Deuxième port de marchandises d'Europe après Rotterdam, Anvers est la principale porte d'entrée de la cocaïne sur le continent, en raison de son lien commercial plus fort avec l'Amérique du Sud, selon les douanes. Cette drogue y arrive souvent dissimulée dans des cargaisons de fruits ou dans les parois des conteneurs en provenance principalement du Brésil, d'Equateur et de Colombie.

Au vu de la tendance actuelle (près de 40 tonnes de cocaïne saisies au 30 septembre), le dernier record annuel de 61,8 tonnes pourrait à nouveau être battu en 2020. Un chiffre auquel il faut ajouter les quelque 70 tonnes interceptées en Amérique latine à destination d'Anvers. Sans oublier l'estimation de l'ONU selon laquelle "les saisies ne représentent que 10% de ce qui entre dans le pays", précise Kristian Vanderwaeren, administrateur général des douanes de Belgique, lors d'une rencontre avec l'AFP sur le port.

Au détail, le gramme de cocaïne se vend 50 euros, ce qui signifie des gains potentiellement astronomiques pour les réseaux qui contrôlent ce trafic. Et le développement rapide d'une économie parallèle pour blanchir ces montants, dans les voitures de luxe, les petits commerces voire l'immobilier. A Anvers, "l'argent criminel s'est infiltré dans la ville", dit M. Vanderwaeren. Et sur le millier de kilomètres de quais que compte le port, "on peut vite gagner 80.000 euros en récupérant des sacs", ajoute-t-il, "des douaniers ont déjà été condamnés pour avoir travaillé avec la mafia".

Selon le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, "les plus hautes sphères" de la société sont désormais ciblées par les trafiquants en quête de complicités, "c'est très inquiétant". La preuve: un ancien chef de la gendarmerie et trois policiers ont été interpellés cette semaine dans une vaste enquête enclenchée après une saisie de 2,8 tonnes de cocaïne fin 2019 dans le Limbourg. Cette province est devenue aussi une base arrière du crime organisé et de la "quick money" (l'argent facile), selon l'expression des enquêteurs.

"Déconne pas avec ça"

Outre la circulation de cocaïne, elle est connue pour abriter des laboratoires clandestins de fabrication de drogues de synthèse pour le compte de réseaux principalement établis aux Pays-Bas voisins. Au printemps, en plein confinement lié au coronavirus, un adolescent de 13 ans a été enlevé et séquestré pendant plus d'un mois à Genk en raison des liens de sa famille avec le milieu de la drogue.

Aris Oikonomou / AFP
© Aris Oikonomou / AFP

"Prises d'otages, torture, attentats à la grenade, cocktails Molotov, incendies criminels, fusillades": voilà l'éventail des violences engendrées par les trafics d'après le procureur du Limbourg Guido Vermeiren. Jeudi, avec d'autres hauts magistrats réunis au siège du parquet fédéral, il a alerté le gouvernement sur le manque de moyens humains et matériels pour affronter les réseaux criminels. De son côté, le procureur fédéral a comparé le trafic de drogue à "un cancer", dénonçant autant l'infiltration de l'économie par l'argent sale que l'insécurité subie par la population.

Une insécurité qui frappe particulièrement certains quartiers d'Anvers, où les habitants sont régulièrement réveillés la nuit depuis plus de deux ans par des coups de feu ou des explosions de grenades. Cela a conduit la ville à renforcer les patrouilles de police nocturnes depuis septembre. Dans le quartier de Deurne où il s'est installé pour étudier ces violences, l'anthropologue néerlandais Teun Voeten montre une vitrine de pharmacie criblée d'impacts de balles à la suite d'une fusillade. Selon lui, l'immeuble abritant le commerce était visé car "son propriétaire est connu pour ses liens avec des trafiquants". Le message, avance-t-il, "c'était peut-être laisse-nous tranquille, déconne pas avec ça", une manière d'intimider, de faire respecter son territoire. "Le grand problème est que des innocents sont également menacés ou victimes" de ces attaques, regrette Wouter Bruyns, porte-parole de la police anversoise.

Deuxième port de marchandises d'Europe après Rotterdam, Anvers est la principale porte d'entrée de la cocaïne sur le continent, en raison de son lien commercial plus fort avec l'Amérique du Sud, selon les douanes. Cette drogue y arrive souvent dissimulée dans des cargaisons de fruits ou dans les parois des conteneurs en provenance principalement du Brésil, d'Equateur et de Colombie.Au vu de la tendance actuelle (près de 40 tonnes de cocaïne saisies au 30 septembre), le dernier record annuel de 61,8 tonnes pourrait à nouveau être battu en 2020. Un chiffre auquel il faut ajouter les quelque 70 tonnes interceptées en Amérique latine à destination d'Anvers. Sans oublier l'estimation de l'ONU selon laquelle "les saisies ne représentent que 10% de ce qui entre dans le pays", précise Kristian Vanderwaeren, administrateur général des douanes de Belgique, lors d'une rencontre avec l'AFP sur le port.Au détail, le gramme de cocaïne se vend 50 euros, ce qui signifie des gains potentiellement astronomiques pour les réseaux qui contrôlent ce trafic. Et le développement rapide d'une économie parallèle pour blanchir ces montants, dans les voitures de luxe, les petits commerces voire l'immobilier. A Anvers, "l'argent criminel s'est infiltré dans la ville", dit M. Vanderwaeren. Et sur le millier de kilomètres de quais que compte le port, "on peut vite gagner 80.000 euros en récupérant des sacs", ajoute-t-il, "des douaniers ont déjà été condamnés pour avoir travaillé avec la mafia".Selon le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, "les plus hautes sphères" de la société sont désormais ciblées par les trafiquants en quête de complicités, "c'est très inquiétant". La preuve: un ancien chef de la gendarmerie et trois policiers ont été interpellés cette semaine dans une vaste enquête enclenchée après une saisie de 2,8 tonnes de cocaïne fin 2019 dans le Limbourg. Cette province est devenue aussi une base arrière du crime organisé et de la "quick money" (l'argent facile), selon l'expression des enquêteurs.Outre la circulation de cocaïne, elle est connue pour abriter des laboratoires clandestins de fabrication de drogues de synthèse pour le compte de réseaux principalement établis aux Pays-Bas voisins. Au printemps, en plein confinement lié au coronavirus, un adolescent de 13 ans a été enlevé et séquestré pendant plus d'un mois à Genk en raison des liens de sa famille avec le milieu de la drogue. "Prises d'otages, torture, attentats à la grenade, cocktails Molotov, incendies criminels, fusillades": voilà l'éventail des violences engendrées par les trafics d'après le procureur du Limbourg Guido Vermeiren. Jeudi, avec d'autres hauts magistrats réunis au siège du parquet fédéral, il a alerté le gouvernement sur le manque de moyens humains et matériels pour affronter les réseaux criminels. De son côté, le procureur fédéral a comparé le trafic de drogue à "un cancer", dénonçant autant l'infiltration de l'économie par l'argent sale que l'insécurité subie par la population. Une insécurité qui frappe particulièrement certains quartiers d'Anvers, où les habitants sont régulièrement réveillés la nuit depuis plus de deux ans par des coups de feu ou des explosions de grenades. Cela a conduit la ville à renforcer les patrouilles de police nocturnes depuis septembre. Dans le quartier de Deurne où il s'est installé pour étudier ces violences, l'anthropologue néerlandais Teun Voeten montre une vitrine de pharmacie criblée d'impacts de balles à la suite d'une fusillade. Selon lui, l'immeuble abritant le commerce était visé car "son propriétaire est connu pour ses liens avec des trafiquants". Le message, avance-t-il, "c'était peut-être laisse-nous tranquille, déconne pas avec ça", une manière d'intimider, de faire respecter son territoire. "Le grand problème est que des innocents sont également menacés ou victimes" de ces attaques, regrette Wouter Bruyns, porte-parole de la police anversoise.