A la fin du mois de juin, les pouvoirs spéciaux seront enlevés au gouvernement fédéral de Sophie Wilmès, et, à la fin du mois de septembre au plus tard, elle devra redemander la confiance du Parlement.
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A la fin du mois de juin, les pouvoirs spéciaux seront enlevés au gouvernement fédéral de Sophie Wilmès, et, à la fin du mois de septembre au plus tard, elle devra redemander la confiance du Parlement. Si elle ne l'obtient pas et qu'un successeur ne lui est pas désigné, son exécutif retombera en affaires courantes, et pourra s'il le désire, convoquer des élections anticipées. A la mi-juin, Conner Rousseau, président du SP.A et Paul Magnette, qui se sont autodésignés " renifleurs ", auront terminé leur tour des popotins présidentiels. Dans ce contexte, l'heure au PS est au questionnement philosophique et aux réponses politiques. A un précédent bureau de parti, Elio Di Rupo, ministre-président wallon, avait déjà établi un constat funeste : " Aller aux élections serait un suicide ", avait répété le Montois. Sur la base de cette prémisse, dès lors, les socialistes qui, comme lui, préfèrent voir le PS participer à un gouvernement fédéral avec la N-VA que de risquer des élections anticipées, posent ce dilemme : faut-il préférer une mort certaine et immédiate à une mort probable et plus lointaine ? La façon dont Paul Magnette a présenté, lundi 8 juin, en bureau de parti, les différentes possibilités, laisse penser qu'il penche, comme son prédécesseur, pour une nouvelle tentative de s'associer aux séparatistes flamands après celle, contrecarrée par sa propre base, de la mi-mars. " Si le parti me demande d'aller aux élections, je le ferai. Mais si on me demande d'aller dans l'opposition, je quitterai la présidence ", a-t-il toutefois ajouté en conclusion, réduisant de la sorte les hypothèses à une alternative : si le PS ne réussit pas à composer un gouvernement, il faudra, dit-il, convoquer des élections législatives anticipées. Et là, évoquant un sondage interne... du MR dont il aurait reçu les résultats, Paul Magnette prédit les pires problèmes à son parti, qui perdrait deux sièges dans le Hainaut et un à Liège, réduisant le contingent socialiste à la Chambre à 17 sièges. Mais s'il faut composer un gouvernement avec la N-VA, c'est qu'en composer un sans elle est impossible. " La Vivaldi est morte et enterrée ", a précisé Paul Magnette, alors que certains socialistes assuraient que le CD&V " négociait déjà des cartels avec la N-VA pour 2024 ", et qu'Egbert Lachaert, nouveau président de l'Open VLD, se montrait bien plus volontiers tenté par l'idée de reconstruire son parti depuis l'opposition fédérale à des ministres N-VA que depuis un gouvernement fédéral opposé à des députés N-VA. Et tant pis si Dave Sinardet, politologue à la VUB, déclare pourtant que " le CD&V et l'Open VLD sont en fait un peu plus ouverts à la Vivaldi que lors de la tentative de Paul Magnette en décembre ". Les membres du bureau, alors, se sont comptés. En tout cas ceux, une grosse vingtaine sur la centaine de connectés, qui en ont eu le courage. Elio Di Rupo n'a pas eu à intervenir, mais André Flahaut, Willy Demeyer, Julien Uyttendaele, Paul Furlan, Paul-Olivier Delannoy et Pierre-Yves Dermagne, notamment, ont plaidé pour l'ouverture de négociations. Ahmed Laaouej, Karine Lalieux, Julie Fernandez Fernandez, Laurent Devin ou Malik Ben Achour se montrant, eux, sceptiques, voire opposés à cette idée. Tous ont ensuite évoqué des conditions. Il faudrait en remplir un paquet pour que les militants socialistes valident, peut-être, un projet d'accord de gouvernement. La participation d'Ecolo, qui pourtant n'aurait rien à y gagner, rendrait l'aventure moins aventureuse aux socialistes. " L'ensemble de ceux qui ont pris la parole ont dit que ça serait plus facile si Ecolo montait avec nous ", raconte un témoin. L'exécutif de la fédération de Verviers a déjà officiellement délibéré sur le sujet : les socialistes verviétois conditionneraient, de manière " nécessaire mais pas suffisante ", leur acceptation d'une coalition rassemblant le PS et la N-VA à la présence des écologistes. Eric Thiébaut, populaire député-bourgmestre d'Hensies, a, lui, estimé que sans les verts, " il ne fallait pas y aller ". Mais personne ne voit, même les socialistes les plus magnétolâtres, Ecolo renier un de ses engagements les plus clairs pour aider le PS à renier le sien. Il faudra donc présenter d'autres trophées aux militants appelés à se prononcer sur un éventuel accord avec les séparatistes flamands. Evoquée imperturbablement depuis un an, la division de la famille libérale entre un Open VLD dans l'opposition et un MR au pouvoir est un prérequis. Rien ne dit que les libéraux francophones y souscriront. L'éviction de l'Open VLD permettra, pense-t-on au boulevard de l'Empereur, de plus facilement faire passer des mesures de gauche, au niveau socio-économique notamment. Rien ne dit que les libéraux francophones y souscriront. Mais il n'empêche que les socialistes y pensent. Le gouvernement Michel chuta sur le Pacte sur les migrations. Il avait mené une politique encore trop insuffisamment à droite sur la question migratoire selon la N-VA, mais certains socialistes espèrent que, sur ces matières également, une inflexion se marquera vers la gauche, en particulier à la faveur de l'actualité récente. Symboliquement, par exemple en imposant aux partenaires de signer un engagement solennel à lutter contre les discriminations. Et, personnellement, en privant Theo Francken de siège au gouvernement. Le gouvernement Michel avait mené une politique encore trop insuffisamment à droite sur les questions économiques. Mais certains socialistes espèrent faire infléchir la N-VA vers la gauche, en particulier à la faveur de ce qu'un membre du bureau du PS appelle " un momentum keynésien ". La hausse des allocations sociales, de la pension minimum et du salaire horaire minimum reviennent dans toutes les confidences. Elles seront comme un point de départ, pour Paul Magnette et ceux qui y croient. Il aura fallu, pour atteindre ce point de départ, convaincre la N-VA de renoncer à une large partie de ses revendications économiques et migratoires. Si elle n'y renonce pas, Paul Magnette devra dire que c'est à cause de la N-VA qu'il faut convoquer de nouvelles élections. Il aura fallu, pour atteindre ce point de départ, convaincre le MR de renoncer à une large partie de ses revendications économiques et migratoires, et d'abandonner son parti frère. S'il n'y renonce pas et s'il ne l'abandonne pas, Paul Magnette devra dire que c'est à cause du MR qu'il faut convoquer de nouvelles élections. Et puis, une fois le point de départ atteint, il faudra convaincre les militants socialistes de renoncer à leur principal engagement de campagne. S'ils n'y renoncent pas, Paul Magnette devra quitter la présidence de son parti.