Le débat francophone sur la neutralité dans l'administre publique et l'interdiction du port des signes convictionels, dont le voile, continue à provoquer de sérieuses secousses sur le plan politique.
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Le débat francophone sur la neutralité dans l'administre publique et l'interdiction du port des signes convictionels, dont le voile, continue à provoquer de sérieuses secousses sur le plan politique.Lundi, le Parti socialiste de Paul Magnette, fortement divisé sur la question, a enfin tranché en se prononçant pour l'interdiction des signes convictionnels quand il y a un rapport d'autorité ou un contact direct avec le public. Le parti a également insisté sur la nécessité de veiller à ce que ce ne soit pas source de discrimination dans le domaine du travail, ce qui était le sens du jugement du tribunal de travail de Bruxelles dans le dossier de la STIB, en appellant à une évolution vers une "diversité inclusive". Enfin, le PS se dit ouvert à un débat sur l'inscription de la neutralité ou la laïcité dans la Constitution, un débat qui avait été initié lors de la légisalture précédente, en vain, faute de possibilité de réviser le texte.Lire aussi: Signes convictionnels: le PS plaide une interdiction pour les fonctions d'autorité"L'interdiction totale du voile est contre-productive", insiste Paul Magnette au Soir ce mardi matin. Il reconnaît: "En deux ans, le PS a évolué sur le voile, moi aussi."Ce faisant, le PS se distingue de la position tranchée d'Ecolo, qui plaide pour la "liberté de choix", même si certains en interne se disent aussi favorable à une interdiction pour les fonctions d'autorité. Mais sur le plan historique, il se rapproche de la thèse écologiste. "Intéressante évolution du PS qui rejoint celle qu'Ecolo défend depuis 2014, souligne un responsable des verts. Les positions commencent à évoluer par endroit." Forcément, c'est à Bruxelles, ville-monde dans son essance, que le sujet bouge le plus fortement.L'ancienne présidente du CDH, Joëlle Milquet, a elle aussi salué cette évolution du PS, en faisant le parallèle avec l'évolution de son parti: "Je suis ravie de voir que la position nuancée et de compromis du cdH, inchangée depuis 2009, soit rejointe .... le temps est aux solutions apaisantes dans un climat serein sans amalgames réciproques alliant respect de la différence et valeurs communes."Politiquement, cette évolution n'est pas neutre. Les libéraux accusent les socialistes de rompre avac leur tradition laïque. "Le PS abandonne son héritage laïc et tourne le dos à une part de son histoire, lâchait notamment l'ancien ministre MR Denis Ducarme. Triste pour mes amis socialistes qui portaient ces valeurs que nous avons en commun.""La position du PS est incohérente, impraticable et hypocrite, estime le président du MR, Georges-Louis Bouchez. C'est aussi un potentiel cheval de Troie pour le futur qui bafoue dès maintenant la neutralité de l'Etat." Et un libéral d'ajouter, face à la fracture entre laïcs socialiste et communautaristes à Bruxelles: "Ils sont dans une fameuse misère."Significativement, le Centre d'action laïque (CAL) a publié un communiqué lundi après-midi, qui va dans ce sens. Il "salue le souci de nuance du PS ainsi que sa volonté que soient adoptées des législations claires pour éviter un règlement au cas par cas de la neutralité". Mais il "s'étonne de la proposition d'autoriser le port des signes convictionnels sur la base du double critère cumulatif de la fonction d'autorité et de la fonction en contact avec le public". "Poussée au bout de sa logique, dit le Centre, elle aurait pour effet qu'un même fonctionnaire, en fonction des tâches qu'il exerce durant la journée, pourrait à certains moments porter un signe convictionnel tandis qu'à d'autres moments pas. En outre, cette proposition qui prévoit l'établissement d'une liste des fonctions concernées s'annonce particulièrement complexe à mettre en oeuvre à un point tel qu'elle semble difficilement praticable."Un sentiment exprimé aussi longuement par François De Smet, président de DeFI, qui fait partie de la majorité régionale bruxelloise avec le PS et Ecolo: c'est dire que le compromis n'est pas encoire au rendez-vous.Si le PS était divisé sur la question, le CDH se déchire littéralement. Le député fédéral Georges Dallemagne a provoqué un sérieux remue-ménage interne, suite à ses déclarations selon lesquelles, à travers le voile, il y aurait "une revendication politique, radicale, qui ne veut pas de notre modèle de société, ne veut pas de nos valeurs". Plusieurs ténors du parti, dont la fondatrice du CDH Joëlle Milquet, ont fustigé sa sortie. Certains ont été plus loin en déposant plainte en interne. Le président du parti, Maxime Prévot, a recadré Georges Dallemagne avant de le soutenir. Lundi, le bureau du parti a, à son tour, soutenu le député.. Message présidentiel: le linge sale se lave en famille. Mais en coulisses, selon La Libre, certains membres du CDH envisagent de quitter le parti, notamment parmi ceux qui avaient dénoncé les propos de Georges Dallemagne. Pour rejoindre un PS qui a rallié la position de Joëlle Milquet à l'époque?