Thomas Dermine (PS), secrétaire d'Etat chargé de la Politique scientifique, a un plan. Innovant. Systémique. Annonciateur d'un gros coup d'accélérateur à la restitution au Congo des biens culturels qui y ont été spoliés sous le régime colonial et qui font avant tout la richesse de l'AfricaMuseum, Musée royal de l'Afrique centrale, sis à Tervuren. Le membre du gouvernement fédéral n'a pas résisté au plaisir de le faire savoir haut et fort. C'est peut-être oublier un peu vite que dans ce pays passablement compliqué appelé Belgique, une échappée en solitaire dans un paysage institutionnel plutôt dense n'est jamais un coup d'éclat qui s'improvise. Qu'il y a toujours l'une ou l'autre susceptib...

Thomas Dermine (PS), secrétaire d'Etat chargé de la Politique scientifique, a un plan. Innovant. Systémique. Annonciateur d'un gros coup d'accélérateur à la restitution au Congo des biens culturels qui y ont été spoliés sous le régime colonial et qui font avant tout la richesse de l'AfricaMuseum, Musée royal de l'Afrique centrale, sis à Tervuren. Le membre du gouvernement fédéral n'a pas résisté au plaisir de le faire savoir haut et fort. C'est peut-être oublier un peu vite que dans ce pays passablement compliqué appelé Belgique, une échappée en solitaire dans un paysage institutionnel plutôt dense n'est jamais un coup d'éclat qui s'improvise. Qu'il y a toujours l'une ou l'autre susceptibilité à ménager au préalable. Le 7 juillet, lendemain de son annonce, la nouvelle déboulait au parlement flamand, glissée sous le nez du ministre-président de Flandre, qui plus est, en charge de la Culture, pour une première réaction à chaud. Jan Jambon (N-VA) a un peu, beaucoup, caché sa joie. "Je n'ai encore reçu aucune invitation du fédéral à prendre part à un quelconque débat ou à une concertation sur la notion de "bien colonial spolié". J'ai moi-même pris l'initiative de mettre le sujet à l'agenda de la prochaine Conférence interministérielle Culture", programmée en septembre prochain. A ce stade de l'intervention ministérielle, on a senti la pointe d'agacement. "Je veillerai à l'impact de la législation fédérale sur la politique culturelle flamande. Dans une Flandre exclusivement compétente en matière culturelle, rien de plus normal, me semble-t-il, que nous déterminions nous-mêmes la façon d'appréhender la restitution du patrimoine colonial." A ce stade de la prise de parole présidentielle, on a perçu la volonté de recadrage. Le rappel à l'orthodoxie en matière institutionnelle qui a fait chaud au coeur de Wilfried Vandaele, chef de groupe N-VA, faisant chorus: "La compétence en matière de patrimoine relève des entités fédérées. Il nous semble logique qu'elles prennent la main et développent leur propre politique en la matière." Non pas que le gouvernement flamand sorte son revolver en entendant le mot restitution. Mais il n'a aucune envie de dépouiller sans avoir voix au chapitre ses musées (le MAS à Anvers en tête, deuxième collection de biens congolais après l'AfricaMuseum), ses universités, voire ses congrégations religieuses, d'oeuvres d'art d'origine douteuse dont la définition et l'inventaire restent d'ailleurs à établir. Surtout, il ne manifeste aucune intention de se laisser dicter sa conduite en la matière. Même s'il y a de ces préséances qui font mal à entendre: "Le fédéral est le meneur de jeu dans ce dossier, c'est indiscutable", a plaidé Bert Demarsin, juriste à la KULeuven, auditionné par le plus grand des hasards sur ce dossier avec d'autres experts par les députés flamands, le lendemain de la sortie de Jan Jambon. Guido Gryseels, directeur de l'AfricaMuseum, en a profité pour rappeler que les collections fédérales en jeu que son établissement abrite se trouvent en terre flamande. Est-on si sûr, en cas de restitution, de pouvoir les faire sortir sans que la Flandre n'ait son mot à dire? Il a diplomatiquement laissé la question ouverte. Elle pourra toujours se poser en temps utile, au cas où...