La crise du coronavirus est une parenthèse étrange dans la vie du monde, avec un tiers de l'humanité sommée de rester chez elle. Les décisions politiques inédites se multiplient, l'économie subit un coup d'arrêt imposé et bien des libertés sont écornées par l'urgence sanitaire. Le revers positif de la médaille, salué à l'envi, c'est le retour des eaux pures et des animaux déstressés. Mais comment nous réveillerons-nous au lendemain de la pandémie ? C'est aujourd'hui qu'il convient d'y penser.

Politique : blocages de retour?

L'heure est à la "grande union" pour contre la pandémie et éviter qu'elle ne fasse trop de morts. Le gouvernement Wilmès II, minoritaire mais soutenu par une large majorité et bientôt doté de pouvoirs spéciaux, a heureusement mis entre parenthèses la crise politique insoluble consécutive au élections de mai 2019. Cet exécutif assure autant que faire se peut et prend des décisions importantes - du confinement évalué à chaque instant avec des experts aux conséquentes mesures de soutien économiques.

Cette unité de façade se fissure déjà, pourtant, avec les critiques nombreuses à l'égard de la gestion actuelle de la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD) - qui a réagi ce matin en disant qu'elle ne voulait pas "jouer les Calimero" tant l'essentiel est ailleurs -, mais aussi sur l'héritage de la coalition suédoise, accusée d'avoir négligé la sécurité sociale. "Il ne faut pas trop s'attendre à ce que cette solution d'urgence actuelle soit une formule d'avenir au-delà de six mois", prévient déjà un de ses éminents représentants. Car lorsque l'urgence sanitaire sera apaisée, les choix politiques à poser pour la relance socio-économiques, le budget ou la crise environnementale - pour ne citer que quelques sujets - vont raviver des tensions profondes.

Les vieux démons communautaires risquent en outre de se réveiller de plus belle. L'échec d'un accord entre PS et N-VA sur un gouvernement d'urgence laisse des traces profondes. Theo Francken, l'un des hommes forts des nationalistes flamands - disait hier à nos confrères de Knack que son parti n'oublierait pas cette trahison. "Dans six mois, nous risquons à nouveau de nous retrouver avec un gouvernement en affaires courantes, précise-t-on dans les cercles du pouvoir. Cette crise a témoigné définitivement que PS et N-VA ne pouvaient pas travailler ensemble. Quant à la N-VA, que pourra-t-elle faire ?" Le blocage risque d'être à nouveau au rendez-vous à l'heure où il s'agira de réinventer la Belgique.

Economie : crise ou explosion ?

La parenthèse actuelle, plus large et potentiellement plus profonde encore que la crise financière de 2008, nécessiterait une réinvention complète de notre modèle. Des voix s'élèvent déjà pour revoir une mondialisation folle et relocaliser des activités, ralentir la machine au service de la planète et libérer les créativités. Des actes s'en suivent comme la volonté de produire à nouveaux des masques de protection en Wallonie- pour ne prendre qu'un exemple. "Cette crise nous ramène aux besoins de base, on va se réapproprier le temps et cela nous force à sortir de la frénésie de nos automatismes, dit joliment l'économiste Bruno Colmant à L'Echo. De cette crise, il faut trouver un rêve, un projet."

Une fois la crise passée, ne serons-nous pourtant pas saisis, fut-ce à notre corps défendant, par une frénésie de consommation ? Une reprise rapide et fulgurante ne sera-t-elle pas nécessaire pour éviter une trop grande casse sociale à l'heure où des entreprises - voire des secteurs entiers - s'interrogent sur leur survie et que des salariés perdent leur pouvoir d'achat ? L'unité sociale actuelle entre patronat et syndicats - de façade là encore - ne va-t-elle pas exploser sous la menace d'une crise sociale et de bilans de société en chute libre ? Quant aux bienfaits sur l'environnement et la nécessité de ralentir la machine, ne vont-ils pas disparaître avec la reprise du trafic automobile et aérien ? L'autre monde est à inventer, mais les énergies colossales du moment sont avant tout consacrées à l'urgence - et elles risquent de l'être davantage quand il s'agira de panser les plaies béantes ouvertes par la crise. Les bonnes résolutions risquent de ne pas résister à l'après-crise, quand ce ne sont pas des velleités idéologiques pas forcément souhaitables.

Ethique : des libertés abandonnées?

L'urgence sanitaire nous force immanquablement à abandonner temporairement des libertés, celle de se déplacer état la plus criante. Mais d'autres évolutions plus sournoises ont lieu en matière d'utilisation des données, de répressions de certains comportements inciviques ou de décisions politiques - "c'est incroyable de voir que les présidents de partis assistent désormais au "kern", nous dit un observateur.

Depuis quelques jours, un texte de l'intellectuel israélien Yuval Noah Hariri, diffusé par le Financial Times, circulent beaucoup. Il évoque "le monde d'après la coronavoris" et met en garde : "Les choix que la crise actuelle nous amène à faire pourraient altérer nos vies." Quand nous faisons face à des alternatives, il s'agit de se poser la question du monde que nous voulons construire pour demain, souligne-t-il. Il met en garde contre la généralisation des systèmes de surveillance technologique des citoyens ou la nécessité de choisir entre santé et sécurité alors que nous devons bénéficier des deux. "L'autre choix auquel nous sommes confrontés est entre l'isolation nationaliste le la solidarité globale", poursuit-il. C'est la seconde qui est indispensable. "Malheureusement, une paralysie collective grippe la communauté internationale."

Au niveau individuel également, la crise du coronavirus éveille des sentiments de solidarité oubliés au sein des populations, entre les individus ou à l'égard du personnel soignant. Mais elle donne aussi à voir le pire : égoïsme dans les supermarchés, délation de personnes susceptibles d'être contaminées en raison de leur profession, comportements inciviques ou replis tribaux...

Une fois la crise passée, espérons que l'on retiendra le meilleur pour construire un autre monde. En étant conscient que le pire n'est jamais loin.

La crise du coronavirus est une parenthèse étrange dans la vie du monde, avec un tiers de l'humanité sommée de rester chez elle. Les décisions politiques inédites se multiplient, l'économie subit un coup d'arrêt imposé et bien des libertés sont écornées par l'urgence sanitaire. Le revers positif de la médaille, salué à l'envi, c'est le retour des eaux pures et des animaux déstressés. Mais comment nous réveillerons-nous au lendemain de la pandémie ? C'est aujourd'hui qu'il convient d'y penser.L'heure est à la "grande union" pour contre la pandémie et éviter qu'elle ne fasse trop de morts. Le gouvernement Wilmès II, minoritaire mais soutenu par une large majorité et bientôt doté de pouvoirs spéciaux, a heureusement mis entre parenthèses la crise politique insoluble consécutive au élections de mai 2019. Cet exécutif assure autant que faire se peut et prend des décisions importantes - du confinement évalué à chaque instant avec des experts aux conséquentes mesures de soutien économiques.Cette unité de façade se fissure déjà, pourtant, avec les critiques nombreuses à l'égard de la gestion actuelle de la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD) - qui a réagi ce matin en disant qu'elle ne voulait pas "jouer les Calimero" tant l'essentiel est ailleurs -, mais aussi sur l'héritage de la coalition suédoise, accusée d'avoir négligé la sécurité sociale. "Il ne faut pas trop s'attendre à ce que cette solution d'urgence actuelle soit une formule d'avenir au-delà de six mois", prévient déjà un de ses éminents représentants. Car lorsque l'urgence sanitaire sera apaisée, les choix politiques à poser pour la relance socio-économiques, le budget ou la crise environnementale - pour ne citer que quelques sujets - vont raviver des tensions profondes.Les vieux démons communautaires risquent en outre de se réveiller de plus belle. L'échec d'un accord entre PS et N-VA sur un gouvernement d'urgence laisse des traces profondes. Theo Francken, l'un des hommes forts des nationalistes flamands - disait hier à nos confrères de Knack que son parti n'oublierait pas cette trahison. "Dans six mois, nous risquons à nouveau de nous retrouver avec un gouvernement en affaires courantes, précise-t-on dans les cercles du pouvoir. Cette crise a témoigné définitivement que PS et N-VA ne pouvaient pas travailler ensemble. Quant à la N-VA, que pourra-t-elle faire ?" Le blocage risque d'être à nouveau au rendez-vous à l'heure où il s'agira de réinventer la Belgique.La parenthèse actuelle, plus large et potentiellement plus profonde encore que la crise financière de 2008, nécessiterait une réinvention complète de notre modèle. Des voix s'élèvent déjà pour revoir une mondialisation folle et relocaliser des activités, ralentir la machine au service de la planète et libérer les créativités. Des actes s'en suivent comme la volonté de produire à nouveaux des masques de protection en Wallonie- pour ne prendre qu'un exemple. "Cette crise nous ramène aux besoins de base, on va se réapproprier le temps et cela nous force à sortir de la frénésie de nos automatismes, dit joliment l'économiste Bruno Colmant à L'Echo. De cette crise, il faut trouver un rêve, un projet."Une fois la crise passée, ne serons-nous pourtant pas saisis, fut-ce à notre corps défendant, par une frénésie de consommation ? Une reprise rapide et fulgurante ne sera-t-elle pas nécessaire pour éviter une trop grande casse sociale à l'heure où des entreprises - voire des secteurs entiers - s'interrogent sur leur survie et que des salariés perdent leur pouvoir d'achat ? L'unité sociale actuelle entre patronat et syndicats - de façade là encore - ne va-t-elle pas exploser sous la menace d'une crise sociale et de bilans de société en chute libre ? Quant aux bienfaits sur l'environnement et la nécessité de ralentir la machine, ne vont-ils pas disparaître avec la reprise du trafic automobile et aérien ? L'autre monde est à inventer, mais les énergies colossales du moment sont avant tout consacrées à l'urgence - et elles risquent de l'être davantage quand il s'agira de panser les plaies béantes ouvertes par la crise. Les bonnes résolutions risquent de ne pas résister à l'après-crise, quand ce ne sont pas des velleités idéologiques pas forcément souhaitables.L'urgence sanitaire nous force immanquablement à abandonner temporairement des libertés, celle de se déplacer état la plus criante. Mais d'autres évolutions plus sournoises ont lieu en matière d'utilisation des données, de répressions de certains comportements inciviques ou de décisions politiques - "c'est incroyable de voir que les présidents de partis assistent désormais au "kern", nous dit un observateur.Depuis quelques jours, un texte de l'intellectuel israélien Yuval Noah Hariri, diffusé par le Financial Times, circulent beaucoup. Il évoque "le monde d'après la coronavoris" et met en garde : "Les choix que la crise actuelle nous amène à faire pourraient altérer nos vies." Quand nous faisons face à des alternatives, il s'agit de se poser la question du monde que nous voulons construire pour demain, souligne-t-il. Il met en garde contre la généralisation des systèmes de surveillance technologique des citoyens ou la nécessité de choisir entre santé et sécurité alors que nous devons bénéficier des deux. "L'autre choix auquel nous sommes confrontés est entre l'isolation nationaliste le la solidarité globale", poursuit-il. C'est la seconde qui est indispensable. "Malheureusement, une paralysie collective grippe la communauté internationale."Au niveau individuel également, la crise du coronavirus éveille des sentiments de solidarité oubliés au sein des populations, entre les individus ou à l'égard du personnel soignant. Mais elle donne aussi à voir le pire : égoïsme dans les supermarchés, délation de personnes susceptibles d'être contaminées en raison de leur profession, comportements inciviques ou replis tribaux...Une fois la crise passée, espérons que l'on retiendra le meilleur pour construire un autre monde. En étant conscient que le pire n'est jamais loin.