La Belgique et l'Europe entrent dans une nouvelle ère de confinement élargi, un peu moins restrictif qu'en mars-avril. La priorité, pour éviter une saturation des hôpitaux, consiste désormais à veiller au respect des mesures. Pour la plupart des gouvernements, cela devient une gageure en raison de la lassitude des citoyens ou de la complexité de la lutte contre le Covid.
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La Belgique et l'Europe entrent dans une nouvelle ère de confinement élargi, un peu moins restrictif qu'en mars-avril. La priorité, pour éviter une saturation des hôpitaux, consiste désormais à veiller au respect des mesures. Pour la plupart des gouvernements, cela devient une gageure en raison de la lassitude des citoyens ou de la complexité de la lutte contre le Covid.Le week-end qui s'achève, en Belgique, aura une nouvelle fois témoigné de cette difficulté. Le shopping intense, encouragé à Anvers par le bourgmestre Bart De Wever (N-VA), ou des fêtes clandestines ici et là, ont défrayé la chronique à l'heure où les politiques et les responsables d'hôpitaux n'ont pas de mots assez forts pour mettre en garde contre la gravité de la situation. Le tout pourrait générer des tensions entre les détracteurs des mesures et ceux qui en payent le prix.Voici sept enjeux majeurs pour cette nouvelle ère de la crise sanitaire.La ruée sur le shopping ou les dernières fêtes avant confinement, ce week-end, ont été dénoncées par les experts. La décision prise par le Comité de concertation, vendredi, manquait toutefois de fermeté à cet égard: comment faire comprendre que l'on déconseille de se rendre dans les commerces quand on les laisse ouverts jusqu'au lundi? Le changement constant des mesures, de leur périmètre et les nombreuses exceptions décidées donnent aussi des arguments à ceux qui ne sont pas soucieux de les respecter. Les débats, ces dernières heures, sur les commerces qui peuvent finalement rester ouverts sème par exemple la confusion dans des esprits déjà perdus. L'évolution quasi permanente de la "bulle sociale" et ses déclinaisons ne facilitent pas non plus le respect. Même si derrière tout cela, il y a pourtant une règle parfaitement claire : limitez au maximum les contacts sociaux et restez chez vous si vous le pouvez! De même, en déconseillant fortement les voyages, mais sans davantage, comment éviter que de nombreux Belges partent en vacances?Bart De Wever (N-VA), bourgmestre d'Anvers, a invité ce week-end ses citoyens à profiter des dernières journées de shopping avant Noël: les rues commerçantes de sa ville, mais ce n'était pas la seule, étaient noires de monde. Elio Di Rupo (PS), ministre-président wallon, parle d'un comportement "irresponsable" sur fond de bras de fer avec les nationalistes flamands, lors des derniers Comité de concertation. Au sein du monde politique, mais aussi parmi certains "leaders d'opinion", des mots d'ordre parfois contradictoires ou la défiance de certaines expressions publiques reproduisent cette polarisation de plus en plus forte dans l'opinion publique.La Belgique - ou l'Europe - n'est pas la Chine. En prenant les mesures de restriction des libertés ou en prenant des mesures pour tracer les contaminés, par exemple, les autorités semblent presque s'excuser de devoir le faire. A raison: le caractère liberticide des décisions est déjà inédit depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, il n'est pas question d'aller plus loin au risque de compromettre gravement le respect de la vie privée. Or, déjà comme cela, des groupes ou des expressions individuelles dénoncent l'intrusion du pouvoir dans des domaines duquel il est normalement exclu, celui de nos relations familiales ou amicales, de nos déplacements, de notre liberté de commercer ou d'assister à des spectacles, entre autres. La pédagogie, plus que jamais, est indispensable, pour expliquer le sens de ce qui est fait.Les différents gouvernements belges l'ont martelé ces dernières semaines: il s'agit autant que possible de gérer l'urgence sanitaire en tant de préserver ce qui peut l'être, à savoir, prioritairement, laisser tourner l'économie et maintenir les écoles ouvertes. Cette fois encore, il s'agit d'éviter l'isolement social. Autant de soucis louables, mais qui témoignent de l'exercice d'équilibriste des pouvoirs publics. Dont certains raisonnements peinent désormais à convaincre. La voix de ceux qui craignent des conséquences plus graves d'un nouveau confinement que de l'épidémie elle-même se fait de plus en plus entendre. Dans les cercles économiques, la fermeture des bars et restaurants avait déjà fait grincer des dents, celle des commerces non-essentiels tout autant: l'argument souvent évoqué n'est autre que des protocoles sanitaires stricts et de manque de preuves qu'il s'agit des foyers de contaminations. Même si, là encore, l'enjeu reste bien de limiter les contacts sociaux. La concetation avec les secteurs et la recherche d'alliés sont plus que jamais indispensables.Ne nous trompons pas : les chiffres restent très préoccupants et la deuxième vague de l'épidémie de Covid a déjà dépassé la première. Depuis trois ou quatre jours, la hausse des hospitalisations se ralentit, toutefois, et l'effet des premières mesures commencerait à se faire sentir. La meilleure prise en charge des malades à l'hôpital réduit en outre le taux de décès en son sein. Ces chiffres "rassurants" sont invoqués par certains sur les réseaux sociaux pour affirmer que l'épidémie n'est peut-être pas aussi dramatique qu'annoncée - suscitant la colère des experts et des acteurs de la santé.Une grande lassitude s'empare de la population à l'égard de ces mesures restrictives et le politique affirme le comprendre à chacun de ses expressions. Le manque de perspectives à long terme donne en outre l'impression que ce tunnel n'a pas de fin - et incite certains à rechercher la lumière, quitte à aller à l'encontre des règles. Chez nous, la présentation du fameux baromètre, qui devait permettre une meilleure visibilité de la gestion de la crise sanitaire, a été reportée, le temps de faire face à cette nouvelle "urgence". Les appels se multiplient à nouveau pour obtenir des perspectives, alors que des experts affirment déjà qu'il sera difficile de "sauver Noël". De la clarté s'impose, rapidement.De façon plus générale, au-delà de la crise du Covid, le monde politique doit déjà faire face à une montée de la défiance à son égard, caractérisée par la progression des partis populistes dans la plupart des pays européens. Il est tenu à prendre des mesures extrêmement difficiles, alors que sa crédibilité est décriée et que ses opposants sont prêts à tout pour les critiquer. C'est particulièrement vrai dans les pays où son assise est déjà fragilisée - comme notre Belgique avec ses crises à répétition et son fossé Nord-Sud ou la France d'un Macron contesté à droite et à gauche. L'enjeu le plus épineux pour nos dirigeants à l'heure actuelle est probablement celui-là: gérer la crise de la façon la plus juste, se faire respecter... tout en tentant de regagner la confiance. C'est la quadrature du cercle, mais c'est une priorité vitale.