n'intervient pas ", alerte Xavier Fettweis. C'est le cas des tourbières, zones humides où pousse une espèce d'herbes hautes, habituellement écrasées par la neige. En l'absence d'enneigement, " cela peut poser des problèmes pour contrer les incendies au printemps, ou même les favoriser ", poursuit le chercheur. La faune, quant à elle, devrait être relativement épargnée par le phénomène. Seul le tétras lyre, oiseau également présent dans d'autres régions d'Europe et s'abritant dans des igloos, pourrait être touché. " Mais de manière générale, comme nous sommes dans une zone tempérée, la neige n'est pas un facteur extrêmement important dans la sélection des espèces. Par contre, les températures plus élevées auront un impact, notamment sur les insectes ", affirme Alain Hambuckers. Le tourisme sera l'autre grande victime de l'absence de neige. La petite dizaine de stations de ski belges devra faire preuve d'inventivité pour se reconvertir. Autant de raisons de regretter les hivers d'antan.