Une révolution attend les écoliers, les enseignants et les familles à la rentrée 2022: celle du nouveau calendrier scolaire. La ministre de l'Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir (PS), compte bien marquer de sa plume la législature en faisant aboutir quoiqu'il arrive ce chantier titanesque initié il y a 30 ans.
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Une révolution attend les écoliers, les enseignants et les familles à la rentrée 2022: celle du nouveau calendrier scolaire. La ministre de l'Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir (PS), compte bien marquer de sa plume la législature en faisant aboutir quoiqu'il arrive ce chantier titanesque initié il y a 30 ans.Petit rappel: la révision des rythmes scolaires est fondée sur des recherches en chronobiologie et en psychopédagogie. Elle consiste, d'une part, à réduire la période estivale comprenant actuellement jusqu'à 9 semaines consécutives sans école. D'autre part, à mieux équilibrer les périodes d'apprentissage et les périodes de repos. Selon les pédagogues, elle contribue à diminuer le décrochage scolaire, améliorer les conditions d'apprentissage, le climat à l'école et réduit ainsi les facteurs importants qui contribuent aux inégalités.La réforme s'appliquera uniformément et de façon synchronisée à l'ensemble de l'enseignement obligatoire en Fédération Wallonie Bruxelles, tous niveaux et types confondus, dès la rentrée scolaire 2022. Sur le fond, cette nouvelle proposition d'organisation basée sur le respect du bien-être des élèves et des enseignants a peu de détracteurs, mais des zones d'ombre subsistent. Pour Marc Mansis, Secrétaire Général du syndicat CGSLB-Appel, la réforme reçoit le plein soutien des syndicats et des autres acteurs impliqués. "L'Ecole évolue et les rythmes avec elle. C'est un chantier qui a été initié il y a 30 ans, à un moment, il faut aboutir", déclare-t-il. Le front syndical regrette cependant que la ministre de l'Education Caroline Désir (PS) avance ces derniers temps "à la hussarde", dans une certaine précipitation et que de nombreuses questions restent encore en suspens.Le représentant syndical se montre cependant optimiste: "On a encore toute une année devant nous pour implémenter cette réforme, il faudra veiller à ce que la communication soit bonne avec les différentes parties concernées ", prévient-t-il. La crise sanitaire a bel et bien été un accélérateur pour la mise en place de ce changement, qui s'apparente à une vraie révolution dans le système éducatif belge. De là à faire émerger un consensus, selon la ministre, parmi les acteurs de l'enseignement pour une modification des rythmes annuels. "Il est clair que la crise a 'aidé' à faire avancer le dossier, avec les deux semaines de congé expérimentées de force à l'automne 2020, la ministre a pu démontrer que cela pouvait se passer sans trop de heurts, même si le contexte n'est pas comparable à une période normale", témoigne Marc Mansis. Un point noir et pas des moindres subsiste: la FWB fait cavalier seul dans ce dossier. Les Flamands et les germanophones ont décidé, pour le moment du moins, de garder l'ancien rythme. Dans la pratique, lors des congés d'Automne, une semaine de congé est en commun avec la Flandre. La volonté est de synchroniser les vacances de Noël entre les Communautés. Ce ne sera cependant plus le cas ni pour les vacances de Printemps (décalée de près d'un mois entre la Flandre et la Wallonie), ni pour les vacances de Détente (carnaval) 2023 aussi en décalage d'une semaine (voir l'infographie ci-dessous).Une situation qui posera problème aux familles dont les enfants sont scolarisés en Flandre et à Bruxelles, par exemple. Tout comme pour les enseignants travaillant dans des établissements faisant partie de Communautés linguistiques différentes. Des échos nous reviennent aussi de professeurs néerlandophones engagés dans des écoles en immersion du Brabant wallon qui ont donné leur démission face à cette situation trop complexe. Un groupe Facebook intitulé "Pour un calendrier scolaire cohérent en 2022-2023" vient d'être créé. Il réunit à l'heure d'écrire ces lignes près de 600 personnes. Des pétitions en ligne voient le jour. Des parents regrettent fortement l'absence de concertation avec les autres Communautés autour de cette réforme, sans toutefois remettre en doute son bien-fondé pédagogique. C'est le cas de deux enseignantes dans l'enseignement secondaire supérieur francophone à Bruxelles dont les enfants sont scolarisés en Flandre. Elles font part de leur désarroi dans un courrier adressé à la ministre de l'Éducation : "Cela signifie donc que nous n'aurons plus la possibilité de prendre des congés en même temps que nos enfants entre les mois de janvier et de juillet, puisque que, contrairement au reste de la population, en tant qu'enseignants, nous ne pouvons pas choisir nos dates de congés." Pour elles, "dans un pays aussi petit et particulier que le nôtre, se retrouver avec des régimes de congés scolaires différents touche à l'absurde." Elles craignent aussi que la réforme "ne conduise à terme à un cloisonnement de plus en plus important entre les communautés linguistiques". Et s'interrogent sur le sort des enfants qui suivent leur scolarité dans une communauté et pratiquent des loisirs dans une autre ? Autant de questions aujourd'hui sans réponses.Interpelée à ce sujet, la ministre socialiste nous rappelle que cette réforme a été entamée quand la matière n'était pas encore communautarisée. "Une chose est certaine. Je ne veux certainement pas complexifier la vie de ces familles par plaisir ", assure-t-elle. "C'est compliqué. Soit j'attends la Flandre, et c'est comme ça qu'on ne fait rien depuis 30 ans dans ce dossier. Soit, à un moment, on y va dans la limite de notre champ d'action. Je ne peux pas décider pour la Flandre, mais j'essaie vraiment de la convaincre du bien-fondé de la réforme. Je ne crois pas qu'ils seront prêts en 2022, car ils viennent seulement de lancer les discussions."Caroline Désir fait une suggestion : "Si ces parents ont envie de se faire entendre du côté flamand, ils peuvent aussi interpeller 'leur' ministre. Il faut que la pression vienne aussi un peu du terrain." Même son de cloche du côté syndical : "Il s'agit d'une minorité de personnes touchées". Difficile, voire impossible, d'obtenir des statistiques, mais les familles concernées - en Wallonie, principalement sur la frontière linguistique mais pas que, et à Bruxelles - seraient évaluées à moins de 5 %.Petite éclaircie au tableau : un consensus est sur la table pour aligner au moins une des semaines du congé de Détente avec la Flandre si cette dernière n'adopte pas le rythme au cours des prochaines années. "On a une solution de facilitation ponctuelle pour la coordination des calendriers entre les Communautés en ce qui concerne les vacances de détente à partir de 2023. Il faudra juste adapter le rythme sur 6 semaines au lieu des 7 semaines initialement prévues par la réforme. C'est une mesure envisagée", explique Marc Mansis. La ministre nous confirme que des aménagements peuvent encore être apportés au calendrier dans les mois à venir. "Rien n'est insoluble. Mais si on veut respecter le fondement de la réforme, on ne peut pas aligner les vacances comme avant. Par contre, on peut se donner un peu de mou. Plutôt que d'être strictement à cheval sur le rythme 7 semaines de cours/2 semaines de congé, on peut trouver une marge de manoeuvre pour résoudre certains problèmes. On est encore en train de travailler sur le calendrier qui doit passer au gouvernement prochainement. On va essayer de trouver une solution pour ces familles, mais le problème du décalage à Pâques, on ne pourra pas le solutionner."Va pour des solutions d'aménagements, mais pas question d'attendre que la Flandre se mette au pas pour implémenter le nouveau rythme dans les écoles de la FWB. "La Flandre a déclaré se pencher sur la question. Elle va certainement dans un premier temps observer avant de peut-être aussi l'adopter", avance Marc Mansis. "C'est clairement un positionnement communautaire de la part de la Ministre, pour montrer que l'on fait bouger les choses ", ajoute-t-il.Caroline Désir n'a pourtant pas manqué de tendre la main ces derniers mois à son homologue flamand Ben Weyts (N-VA). La ministre laisse entendre qu'elle n'exclut pas un report de la réforme, même si la possibilité s'éloigne de plus en plus : "Si j'étais persuadée que la Flandre était prête en 2023, j'attendrais, mais je n'ai pas de garanties pour l'instant", nous confie-t-elle.Récemment, la situation a évolué positivement avec le ministre de l'Enseignement flamand qui semble plus ouvert à changer de calendrier au nord du pays, nous glisse Caroline Désir. "Nous avons été contactés récemment par le cabinet de Ben Weyts pour venir exposer la réforme, cela évolue". Elle ajoute : "On sent qu'on est soutenu sur le fond par les experts flamands. Ben Weyts a toujours dit qu'il n'avait pas d'opposition de principe à la réforme, mais il ne veut pas qu'on lui impose cela dans son timing pour l'instant. La Flandre ne sera en tout cas pas prête pour 2022."Le ministre flamand de l'Enseignement Ben Weyts (N-VA) avait indiqué en mai dernier que la Flandre n'avait pas l'intention de suivre le mouvement. Le ministre nationaliste s'est dit "ouvert au débat, mais pas au milieu de cette crise sanitaire qui demande déjà tant au domaine éducatif", selon son porte-parole. Sur le plan scolaire, peu d'obstacles subsistent donc et la rentrée 2022 semble un objectif réaliste pour instaurer cette réforme en FWB. C'est plutôt du côté social qu'il y a encore quelques points à régler. Marc Mansis cite, entre autres, le casse-tête pour les parents divorcés qui devront revoir le calendrier des gardes alternées. Une coordination a été entamée avec la Ligue des familles et l'ordre des avocats francophones de Belgique (Avocats.be) pour produire des modèles de garde adaptés au nouveau calendrier scolaire. Ou encore, le fait que le calendrier n'est pas harmonisé entre l'enseignement obligatoire et le supérieur, ce qui pourrait compliquer l'horaire des enseignants qui travaillent à différents niveaux. Autre conséquence: les entreprises devront jongler avec les congés de leurs travailleurs sur une plus petite période. Les organisations de jeunesse s'inquiètent, de leur côté, de devoir organiser leur camp sur une période rabotée alors que le mois de juillet est fortement prisé dans le milieu. La ministre de la Jeunesse, Valérie Glatigny (MR), devra suivre le dossier de près avec l'été 2023 en ligne de mire. "Il faut aussi une stratégie forte pour l'accueil extrascolaire, au risque d'avoir de plus grandes inégalités sociales. Des enfants risquent d'être délaissés pendant les deux semaines de congé, car leurs parents travaillent et que les activités coûtent trop cher. Sur ce point, on n'a pas encore de réponses claires de la ministre", pointe encore Marc Mansis. Il y a, en effet, encore beaucoup de pain sur la planche. Caroline Désir en est bien consciente. "Le dossier est loin d'être terminé, on a énormément de chantiers en cours qui touchent beaucoup de pans de la société. Il faut notamment que la réforme de l'accueil temps-libre menée par ma collègue Bénédicte Linard soit finalisée pour proposer une offre de stage pendant les nouvelles vacances. Au niveau administratif, on doit aussi absolument adapter le système de paiement pour que les enseignants temporaires soient payés proportionnellement aux vacances d'été réduites", détaille-t-elle. Le secteur du tourisme est, pour sa part, très satisfait de cette réforme. Wallonie Belgique tourisme voit cette situation comme une réelle opportunité. "La différenciation des calendriers va notamment permettre au niveau intra belge de ventiler, différencier les publics et l'offre ", laisse entendre le WTB. Un "séminaire du Pacte d'Excellence" a lieu ces 1er et 2 octobre. Il réunira les différents acteurs concernés, syndicats, ministres et pouvoirs organisateurs. Le cadre de la réforme des rythmes y sera, entre autres thématique, abordé. "Il n'y aura pas de grands débats au séminaire sur la réforme des rythmes, car on est déjà dans l'opérationnalisation des processus. Le but est surtout de resserrer les rangs pour les deux prochaines années ", tient à préciser la ministre de l'Éducation.