Sire, vous entamez ce mercredi la consultation de dix présidents de parti pour tenter d'apaiser la crise et recoller les morceaux après la démission de votre missionnaire, Koen Geens (CD&V), survenue vendredi soir après les sorties de Paul Magnette (PS), exaspéré de poursuivre les discussions avec la N-VA. En la personne de Koens Geens, vous avez brûlé une de vos plus belles cartouches pour sortir de la crise. C'était couru d'avance, vu la façon dont il a été lancé dans l'arène en casse-cou, sans préparer le terrain au sein de son propre parti. Ce l'était d'autant plus que le CD&V, blessé dans son amour propre, avait limité la mission de Geens à l'éternelle piste PS - N-VA. Le PS a fait le reste en tirant à vue sur le missionnaire, le jour de la Saint-Valentin.

Sauf votre respect, sire, le résultat est une situation encore plus inextricable qu'elle ne l'était avant. Voici quelques post-it bien utiles pour vous permettre de bien intégrer le degré de détérioration psychologique de tous les participants. Car la Belgique, votre pays, n'est plus seulement au bord de la crise de nerfs, il est désormais dans une situation psychiatrique grave. Il est étonnant de ne pas voir les citoyens manifester davantage leur exaspération (votre peuple est si calme et si stoïque, il est vrai). A moins qu'ils ne se préparent à exprimer cela froidement lors des prochaines élections que vous tentez d'éviter : les extrêmes et l'abstention risquent d'en sortir grandies.

Or donc, sire, la relation entre le CD&V et le PS semble ternie par ce qui vient de se passer. Ce duo est pourtant une clé du royaume depuis toujours. Koen Geens dénonce le "coup de sabot" du PS alors que le dialogue était noué avec la N-VA. Le PS s'énerve de voir le CD&V s'accrocher coûte que coûte aux nationalistes : "C'était sa décision de démissionner, il y avait d'autres options." Le premier fil à recoudre, ce sera celui-là (et ne comptez plus pour un petit temps sur un missionnaire CD&V, même si on sait combien vous y êtes attaché).

En tirant brutalement la prise de la mission Geens, Paul Magnette a pris le risque de se voir attribuer la responsabilité d'une crise plus profonde encore. Le PS répète, il est vrai, dans toutes les langues qu'il ne veut pas gouverner avec la N-VA et personne ne semblait vouloir l'entendre. La sortie à la mitraillette de Paul Magnette était donc un message à l'attention du CD&V et de l'Open VLD - mais aussi à votre attention, sire... - pour dire que d'autres options sont possibles. Depuis, les sympathisants socialistes sont conscients qu'il faut encore et encore rappeler que la N-VA est devenu infréquentable, notamment en montrant que ses membres - le bourgmestre d'Alost, par exemple - fréquentent les élus du Vlaams Belang. Un "parfum d'extrême droite", martèlent-ils, appuyés par DéFi et Ecolo. Sire, cela sera décidément impossible de tricoter ce fil-là...

L'exaspération est telle que la N-VA, pour sa part, charge sans surprise le PS et tente de saisir l'occasion pour créer le front flamand à laquelle elle aspire depuis le début. Theo Francken, puis Bart De Wever ont réitéré ce voeu, lundi matin. Une donnée vitale de la crise reste que les partis flamands veulent une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone. Que le CD&V et l'Open VLD se voient mal gouverner avec la N-VA et le Vlaams Belang ensemble dans l'opposition fédérale. Que les mêmes veulent protéger la suédoise qui gouverne en Flandre. Sire, cela vous l'avez bien intégré depuis le début. Et vous en êtes conscient: il n'est pas sûr que l'oukase socialiste francophone arrange la donne.

Sire, ce n'est pas tout. Georges-Louis Bouchez aime la Belgique, il le dit haut et fort - cela doit vous plaire - et multiplie les efforts pour sauver le pays. L'analyse du président du MR n'est pas fausse, d'ailleurs, quand il constate que l'un de ces trois partis - CD&V, PS ou Ecolo - doit bouger pour que l'on puisse envisager une sortie de crise. Le problème, c'est que ce bon élève au parcours de météorite commence à taper sur le système de certains - surtout au PS - avec ses sorties incessantes. Certains MR rend bien cette exaspération au PS en parlant désormais de "parti ouin-ouin". Nous sommes plongés, sire, dans un bac à sable.

Alors, que vous reste-t-il dansvotre pays transformé en capharnaüm ? Vous pourriez décider d'enfin confier une mission d'information à Bart De Wever, président de la N-VA, qui le réclame depuis des mois. Il pourrait être tenté de former une coalition des droites sans le PS, articulé autour du front flamand allié au MR et au CDH, mais cette majorité serait extrême fragile (et inexistante dans certains commissions parlementaires). Il faudrait aussi que l'heure soit grave pour que ces deux partis francophones se décident à y aller, mais le PS ne vient-il pas de se tirer une balle dans le pied ? Certains, à l'aile droite du MR, y rêvent encore et toujours

Dans l'autre sens, il est peut-être temps de donner une vraie chance à la Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes et CD&V) ou au plan B pour Belgique, sire. C'est visiblement le calcul du PS et les écologistes ne cessent de l'appeler de leurs voeux (le Groen Kristof Calvo, ce week-end encore). Ah, oui, cela nécessite de convaincre le CD&V et l'Open VLD - ce qui n'est pas gagné.

Un arc-en-ciel, alors? Retour à la case départ de la mission d'information royale menée par Paul Magnette. Mais cette formule n'a plus la majorité depuis l'exclusion d'Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse, du PS pour cause de communautarisme exacerbé. Et cela reviendrait à rejeter les trois premiers partis flamands dans l'opposition : votre royaume ne tiendrait plus qu'à un fil.

Sire, d'ici mercredi, vous allez prendre le temps de cicatriser toutes ces plaies, mais faites vite ! L'heure sera peut-être venue d'envoyer un ou une sage, quelqu'un capable de d'écouter, de comprendre, de panser, de placer ces présidents face à leurs responsabilités. Car c'est le pays qu'ils saccagent, ce sont les communautés qu'ils divisent et c'est la politique au sens large qu'ils salissent.

Ensuite, il sera peut-être temps de mettre en place la seule solution qui tienne, celle que de nombreux constitutionnalistes mettent en avant depuis des mois. Il s'agit de mettre en place un gouvernement au programme réduit, pour faire face aux urgences de notre temps: budgétaires, socio-économiques, climatiques, migratoires et démocratiques. Comme les paysages flamand et francophone ne cessent de s'éloigner, il serait accompagné - en marge de la gestion courante - d'une discussion en profondeur sur ce que nous voulons encore faire ensemble, pour baliser une réforme de l'Etat aussi définitive que possible. Alors, seulement, votre pays aura encore un sens pour ses deux cent ans d'existence, en 2030.

Sire, vous entamez ce mercredi la consultation de dix présidents de parti pour tenter d'apaiser la crise et recoller les morceaux après la démission de votre missionnaire, Koen Geens (CD&V), survenue vendredi soir après les sorties de Paul Magnette (PS), exaspéré de poursuivre les discussions avec la N-VA. En la personne de Koens Geens, vous avez brûlé une de vos plus belles cartouches pour sortir de la crise. C'était couru d'avance, vu la façon dont il a été lancé dans l'arène en casse-cou, sans préparer le terrain au sein de son propre parti. Ce l'était d'autant plus que le CD&V, blessé dans son amour propre, avait limité la mission de Geens à l'éternelle piste PS - N-VA. Le PS a fait le reste en tirant à vue sur le missionnaire, le jour de la Saint-Valentin. Sauf votre respect, sire, le résultat est une situation encore plus inextricable qu'elle ne l'était avant. Voici quelques post-it bien utiles pour vous permettre de bien intégrer le degré de détérioration psychologique de tous les participants. Car la Belgique, votre pays, n'est plus seulement au bord de la crise de nerfs, il est désormais dans une situation psychiatrique grave. Il est étonnant de ne pas voir les citoyens manifester davantage leur exaspération (votre peuple est si calme et si stoïque, il est vrai). A moins qu'ils ne se préparent à exprimer cela froidement lors des prochaines élections que vous tentez d'éviter : les extrêmes et l'abstention risquent d'en sortir grandies.Or donc, sire, la relation entre le CD&V et le PS semble ternie par ce qui vient de se passer. Ce duo est pourtant une clé du royaume depuis toujours. Koen Geens dénonce le "coup de sabot" du PS alors que le dialogue était noué avec la N-VA. Le PS s'énerve de voir le CD&V s'accrocher coûte que coûte aux nationalistes : "C'était sa décision de démissionner, il y avait d'autres options." Le premier fil à recoudre, ce sera celui-là (et ne comptez plus pour un petit temps sur un missionnaire CD&V, même si on sait combien vous y êtes attaché).En tirant brutalement la prise de la mission Geens, Paul Magnette a pris le risque de se voir attribuer la responsabilité d'une crise plus profonde encore. Le PS répète, il est vrai, dans toutes les langues qu'il ne veut pas gouverner avec la N-VA et personne ne semblait vouloir l'entendre. La sortie à la mitraillette de Paul Magnette était donc un message à l'attention du CD&V et de l'Open VLD - mais aussi à votre attention, sire... - pour dire que d'autres options sont possibles. Depuis, les sympathisants socialistes sont conscients qu'il faut encore et encore rappeler que la N-VA est devenu infréquentable, notamment en montrant que ses membres - le bourgmestre d'Alost, par exemple - fréquentent les élus du Vlaams Belang. Un "parfum d'extrême droite", martèlent-ils, appuyés par DéFi et Ecolo. Sire, cela sera décidément impossible de tricoter ce fil-là...L'exaspération est telle que la N-VA, pour sa part, charge sans surprise le PS et tente de saisir l'occasion pour créer le front flamand à laquelle elle aspire depuis le début. Theo Francken, puis Bart De Wever ont réitéré ce voeu, lundi matin. Une donnée vitale de la crise reste que les partis flamands veulent une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone. Que le CD&V et l'Open VLD se voient mal gouverner avec la N-VA et le Vlaams Belang ensemble dans l'opposition fédérale. Que les mêmes veulent protéger la suédoise qui gouverne en Flandre. Sire, cela vous l'avez bien intégré depuis le début. Et vous en êtes conscient: il n'est pas sûr que l'oukase socialiste francophone arrange la donne.Sire, ce n'est pas tout. Georges-Louis Bouchez aime la Belgique, il le dit haut et fort - cela doit vous plaire - et multiplie les efforts pour sauver le pays. L'analyse du président du MR n'est pas fausse, d'ailleurs, quand il constate que l'un de ces trois partis - CD&V, PS ou Ecolo - doit bouger pour que l'on puisse envisager une sortie de crise. Le problème, c'est que ce bon élève au parcours de météorite commence à taper sur le système de certains - surtout au PS - avec ses sorties incessantes. Certains MR rend bien cette exaspération au PS en parlant désormais de "parti ouin-ouin". Nous sommes plongés, sire, dans un bac à sable.Alors, que vous reste-t-il dansvotre pays transformé en capharnaüm ? Vous pourriez décider d'enfin confier une mission d'information à Bart De Wever, président de la N-VA, qui le réclame depuis des mois. Il pourrait être tenté de former une coalition des droites sans le PS, articulé autour du front flamand allié au MR et au CDH, mais cette majorité serait extrême fragile (et inexistante dans certains commissions parlementaires). Il faudrait aussi que l'heure soit grave pour que ces deux partis francophones se décident à y aller, mais le PS ne vient-il pas de se tirer une balle dans le pied ? Certains, à l'aile droite du MR, y rêvent encore et toujoursDans l'autre sens, il est peut-être temps de donner une vraie chance à la Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes et CD&V) ou au plan B pour Belgique, sire. C'est visiblement le calcul du PS et les écologistes ne cessent de l'appeler de leurs voeux (le Groen Kristof Calvo, ce week-end encore). Ah, oui, cela nécessite de convaincre le CD&V et l'Open VLD - ce qui n'est pas gagné.Un arc-en-ciel, alors? Retour à la case départ de la mission d'information royale menée par Paul Magnette. Mais cette formule n'a plus la majorité depuis l'exclusion d'Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse, du PS pour cause de communautarisme exacerbé. Et cela reviendrait à rejeter les trois premiers partis flamands dans l'opposition : votre royaume ne tiendrait plus qu'à un fil.Sire, d'ici mercredi, vous allez prendre le temps de cicatriser toutes ces plaies, mais faites vite ! L'heure sera peut-être venue d'envoyer un ou une sage, quelqu'un capable de d'écouter, de comprendre, de panser, de placer ces présidents face à leurs responsabilités. Car c'est le pays qu'ils saccagent, ce sont les communautés qu'ils divisent et c'est la politique au sens large qu'ils salissent. Ensuite, il sera peut-être temps de mettre en place la seule solution qui tienne, celle que de nombreux constitutionnalistes mettent en avant depuis des mois. Il s'agit de mettre en place un gouvernement au programme réduit, pour faire face aux urgences de notre temps: budgétaires, socio-économiques, climatiques, migratoires et démocratiques. Comme les paysages flamand et francophone ne cessent de s'éloigner, il serait accompagné - en marge de la gestion courante - d'une discussion en profondeur sur ce que nous voulons encore faire ensemble, pour baliser une réforme de l'Etat aussi définitive que possible. Alors, seulement, votre pays aura encore un sens pour ses deux cent ans d'existence, en 2030.