C'est pas Dieu possible, cela vire à l'acharnement. Mais d'où vient cette manie de vouloir rhabiller de neuf des monuments qui ne demandent qu'à traverser et défier le temps? Les Gantois ne désarment pas, les Anversois ne décolèrent plus. Les premiers ne désespèrent pas de préserver "leur" château des comtes de Flandre des assauts de la modernité. Les seconds n'ont plus que leurs yeux pour pleurer et les réseaux sociaux pour s'indigner de la mutilation en cours infligée au doyen de leurs édifices, "leur" Steen bien-aimé. "Bunker", "réfectoire", "home", "maison de concierge", les commentaires volent et volent plutôt bas depuis que ce château fortifié multiséculaire, dres...

C'est pas Dieu possible, cela vire à l'acharnement. Mais d'où vient cette manie de vouloir rhabiller de neuf des monuments qui ne demandent qu'à traverser et défier le temps? Les Gantois ne désarment pas, les Anversois ne décolèrent plus. Les premiers ne désespèrent pas de préserver "leur" château des comtes de Flandre des assauts de la modernité. Les seconds n'ont plus que leurs yeux pour pleurer et les réseaux sociaux pour s'indigner de la mutilation en cours infligée au doyen de leurs édifices, "leur" Steen bien-aimé. "Bunker", "réfectoire", "home", "maison de concierge", les commentaires volent et volent plutôt bas depuis que ce château fortifié multiséculaire, dressé sur la rive droite de l'Escaut, est ventousé par une construction cubique jugée du plus mauvais goût. Sursaut bien tardif, au bout de trois ans et demi de rénovation lourde opérée en toute transparence mais soit: le rejet est bien là, massif. Et voilà qu'un nouveau foyer de tensions prend racine à Courtrai, sur le site même de la célébrissime bataille des Eperons d'or livrée en 1302, où les jours d'une pièce d'eau seraient comptés. Pas touche à ce fossé d'époque qui aurait joué un rôle important dans la mêlée homérique fatale aux Français, soutiennent ses défenseurs ; vulgaire tranchée emplie d'eau croupissante, construite dans les années... 1990 et sans le moindre intérêt historique, assure l'administration communale, étonnée d'une telle résistance. Gantois - Anversois, même combat. Un même péril guetterait deux joyaux du patrimoine flamand: le tourisme qui entend les soumettre à ses lois, celle du nombre, du lucre, de l'agrément. A Gand, un pavillon d'accueil et un ascenseur adossé au donjon n'attendent que de faire leur office à l'intérieur des remparts de la fière forteresse médiévale. A Anvers, ce qui fut tour à tour citadelle, prison, habitation, scierie, entrepôt de poissons, musée, est appelé à devenir terminal de croisières, centre d'accueil pour touristes et parcours d'expérience interactif. Une ultime (?) reconversion ressentie comme une vraie déchéance par nombre d'habitants de la Métropole. Non sans un brin de mauvaise foi pour un édifice qui n'était déjà plus trop dans son état originel. Alors, les résistances s'organisent. Tandis qu'à Gand, les activistes engagés dans un "SOS Gravensteen" ont reçu quelques semaines pour présenter des alternatives sérieuses, à Anvers, les autorités communales demandent encore un peu de patience avant de juger le réaménagement du Steen dans sa plénitude. Dans toute sa splendeur ou son horreur, les goûts et les couleurs... C'est d'ailleurs l'avis du ministre régional en charge du patrimoine, Matthias Diependaele (N-VA), qui s'abstient à ce stade d'entrer dans le délicat débat. Ici comme là, ces levées de boucliers, ces montées au créneau secouent, désarçonnent et interpellent gestionnaires du patrimoine, architectes, pouvoirs locaux. Les voilà forcés de sortir de leur tour d'ivoire, de prendre conscience de la nécessité d'apprivoiser ces commotions populaires. A eux de marier l'authenticité et la fonctionnalité. Entre experts et vox populi, il y a comme un grand écart. Coronavirus ou château médiéval, le constat est égal.