Sire, le moment est peut-être venu d'obtenir une percée décisive dans la formation d'un gouvernement fédéral. Enfin! La crise du coronavirus, qui apporte son cortège d'enjeux sanitaires et économiques, pourrait finalement être l'élément déclencheur que l'on attendait. Joachim Coens, président du CD&V, avait d'ailleurs lancé l'idée d'une "coalition Corona". Le duo composé par les présidents de la Chambre, Patrick Dewael (Open VLD), et du Sénat, Sabine Laruelle (MR), doit remettre son rapport lundi prochain au plus tard. Mais on sent que cela frémit. Cela pourrait s'accélérer ou caler très rapidement... Faut-il encore rappeler combien il est vital que nous disposions enfin de ce gouvernement de plein exercice capable de prendre des décisions!?

Comme nous le suggérions le 17 février dernier, la majorité fédérale pourrait être un gouvernement d'urgences, resserré sur les enjeux prioritaires du moment (sanitaires, donc, mais aussi climatiques, socio-économiques, budgétaire et démocratiques), couplé à l'amorce d'une discussion sur un meilleur fonctionnement de l'Etat. En l'occurrence, ce gouvernement d'urgences, transitoire sans l'être (il irait jusqu'en fin de législature), pourrait être une Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes, CD&V) baptisée Wilmès II ou Geens Ier. Sans la N-VA ? Cela reste à confirmer. Certains CD&V rêvent toujours d'une coalition miroir alliant les majorités à l'oeuvre dans les Régions.

Toute percée pour nous sortir du long marasme qui prévaut depuis les élections du 26 mai 2019 mérite d'être saluée. Les trois clés de vraies négociations fédérales se trouvent essentiellement au CD&V et au PS. Et à vrai dire, trois serrures doivent encore être sérieusement huilées pour permettre l'ouverture.

Politique. Le CD&V s'accroche à son souhait d'obtenir une majorité fédérale disposant de la majorité dans chaque groupe linguistique. Le ministre fédéral Pieter De Crem le rappelait pas plus tard que jeudi sur le monde "notre position n'a pas changé". Une telle formule nécessite la présence de la N-VA, dont le PS ne veut pas. Pour convaincre le CD&V de faire le pas, il conviendra de mettre en avant l'urgence (cyniquement dit : merci le coronavirus), mais aussi de faire de sérieuses concessions sur les postes (d'où le Seize qui pourrait échoir à Geens) et sur le poids des compétences. Accessoirement, la discussion institutionnelle, en marge de l'action gouvernementale, est indispensable : ledit Koen Geens a diffusé fort opportunément une évocation des avancées souhaitées hier sur son blog personnel. Le PS, singulièrement, doit se rendre compte que s'il veut faire basculer le CD&V dans cette logique Vivaldi, il faudra lui donner du lourd. Pas sûr que cette conviction soit présente. Et attention, le CD&V (par la voix de l'ancien Premier ministre Yves Leterme, après Joachim Coens) continue à mettre en avant l'idée d'une coalition miroir qui réunirait les coalitions régionales - une logique très confédérale.

Socio-économique. Les partis de l'ancienne opposition fédérale (socialistes et écologistes) réclament un changement de logiciel significatif pour entrer dans un gouvernement d'urgences. En d'autres termes, il s'agit de rompre avec la dynamique initiée par la Suédoise de Charles Michel) au niveau socio-économique, climatique et migratoire. C'est compréhensible et en partie souhaitable. Si les deux derniers thèmes ne devraient guère poser de problème (le climatique est une urgence partagée et le migratoire fut à l'origine de la chute du gouvernement Michel), le socio-économique est plus problématique. La note rédigée par Paul Magnette, président du PS, lorsqu'il était informateur était jugée très à gauche en Flandre et au MR. Un gouffre existe au sujet de la perception même de ces réalités entre le nord et le sud.

Ethique. C'est le poil à gratter, le dernier écueil venu du parlement. Faute de majorité de plein exercice, les députés avancent là où ils peuvent, notamment dans le domaine éthique. Jeudi soir, la Chambre a ainsi voté une modification de la loi sur l'euthanasie, pour abolir le délai de déclaration anticipé. Un texte voté joyeusement par l'ancien arc-en-ciel (libéraux, socialistes, écologistes : celui qui avait fait progresser la Belgique dans le domaine au début des années 2000). Le CD&V s'est abstenu. Mais une question bien plus délicate encore aux yeux des sociaux-chrétiens se profile à l'horizon proche : une adaptation de la législation sur l'interruption volontaire de grossesse (pour l'étendre à 18 semaines). Une bombe atomique pour le CD&V. L'étude du texte au parlement a été reportée par la Conférence des présidents en gage de bonne volonté. Mais cela reste une épée de Damoclès au sujet de laquelle les uns et les autres s'étripent.

La perspective d'un gouvernement d'urgences, si elle se confirme (il reste bien du chemin à parcourir), mérite une fête nationale tant l'enlisement est profond. Ce serait, toutefois, reculer pour mieux sauter. Une majorité fédérale sans majorité dans le groupe néerlandophone et sans les deux premiers partis flamands, N-VA et Vlaams Belang, ne fera que reporter à 2024 le débat sur l'avenir de la Belgique. Ne pas en être conscient dans les discussions sur une septième réforme de l'Etat serait irresponsable de la part des partis francophones.

Sire, le moment est peut-être venu d'obtenir une percée décisive dans la formation d'un gouvernement fédéral. Enfin! La crise du coronavirus, qui apporte son cortège d'enjeux sanitaires et économiques, pourrait finalement être l'élément déclencheur que l'on attendait. Joachim Coens, président du CD&V, avait d'ailleurs lancé l'idée d'une "coalition Corona". Le duo composé par les présidents de la Chambre, Patrick Dewael (Open VLD), et du Sénat, Sabine Laruelle (MR), doit remettre son rapport lundi prochain au plus tard. Mais on sent que cela frémit. Cela pourrait s'accélérer ou caler très rapidement... Faut-il encore rappeler combien il est vital que nous disposions enfin de ce gouvernement de plein exercice capable de prendre des décisions!?Comme nous le suggérions le 17 février dernier, la majorité fédérale pourrait être un gouvernement d'urgences, resserré sur les enjeux prioritaires du moment (sanitaires, donc, mais aussi climatiques, socio-économiques, budgétaire et démocratiques), couplé à l'amorce d'une discussion sur un meilleur fonctionnement de l'Etat. En l'occurrence, ce gouvernement d'urgences, transitoire sans l'être (il irait jusqu'en fin de législature), pourrait être une Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes, CD&V) baptisée Wilmès II ou Geens Ier. Sans la N-VA ? Cela reste à confirmer. Certains CD&V rêvent toujours d'une coalition miroir alliant les majorités à l'oeuvre dans les Régions.Toute percée pour nous sortir du long marasme qui prévaut depuis les élections du 26 mai 2019 mérite d'être saluée. Les trois clés de vraies négociations fédérales se trouvent essentiellement au CD&V et au PS. Et à vrai dire, trois serrures doivent encore être sérieusement huilées pour permettre l'ouverture.Politique. Le CD&V s'accroche à son souhait d'obtenir une majorité fédérale disposant de la majorité dans chaque groupe linguistique. Le ministre fédéral Pieter De Crem le rappelait pas plus tard que jeudi sur le monde "notre position n'a pas changé". Une telle formule nécessite la présence de la N-VA, dont le PS ne veut pas. Pour convaincre le CD&V de faire le pas, il conviendra de mettre en avant l'urgence (cyniquement dit : merci le coronavirus), mais aussi de faire de sérieuses concessions sur les postes (d'où le Seize qui pourrait échoir à Geens) et sur le poids des compétences. Accessoirement, la discussion institutionnelle, en marge de l'action gouvernementale, est indispensable : ledit Koen Geens a diffusé fort opportunément une évocation des avancées souhaitées hier sur son blog personnel. Le PS, singulièrement, doit se rendre compte que s'il veut faire basculer le CD&V dans cette logique Vivaldi, il faudra lui donner du lourd. Pas sûr que cette conviction soit présente. Et attention, le CD&V (par la voix de l'ancien Premier ministre Yves Leterme, après Joachim Coens) continue à mettre en avant l'idée d'une coalition miroir qui réunirait les coalitions régionales - une logique très confédérale.Socio-économique. Les partis de l'ancienne opposition fédérale (socialistes et écologistes) réclament un changement de logiciel significatif pour entrer dans un gouvernement d'urgences. En d'autres termes, il s'agit de rompre avec la dynamique initiée par la Suédoise de Charles Michel) au niveau socio-économique, climatique et migratoire. C'est compréhensible et en partie souhaitable. Si les deux derniers thèmes ne devraient guère poser de problème (le climatique est une urgence partagée et le migratoire fut à l'origine de la chute du gouvernement Michel), le socio-économique est plus problématique. La note rédigée par Paul Magnette, président du PS, lorsqu'il était informateur était jugée très à gauche en Flandre et au MR. Un gouffre existe au sujet de la perception même de ces réalités entre le nord et le sud.Ethique. C'est le poil à gratter, le dernier écueil venu du parlement. Faute de majorité de plein exercice, les députés avancent là où ils peuvent, notamment dans le domaine éthique. Jeudi soir, la Chambre a ainsi voté une modification de la loi sur l'euthanasie, pour abolir le délai de déclaration anticipé. Un texte voté joyeusement par l'ancien arc-en-ciel (libéraux, socialistes, écologistes : celui qui avait fait progresser la Belgique dans le domaine au début des années 2000). Le CD&V s'est abstenu. Mais une question bien plus délicate encore aux yeux des sociaux-chrétiens se profile à l'horizon proche : une adaptation de la législation sur l'interruption volontaire de grossesse (pour l'étendre à 18 semaines). Une bombe atomique pour le CD&V. L'étude du texte au parlement a été reportée par la Conférence des présidents en gage de bonne volonté. Mais cela reste une épée de Damoclès au sujet de laquelle les uns et les autres s'étripent.La perspective d'un gouvernement d'urgences, si elle se confirme (il reste bien du chemin à parcourir), mérite une fête nationale tant l'enlisement est profond. Ce serait, toutefois, reculer pour mieux sauter. Une majorité fédérale sans majorité dans le groupe néerlandophone et sans les deux premiers partis flamands, N-VA et Vlaams Belang, ne fera que reporter à 2024 le débat sur l'avenir de la Belgique. Ne pas en être conscient dans les discussions sur une septième réforme de l'Etat serait irresponsable de la part des partis francophones.