Ils seront les yeux et les oreilles du pouvoir au sein des communautés religieuses locales, jusque dans les lieux de culte. On attendra d'eux qu'ils fassent remonter toute information à même d'aider le ministre régional de l'Intérieur à se faire une religion avant de séparer le bon grain de l'ivraie. Avis aux amateurs: la Flandre est en quête d'agents un peu spéciaux, pisteurs de radicalisme, détecteurs d'extrémisme. De quoi constituer le bras armé de sa nouvelle politique de surveillance du paysage religieux flamand.
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Ils seront les yeux et les oreilles du pouvoir au sein des communautés religieuses locales, jusque dans les lieux de culte. On attendra d'eux qu'ils fassent remonter toute information à même d'aider le ministre régional de l'Intérieur à se faire une religion avant de séparer le bon grain de l'ivraie. Avis aux amateurs: la Flandre est en quête d'agents un peu spéciaux, pisteurs de radicalisme, détecteurs d'extrémisme. De quoi constituer le bras armé de sa nouvelle politique de surveillance du paysage religieux flamand. Catholique romaine, anglicane, orthodoxe, protestante, israélite, islamique: sur papier, aucune menace n'est écartée sous peine de verser dans une discrimination parfaitement intolérable. Mais entre les lignes, la cible est toute désignée: les mosquées. A dater de septembre prochain, il leur faudra montrer patte blanche et rester dans le droit chemin pour décrocher et conserver un brevet de reconnaissance. Encore faut-il se donner les moyens d'ouvrir l'oeil et de tendre l'oreille à ce qui se prêche ici et là. Se doter d'une "police des cultes", en somme. C'est l'office que remplira, à dater du 1er septembre, un service flamand d'information et de screening pourvu d'une dizaine d'inspecteurs. La campagne de recrutement va bon train. Et les vocations se manifestent. Plus de cinquante amateurs de ce type de pêche aux infos se sont déjà signalés. Séduits par la perspective de travailler "non seulement derrière votre bureau mais aussi en enquêtant sur le terrain", comme le vante le profil de la fonction joint à l'offre d'emploi. Au fait, n'y a-t-il pas déjà une Sûreté de l'Etat payée pour ça? Oui mais voilà, la Flandre préfère se frotter elle-même au monde captivant du renseignement. Wat we zelf doen, doen we beter, "ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux" ou le b.a-ba de l'autonomie flamande étendu à l'univers sécuritaire, chasse pourtant gardée de l'Etat fédéral. Oui mais voilà, Liesbeth Homans (N-VA), ministre des Affaires intérieures sous la précédente législature, appréciait moyennement la qualité des radars de la Sûreté de l'Etat au point de geler toute reconnaissance des mosquées en attendant la mise sur pied d'un appareil de surveillance breveté made in Vlaanderen. Le voici donc qui pointe le bout du nez. Le petit nouveau va devoir se faire adopter par les autres acteurs de la lutte contre le radicalisme, Sûreté de l'Etat en tête. A Bart Somers (Open VLD) d'arrondir les angles, de faire oublier les vexations, de ménager les susceptibilités. Le successeur de Liesbeth Homans à la tête de l'Intérieur la joue consensuel, humble. Il veut croire en l'opération win-win, que la guerre entre agences de renseignement n'aura pas lieu et que le sens du partage des secrets l'emportera. Aubaine, la Sûreté de l'Etat paraît plutôt bien lunée, "elle voit dans ce nouveau service de screening une valeur ajoutée. J'ai compris qu'elle croit en une interaction.". Et tandis que Zuhal Demir (N-VA), sous sa coiffe inédite de ministre régionale de la Justice, s'attelle à jeter les fondations d'un appareil judiciaire flamand "efficace et robuste", voici peut-être, discrètement posée, la toute première pierre d'une future Sûreté de l'Etat flamand. De l'art de crocheter la porte de l'étage fédéral sans laisser d'indices d'effraction.