Agrémenté d'un petit " gauchiasse " par-ci, d'un " tel homme politique doit la faire mouiller " par-là. " On peut critiquer, quand même ! ", que certains répondaient, quand Florence Hainaut s'offusquait de recevoir de tels tombereaux d'insultes. Un " va sucer des bites ", c'est sûr, ça élève toujours le débat.
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Agrémenté d'un petit " gauchiasse " par-ci, d'un " tel homme politique doit la faire mouiller " par-là. " On peut critiquer, quand même ! ", que certains répondaient, quand Florence Hainaut s'offusquait de recevoir de tels tombereaux d'insultes. Un " va sucer des bites ", c'est sûr, ça élève toujours le débat. Ça durait depuis huit ans. Presque : tant qu'elle comparait le prix des pains dans On n'est pas des pigeons, personne ne manifestait d'irritation. Qu'elle présente des émissions politiques, par contre, a commencé à exaspérer quelques restreints du cerveau. Elle n'avait même pas la politesse d'encaisser sans sourciller ! " Je voulais montrer qu'on avait le droit de répliquer sur le même ton. " Trash et vulgaire. Tout pour (leur) déplaire. Un homme qui l'ouvre a des " positions ". Une femme qui la ramène est " clivante ". Un peu hystérique, aussi. Dérangeante. Sans doute faut-il alors l'insulter. Pas sur le fond, mais sur sa forme. Pute-conne-moche, forcément. Triptyque habituel de l'agression verbale sexiste, balancé - même inconsciemment - pour rappeler qu'elles ne sont que des corps, des sexes. Certainement pas des cerveaux. Retourne à la cuisine, écarte les jambes, sois belle et, de grâce, ne pense pas. Reste à ta place, quoi. Longtemps, Florence Hainaut a voulu continuer, pour ne pas offrir à ses harceleurs le plaisir de son silence. Il n'y a pas eu le " salope " de trop. Juste un ton toujours plus dur et une lassitude toujours plus grande. Le 8 juin, elle a fini par fermer son compte Twitter, comme Zakia Khattabi, comme Myriam Leroy, comme d'autres avant elle. 73 % des femmes ont déjà été exposées à une forme de violence en ligne (c'est l'ONU qui le dit). Les femmes sont 27 fois plus susceptibles d'être harcelées sur le Web que les hommes (c'est un rapport du European Women's Lobby qui l'a établi). 76 % de celles qui ont déjà subi ça ont modifié leur comportement sur les réseaux, soit en s'autocensurant, soit en les quittant (cette fois, c'est Amnesty). " Quel que soit le point de vue adopté, les femmes sont réduites au silence. Elles ont pourtant le droit, comme tout le monde, de s'exprimer librement et sans crainte " (dixit l'ONG). Elles ont aussi le droit de se promener, librement, sans crainte et sans " t'es bonne ", " tu suces ? ", " pétasse ! ". En rue ou en ligne, le harcèlement s'apparente au fond à une lutte de territoire. Des mâles qui, au lieu de pisser, insultent pour chasser celles qui s'aventureraient sur un terrain qu'ils considèrent comme le leur. Te promène pas seule. En jupe, en plus ! Tu l'auras bien cherché. Arrête de donner ton avis. Agressive, en plus ! Tu l'auras bien mérité. Dégage, femelle. Du harcèlement de rue, certains diront " oui, mais bon, c'est un problème localisé ", oseront peut-être ajouter " culturel " ou " de classe sociale ". Les trolls qui se repaissent de leurs attaques virtuelles sont généralement bien blancs, bien nés, bien intellectuellement outillés. Twitter ou un quartier, chacun son pré carré. Les deux faces d'une même médaille, celle dont se parent (même inconsciemment) certains hommes pour couronner leur supposée supériorité. Certains, donc, pas de généralité, paraît que c'est important de le préciser. " La minorité a ceci de supérieur à la majorité qu'elle comprend un nombre inférieur d'imbéciles " (1). Pas toujours.