C'est une conclusion qui résonne comme un coup de canon. "Au terme de cette analyse, nous ne pouvons que conclure à l'inefficacité, et au caractère infondé, des mesures prises en Codeco (Comité de concertation - Ndlr) le 24 mars dernier, du fait de la dynamique de l'épidémie à laquelle nous faisions face. En effet, la 3ème vague montrait déjà les signes de son essoufflement prochain, et elle s'est révélée être d'une ampleur bien moindre que celle des vagues précédentes. Les décisions prises à l'époque nous semblent relever d'un climat de peur qui a conduit à des mesures restrictives particulièrement fortes. Nos dirigeants ont ici donné l'impression d'une grande fébrilité, ce qui n'est pas de nature à rassurer la population."
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C'est une conclusion qui résonne comme un coup de canon. "Au terme de cette analyse, nous ne pouvons que conclure à l'inefficacité, et au caractère infondé, des mesures prises en Codeco (Comité de concertation - Ndlr) le 24 mars dernier, du fait de la dynamique de l'épidémie à laquelle nous faisions face. En effet, la 3ème vague montrait déjà les signes de son essoufflement prochain, et elle s'est révélée être d'une ampleur bien moindre que celle des vagues précédentes. Les décisions prises à l'époque nous semblent relever d'un climat de peur qui a conduit à des mesures restrictives particulièrement fortes. Nos dirigeants ont ici donné l'impression d'une grande fébrilité, ce qui n'est pas de nature à rassurer la population."Cette étude émane du collectif de scientifiques baptisé "Covid rationnel", qui réunit des universitaires réclamant une autre gestion de la crise sanitaire, tenant davantage compte de toutes ses dimensions. Les auteurs émanent toutes et tous de l'UCLouvain: Christine Dupont (chimie, biomatériaux), Denis Flandre (physique), Raphaël Jungers (ingénierie mathématique), Vincent Laborderie (politique européenne) et Pierre Schaus (ingénierie informatique). Elle a été supervisée par cinq autres experts, dont Pierre-François Laterre (Cliniques universitaires Saint-Luc). Cette étude n'est évidemment qu'une contribution "alternative" au rapport des experts qui se trouvera sur la table des gouvernements. Elle est révélatrice des autres visions qui tentent de s'imposer, après plus d'un an de crise sanitaire.Disons-le d'emblée: les premières informations qui filtrent du Comité de concertation de mercredi laissent peu de chance à ce scénario: les gouvernements vont sans doute adopter une approche bien plus prudente.Pour argumenter leur propos, ces chercheurs soulignent d'abord que "le pic des contaminations fut atteint avant l'effet des mesures". "Il est communément admis qu'il faut attendre au moins six jours pour que des mesures prises puissent avoir un impact sur le nombre de cas, écrivent-ils, graphique à l'appui. Or, le 'pic des cas' dans la population belge (plus précisément des nouveaux individus détectés positifs) survient en Belgique le 22 mars (la moyenne centrée culmine quant à elle le 25 mars)."Notons que pour la catégorie d'âge de 0 à 19 ans, le pic de la moyenne centrée était même atteint un peu avant, soit le 23 mars,ajoute-ils. La fermeture des écoles - qui a pris effet le 29 mars - apparaît donc particulièrement à contretemps de la dynamique de l'épidémie."Les auteurs parlent "par commodité" de "troisième vague", mais démontrent que celle-ci est nettement moins importante que les deux précédentes. "Le taux de positivité est aujourd'hui relativement stable, passant de 7,7 à 8,9% en quatre semaines, soulignent-ils. À l'inverse, ce taux avait connu un véritable emballement au moment de la seconde vague, se caractérisant par une progression très rapide et un maximum à près de 30%."Prenant en considération le nombre d'hospitalisations, les auteurs soulignent encore: "Pour la troisième vague qui nous occupe ici, le nombre d'entrées a commencé à augmenter vers le 8 mars. Nous étions alors à une moyenne de 146 entrées journalières, calculée sur 7 jours. Au sommet de la courbe, vers le 30 mars, nous étions à 274 entrées. Aucun doublement n'a donc pu être observé en plus de trois semaines. En comparaison, lors de la deuxième vague, la même valeur de 146 entrées était observée le 9 octobre et celle-ci était doublée 8 jours plus tard. Ceci permet d'avancer que la vitesse de progression des contaminations et des hospitalisations n'était, au 24 mars 2021, pas comparable avec celle observée durant la deuxième vague, loin s'en faut."Et l'occupation des lits en soins intensifs, dont la courbe montante inquiète les autorités? "S'il est indéniable que ceux-ci ont été sous forte pression en mars, il était déraisonnable d'envisager à court terme une flambée de leur occupation, comparable à celle connue durant la deuxième vague, soulignent-ils. En effet, on l'a vu, les hospitalisations augmentaient mi-mars 2021 beaucoup plus lentement que durant les deux vagues précédentes. L'augmentation légèrement plus rapide de la charge en soins intensifs (SI) s'explique par un effet d'accumulation: les patients en soins intensifs restent hospitalisés plus longtemps, les sorties ne compensant pas les entrées.Néanmoins, comme le montre l'évolution de l'occupation des soins intensifs depuis début mars, cette évolution est logiquement plus lente et contrôlable que lors de la deuxième vague. À nouveau, il a fallu un mois pour passer de 15 à 30% d'occupation des SI par des patients Covid le 24 mars 2021, contre 9 jours en octobre 2020, laissant présager d'un pic nettement moins élevé."Pour explique la crainte des experts et ds politiques, "l'instrumentalisation du variant britannique et de sa plus grande sévérité (qui reste toujours à estimer de manière précise) a joué un rôle essentiel, estiment les auteurs. On a créé un sentiment d'urgence et de péril imminent qu'une analyse sereine de la situation aurait pu dissiper. Cette attitude irrationnelle s'est particulièrement manifestée à propos de la fermeture des écoles. En effet, aucun élément concret ne laissait penser que les écoles étaient devenues un lieu de contagion plus important qu'auparavant."Par contre, l'impact sur la santé mentale est important, estiment-ils encore: "Si ce confinement n'a eu que peu d'impact sur l'épidémie (à supposer qu'il en ait eu un), il en a eu un énorme sur le moral des Belges. Pour nombre d'entre eux, il s'agissait du confinement de trop, arrivé après de longs mois de restrictions et des annonces d'assouplissements qui n'ont pas encore été rendues effectives. On a ainsi créé ce que l'on voulait précisément éviter, à savoir un "effet yoyo" avec des annonces d'ouverture auxquelles succèdent des restrictions encore plus fortes. Pour le milieu scolaire, on a créé une anxiété supplémentaire, totalement inutile, quant au danger constitué par les enfants pour le personnel enseignant, comme l'ont montré les réactions de certains représentants des enseignants."Alors? "Outre la réouverture des écoles dès la rentrée des vacances de Pâques, nous demandons l'arrêt au plus vite des autres mesures du 24 mars (restrictions concernant les commerces, fermeture des métiers de contacts), avant la date prévue du 26 avril. Rappelons par ailleurs que ce court reconfinement avait été présenté comme étant le moyen de permettre une réouverture en présentiel complet des écoles secondaires et une réouverture de l'Horeca le 1er mai. Afin de restaurer tant le moral des Belges que la confiance envers leurs dirigeants, il nous semble essentiel de respecter ces promesses. La situation épidémiologique est en effet meilleure aujourd'hui que ne le laissaient paraître les simulations au moment de décider du 3ème confinement. De la même manière, il convient de lever au plus vite l'interdiction des voyages non essentiels. Prise pour éviter l'arrivée de variants en Belgique, celle-ci est, de facto, obsolète aujourd'hui. Enfin, il apparaît urgent de mettre en oeuvre le plan plein air, tant les activités en extérieur constituent aujourd'hui le meilleur moyen d'avoir des contacts sociaux en minimisant le risque de contamination."Leur message sera-t-il entendu? Et relayé par certains participants au Comité de concertation?