C'est le thriller d'un été finissant ô combien politiquement meurtrier. Il s'est bâti, grossièrement résumé, sur une affaire empoisonnante de pollution des sols longtemps tue aux populations voisines, sur fond de business. Voilà des semaines que la saga tient la Flandre en haleine, suspendue aux rebondissements d'un joli scandale politico-environnemental et sanitaire baptisé "3M". Rien ne manque pour entretenir l'insoutenable suspense, pas même des documents qui remontent opportunément à la surface, portés à la connaissance de l'une ou l'autre rédaction par un classique vent favorable. Avant, qui sait, la fracassante confession, face caméra, d'un acteur clé...
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C'est le thriller d'un été finissant ô combien politiquement meurtrier. Il s'est bâti, grossièrement résumé, sur une affaire empoisonnante de pollution des sols longtemps tue aux populations voisines, sur fond de business. Voilà des semaines que la saga tient la Flandre en haleine, suspendue aux rebondissements d'un joli scandale politico-environnemental et sanitaire baptisé "3M". Rien ne manque pour entretenir l'insoutenable suspense, pas même des documents qui remontent opportunément à la surface, portés à la connaissance de l'une ou l'autre rédaction par un classique vent favorable. Avant, qui sait, la fracassante confession, face caméra, d'un acteur clé... Les derniers courriels exhumés donnent furieusement à penser que les autorités flamandes ont bel et bien observé, en 2017, un intrigant mutisme sur la sérieuse pollution aux PFOS, des composés perfluorés toxiques, détectée aux abords de l'usine chimique 3M à Zwijndrecht ; ladite pollution avait le mauvais goût de venir contrarier le coup d'envoi du chantier pharaonique de l'Oosterweel, projet de réaménagement du ring d'Anvers. Et là, on ne rigolait plus du tout ; de la réalisation de cette liaison Oosterweel dépend ni plus ni moins que la décongestion du trafic routier anversois, tellement vitale pour l'économie flamande. La santé des riverains ne pouvait-elle pas patienter, fallait-il donc vraiment s'alarmer pour "si peu"? Oui, insista Lantis, l'organe gestionnaire du chantier. A quoi bon?, aurait répliqué l'Ovam, l'entreprise publique flamande en charge des déchets, affirmant au passage que c'est sur instruction formelle du cabinet ministériel qu'il était ainsi recommandé de ne pas communiquer de manière intempestive. Et c'est ici que deux (ex-)ministres, suspectés de n'être pas étrangers à la cachotterie, ne sont pas loin de s'empoigner: Joke Schauvliege (CD&V), en charge de l'Environnement à l'époque des faits et, de ce fait, ministre de tutelle de l'Ovam, et Ben Weyts (N-VA), alors compétent pour la Mobilité et donc le chantier de l'Oosterweel, aujourd'hui ministre de l'Enseignement dans le gouvernement Jambon I. Du colonel Weyts dans la cuisine ou de Madame Schauvliege dans la salle à manger, qui donc aurait pu couvrir, sinon commanditer, l'observance de la loi du silence? Pour l'heure, s'est engagée une partie de ping-pong dénuée de toute sportivité. Lantis, dont un des dirigeants actuels est l'ex-cabinettard en chef de Ben Weyts impliqué à ce titre dans le dossier en 2017, charge l'Ovam, ce qui revient à dire que la N-VA attaque Schauvliege et donc le CD&V, lequel commence à la trouver plutôt saumâtre. C'est que le soupçon est d'une extrême gravité: non-assistance à Flamands lourdement pollués, cela peut aller chercher politiquement loin. Heureusement, une commission d'enquête parlementaire ambitionne de tirer au clair les raisons d'une communication bien trop tardive - en 2021 - de la pollution à la population et d'en identifier les acteurs. La voilà occupée à compter les coups dans une ambiance qui gagne en nervosité entre deux partenaires de l'actuelle majorité gouvernementale. Entre la N-VA et le CD&V, il serait grand temps de se parler et de trouver les moyens d'éviter qu'un clash ne mène au crash par un de ces atterrissages en douceur d'une affreuse banalité.