Certaines rues anversoises ne sont vraiment plus sûres le soir. On n'y est plus à l'abri d'échanges de tirs ou d'un jet de grenade. Les gangs de la drogue y ont la gâchette facile depuis que quelques grosses saisies de coke sont venues contrarier leur business. Un riverain témoigne : "Depuis ma fenêtre, je peux voir cette violence", confie Bart De Wever.
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Certaines rues anversoises ne sont vraiment plus sûres le soir. On n'y est plus à l'abri d'échanges de tirs ou d'un jet de grenade. Les gangs de la drogue y ont la gâchette facile depuis que quelques grosses saisies de coke sont venues contrarier leur business. Un riverain témoigne : "Depuis ma fenêtre, je peux voir cette violence", confie Bart De Wever. Il était temps de dissiper la sensation ambiante d'un abandon par le mayeur de la Ville et sa police. Bref, il fallait frapper fort. Et d'abord les esprits. D'où l'opération "Nachtwacht" ("ronde de nuit"). "La plus grande action de sécurité de ces vingt dernières années", a fait savoir Bart De Wever (N-VA) à l'heure de lancer ses forces de police pour une durée indéterminée à la reconquête de quartiers de Borgerhout et de Deurne. Patrouilles supplémentaires, contrôles d'identité renforcés, fermeture de rues décrétées à haut risque. "No pasarán", les dealers ne passeront plus. Et s'il le faut, on fera donner les "Bearcats", ces engins blindés lourds devenus les symboles éclatants de la militarisation de la police anversoise. Tolérance zéro, c'est bon pour le moral des habitants apeurés. Bon aussi pour l'image du bourgmestre d'Anvers, attaché à son profil de défenseur de l'ordre et de la loi. Le Vlaams Belang local, qui aime aussi labourer le champ sécuritaire, a vite flairé le danger en mettant De Wever au défi de faire encore mieux : "Il faut engager l'armée. Si nous envoyons nos soldats en Somalie ou en Irak, pourquoi pas à Anvers ?" interroge le député du cru Filip Dewinter. Depuis une semaine, à la nuit tombée, la démonstration de force commence. Pas d'incident majeur à signaler jusqu'ici, excepté un échange de tirs survenu à Deurne à 22 heures, une heure avant que la "ronde de nuit" ne s'invite dans les quartiers. Pas grave, "ils s'adaptent, nous nous adapterons aussi", promet Bart De Wever. Le voisinage, majoritairement d'origine immigrée, applaudit au signal donné, pas fâché que la police montre un peu qui est le patron à la fin, mais il demande surtout à voir. Les criminologues aussi, plutôt réservés quant à l'efficacité réelle et au rapport coût/bénéfice de ces grandes manoeuvres : gaffe quand même, la militarisation des policiers appelle la militarisation des bandits. A quoi bon coffrer le menu fretin si les gros poissons restent hors de portée, si c'est pour que le manège recommence ou se déplace ? Bart De Wever se ménage de toute façon un triomphe modeste : Anvers, haut lieu de la drogue, ne peut évidemment s'attaquer qu'aux symptômes, sa politique du bâton a ses limites. A la police fédérale et à la justice de prendre le relais. Au niveau fédéral de faire aussi le job, pour peu qu'un futur gouvernement (sans la N-VA en principe) se décide enfin à sortir enquêteurs et magistrats de leur grande misère en moyens. A quand donc une DEA à la belge, cette "Drug Enforcement Administration" que le président de la N-VA envisageait de créer en compagnie de Paul Magnette (PS) au temps de leur mission de préformateurs royaux ? En tout cas, on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir fait ce qui était en son pouvoir pour mener la vie dure à la drogue. Si les autres ne se montrent toujours pas à la hauteur, ce sera à désespérer de la Belgique. Vraiment.