En mai, tonte à l'arrêt: bientôt les résultats
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Confirmez-vous que les populations d'oiseaux sont en déclin, y compris en Belgique? Pour nous, c'est tout à fait clair. De 1990 à 2018, on constate 61% d'oiseaux en moins dans les zones agricoles, ce qui est catastrophique. Pour les oiseaux des forêts, la diminution est tout de même d'environ 26%. Si vous comparez avec l'ensemble de la biodiversité, ce sont les oiseaux qui sont les plus en déclin. Bien sûr, certaines espèces se maintiennent ou sont en augmentation. A cause des pesticides, le faucon pèlerin avait complètement disparu dans les années 1970. Aujourd'hui, il doit y avoir environ une centaine de couples, grâce à un énorme effort du Muséum des sciences naturelles. Il revient donc de loin. Mais globalement, 54% des espèces d'oiseaux sont en diminution. Certaines à cause du changement climatique: le gobe-mouches noir, par exemple, se nourrit du fruit d'un arbre qui produit désormais ses fruits plus tôt qu'avant. Quand l'oiseau rentre d'Afrique, c'est trop tard ; il n'y trouve plus assez à manger pour nourrir ses petits. Il y a un lien évident entre le changement climatique et la perte de biodiversité. Certaines causes à cette perte sont-elles plus problématiques que d'autres pour les oiseaux? Tout dépend des zones. Dans les zones urbanisées, c'est avant tout la perte de lieux de nidification. Il y a quelques années, on n'aurait jamais pensé que les populations de moineaux allaient diminuer. Avec l'isolation et la rénovation du bâti, ils trouvent beaucoup moins d'endroits qu'avant pour nidifier, notamment dans les trous de boulin. Résultat: chaque année, le nombre de moineaux diminue de 10%. En zone agricole, ce sont plutôt les pesticides, les monocultures, la disparition des haies et les nouvelles constructions aux entrées des villages qui posent problème. A chaque fois qu'une ferme disparaît, c'est une opportunité en moins pour plusieurs espèces d'oiseaux d'y nidifier. Comment le citoyen peut-il contribuer à aider les oiseaux? S'il dispose d'un jardin, la première chose à faire et d'en laisser une partie à l'état sauvage. Une pelouse bien tondue n'apporte rien. Il faut des plantes indigènes, des arbustes, un petit tas de bois pour les hérissons... Vous pouvez aménager un garde-manger en optant pour des fruitiers comme le cassis, le groseillier, le framboisier... Je suis donc mille fois d'accord avec votre opération. Installer des nichoirs diversifiés et des mangeoires, c'est évidemment très bien. Mais la première chose à faire, c'est de laisser faire la nature et d'organiser une partie sauvage dans son jardin. Au niveau du bâti, il existe des solutions pour intégrer complètement des nichoirs à moineaux ou à hirondelles dans une rénovation. Vous pouvez aussi faire un petit trou dans la corniche pour les martinets. Il ne posera aucun problème au niveau de l'isolation. Nous proposons déjà cela à des professionnels, qui ont bien compris que l'on pouvait concevoir des maisons modernes tout en aidant les oiseaux. Y a-t-il une prise de conscience sur le sujet? Nous avons très clairement vu une accélération de cette prise de conscience depuis la crise de la Covid. Avec le premier confinement, on a vu une énorme hausse du nombre de sollicitations pour installer un potager, des nichoirs, observer les oiseaux... Par moments, nous avons même été noyés par les demandes d'informations. Beaucoup de personnes se sont aussi rendu compte que le lien entre l'homme et la nature était nettement plus étroit qu'elles le pensaient. Il y a une inquiétude sur le fait que le déclin de la biodiversité pourrait entraîner notre propre perte. Les actions individuelles ne suffisent pas. La réponse politique à cet enjeu majeur est-elle suffisante? Elle doit être beaucoup plus forte. Il faudrait imposer beaucoup plus les nichoirs dans les nouvelles constructions et dans les projets de rénovation à Bruxelles. Il n'y a pas assez de réserves naturelles et de zones protégées en Wallonie. Mais cette réponse doit être transversale, impliquer tous les secteurs et dépasser le seul cadre belge, puisque les oiseaux n'ont pas de frontières. D'une région ou d'un pays à l'autre, un oiseau n'a pas nécessairement le même statut de protection. En Wallonie, le ministre de la Chasse, Willy Borsus, est d'un autre parti que la ministre de la Nature et de l'Environnement, Céline Tellier. Il y a déjà un sérieux souci à ce niveau-là. Et puis, il faut des moyens pour que l'éducation et la sensibilisation soient efficaces.