Il n'est pas encore froid que déjà l'on s'arrache sa dépouille promise à momification, que l'on se dispute le lieu de son repos éternel. Un demi-siècle passé à porter haut dans le ciel les cocardes tricolores belges, à rouler sa bosse aux quatre coins du monde: terminus pour le dernier C-130 admis à la pension en avril prochain. Comment imaginer ne pas réserver à l'une des gloires de notre aviation militaire une sépulture décente?
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Il n'est pas encore froid que déjà l'on s'arrache sa dépouille promise à momification, que l'on se dispute le lieu de son repos éternel. Un demi-siècle passé à porter haut dans le ciel les cocardes tricolores belges, à rouler sa bosse aux quatre coins du monde: terminus pour le dernier C-130 admis à la pension en avril prochain. Comment imaginer ne pas réserver à l'une des gloires de notre aviation militaire une sépulture décente? Melsbroek ou Beauvechain? Brabant flamand ou wallon? Il fallait choisir. Ludivine Dedonder (PS), nouvelle ministre francophone de la Défense, a tranché: la Wallonie accueillera la dernière demeure du CH-13 (son immatriculation), le doyen de la flotte de transport militaire, et que la Flandre en fasse son deuil. C'est trop lui demander. Inconsolables, ses élus, quasi tous partis confondus, sont montés au front. Quitte à déterrer la hache de guerre communautaire. A la Chambre, on a entendu les balles siffler. Vu du nord, c'est à Melsbroek et nulle part ailleurs que doit reposer le C-130, là où était son port d'attache, son "chez lui", là où le Dakota Historical Center, une asbl privée, saura prendre soin de lui en bon père de famille. A Melsbroek, donc, et non à Beauvechain, cette base aérienne qui lui a toujours été étrangère, certes promise à accueillir un espace muséal mais où tout reste encore à aménager pour recevoir le vétéran, où c'est donc une fin affreuse qui guette sa vieille carcasse condamnée à rouiller sur le tarmac, à la merci des intempéries. Tim Vandenput (Open VLD) a eu des accents déchirants pour adjurer la ministre de ne pas commettre l'irréparable: "Tout qui part à la pension veut résider dans sa commune. Tout qui part en maison de repos veut rester près de sa famille et de ses amis qui pourront prendre soin de lui. Je vous le demande, laissez le C-130 reposer en paix auprès de ses proches, et c'est à Melsbroek." Madame la ministre n'a pas flanché sous les huées, sa sentence "rationnelle et raisonnable" est irrévocable. Alors, le plus déterminé à épargner à ce morceau volant de belgitude un funeste sort en terre wallonne, le N-VA Theo Francken, s'est fait menaçant. S'il le faut, il en appellera à son coreligionnaire à la tête du gouvernement flamand, Jan Jambon, pour que soit activé le topstukkendecreet qui ferait du C-130 un joyau du patrimoine historique flamand, à jamais hors de portée de mains étrangères. Le PS a fait donner la garde. Le grognard André Flahaut (PS), du haut de "ses 4.000 jours à la tête de la Défense", a couru sus à l'adversaire. Vous qui cherchez la guerre communautaire, messieurs les Flamands, vous l'aurez. Le Brabançon wallon, la moustache grise frémissante, n'a pas tremblé en rendant coup pour coup: "Pourquoi le transfert du matériel militaire de la force terrestre uniquement vers Brasschaat? Pourquoi le Sea King de Coxyde est-il parti à Ostende? Pourquoi les Agusta ne sont-ils pas restés à Bierset? Pourquoi du matériel qui était à Bastogne n'y est-il pas resté? Je ne propose pas d'amener les frégates à Beauvechain!" Et pourquoi pas?