La stratégie de vaccination de notre pays serait-elle une nouvelle démonstration du "surréalisme à la belge" ? Les exemples d'échecs, de couacs, de bugs, mais aussi le ras-le-bol de certaines personnalités, tant politiques que scientifiques, sont le signe que quelque chose ne va pas. À une semaine du lancement de la campagne de vaccination auprès du grand public - à commencer par les groupes prioritaires (+ de 65 ans et patients avec comorbidités) -, l'erreur n'est plus permise. Raison pour laquelle les différents ministres de la Santé du pays se réuniront mercredi afin d'examiner cette stratégie qui semble aujourd'hui défaillante.
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La stratégie de vaccination de notre pays serait-elle une nouvelle démonstration du "surréalisme à la belge" ? Les exemples d'échecs, de couacs, de bugs, mais aussi le ras-le-bol de certaines personnalités, tant politiques que scientifiques, sont le signe que quelque chose ne va pas. À une semaine du lancement de la campagne de vaccination auprès du grand public - à commencer par les groupes prioritaires (+ de 65 ans et patients avec comorbidités) -, l'erreur n'est plus permise. Raison pour laquelle les différents ministres de la Santé du pays se réuniront mercredi afin d'examiner cette stratégie qui semble aujourd'hui défaillante.L'informatique est loin d'être au point en Belgique. Ce qui devait être le pilier de la stratégie de vaccination belge s'avère aujourd'hui l'un de ses plus grands défauts. Entre les convocations qui n'arrivent pas, celles qui sont envoyées aux mauvaises personnes ou celles qui arrivent en double, voire en triple chez certains membres du personnel médical, le retard s'accentue et l'inquiétude grandit.Le centre de vaccination du Heysel est un bon exemple de dysfonctionnement. La semaine dernière, suite à des couacs informatiques dans l'envoi des convocations, de nombreuses personnes invitées à se faire vacciner ne se sont pas présentées au centre. Résultat : le Heysel est resté pratiquement vide, au grand dam de certains politiques. Pour Rudi Vervoort, notamment, ce problème lié au système informatique et à l'envoi des convocations " n'est pas acceptable comme excuse. Je pense, comme le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, qu'il faudrait un 'reset' de la campagne de vaccination", expliquait-il ce matin sur La Première.Invitée de Vivacité Bruxelles jeudi dernier, la cheffe de groupe cdH Céline Frémault, s'est elle aussi emportée : "En pleine crise, une semaine correspond à cent ans. Les citoyens sont à bout et méritent une stratégie efficace avec des directives claires immédiatement. On rate des milliers de vaccinations par jour, on n'utilise que 5% de la capacité du Heysel, le plus grand centre de vaccination du pays, et 72% des invités ne viennent pas dans les centres. On a vacciné seulement 3000 personnes pendant les trois dernières semaines".L'ouverture de nouveaux centres de vaccination à Bruxelles qui devaient accueillir les candidats au vaccin contre le coronavirus début mars a par ailleurs été reportée de quelques jours. Ceux-ci seront accessibles entre le 15 et le 22 mars prochains, a annoncé le porte-parole du ministre bruxellois de la Santé Alain Maron (Ecolo). En cause? Le retard de livraison des vaccins. Résultat : à l'heure actuelle, seuls deux centres sur les 10 prévus sont ouverts, celui du Heysel, ainsi que celui installé au boulevard Pachéco, dans le centre-ville.En théorie, les convocations avec l'invitation à se faire vacciner doivent être envoyées en même temps de trois manières : un courrier postal, un envoi par SMS et un envoi par e-mail. Néanmoins, la semaine dernière, l'envoi s'est concentré à tort essentiellement sur le numérique, c'est-à-dire SMS et e-mails. "Et c'est là que le couac s'est passé puisqu'il y a eu des perturbations au niveau du processus électronique. Les Régions et Communautés ont donc tenté de palier ce problème en envoyant des courriers écrits permettant le rattrapage des invitations", explique Sabine Stordeur, la coresponsable de la taskforce vaccination, dans des propos repris par la RTBF.En outre, plusieurs milliers de personnes qui ne devaient normalement être vaccinées qu'en phase 2 ont accidentellement reçu une invitation à le faire. Certaines convocations ont même été envoyées à des personnes décédées, suite à des bugs dans la mise à jour des données de l'Inami. Une erreur qui passe mal auprès des familles des défunts, qui voient derrière ce bug un grand manque de respect et d'organisation.Enfin, certains membres du personnel médical, parfois déjà vaccinés, ont même reçu plusieurs convocations - parfois en double, voire en triple, selon les différents postes qu'ils occupent. Ainsi, uninfirmierqui travaille dans un ou plusieurs hôpitaux publics et quifait des soins à domicile,s'est notamment vu recevoirdeuxe-mails l'invitant à se faire injecter la première dose du vaccin.Néanmoins, les problèmes informatiques sont désormais résolus, rassure Sabine Stordeur. Et des solutions sont déjà envisagées pour accélérer la vaccination, et remplir les centres du pays : le panel de personnes pouvant déjà recevoir leurs doses de vaccin va notamment s'élargir. En espérant qu'ouvrir les vannes ne va pas créer davantage de problèmes, tels que des files interminables devant les centres ou une pénurie de doses suite à cette potentielle augmentation du nombre d'injections à administrer...Un autre problème dans cette stratégie de vaccination belge est l'excès de prudence envers le vaccin AstraZeneca et le manque d'adhésion et de confiance que cela provoque auprès de la population belge. Sur La Première ce lundi matin Rudi Vervoort a donné quelques explications à ce sujet : "La Belgique a décidé d'être très prudente sur le vaccin AstraZeneca, en le limitant aux personnes de moins de 55 ans, alors que l'Europe le préconisait plutôt au moins de 65 ans. Quand on doit administrer ces doses, c'est donc compliqué, car certaines personnes dans ces zones d'âge disent qu'elles ne veulent pas de ce vaccin-là".Ce problème fera l'objet d'une question posée par Frank Vandenbroucke au Conseil supérieur de la Santé : ce vaccin peut-il, oui ou non, être administré aux personnes âgées de plus de 55 ans ? Pour pouvoir répondre à cette question, la taskforce "Vaccination" attend les résultats d'études en cours sur les effets du vaccin d'AstraZeneca sur les personnes âgées de plus de 55 ans. Une vaste étude récente, menée en Ecosse, fera en effet l'objet d'une analyse cette semaine."Ce sont des données en vie réelle qui concernent des centaines de milliers de personnes qui ont été vaccinées au travers de toutes les catégories d'âge, comprenant beaucoup plus de personnes âgées de plus de 65 et de plus de 80 ans et qui tend à démontrer une efficacité de ce vaccin dans ces groupes d'âge", a notamment expliqué Sabine Stordeur, dans des propos repris par la RTBF.Le manque de clarté dans la communication autour de la vaccination, et le silence des autorités lors des nombreuses réunions de Concertation fâchent la population. Une situation qui n'encourage guère les sceptiques à se faire vacciner. Or, une communication efficace pourrait aider à convaincre les plus réticents. Il faut montrer aux Belges des chiffres et des preuves sur l'importance de se faire vacciner.Les ministres de la Santé se réunissent ce mercredi afin de revoir la stratégie de vaccination. Peut-être répondront-ils alors aux nombreuses interrogations et dissiperont les quelques doutes qui persistent dans l'esprit des Belges. Une réunion certes tardive, mais pourtant bienvenue...