La Ministre de l'Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Désir (PS) est sur la bonne voie pour mener à bien dès la rentrée prochaine "sa" réforme des rythmes scolaires, un chantier initié il y a plus de 30 ans. Tout se met en effet en place pour qu'elle soit implémentée d'ici août 2022. Dernière avancée en date, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé en première lecture l'avant-projet de décret la semaine dernière.
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La Ministre de l'Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Désir (PS) est sur la bonne voie pour mener à bien dès la rentrée prochaine "sa" réforme des rythmes scolaires, un chantier initié il y a plus de 30 ans. Tout se met en effet en place pour qu'elle soit implémentée d'ici août 2022. Dernière avancée en date, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé en première lecture l'avant-projet de décret la semaine dernière. Pour rappel, la révision des rythmes scolaires basée sur l'alternance 7 semaines de cours / 2 semaines de congé est fondée sur des recherches en chronobiologie et en psychopédagogie. Elle consiste, d'une part, à réduire la période estivale comprenant actuellement jusqu'à 9 semaines consécutives sans école. D'autre part, à mieux équilibrer les périodes d'apprentissage et les périodes de repos. Selon les pédagogues, ce modèle 7/2 contribue à diminuer le décrochage scolaire, améliorer les conditions d'apprentissage, le climat à l'école et réduit ainsi les facteurs importants qui contribuent aux inégalités.Sur ce principe, rien ne change. Mais, pour répondre à certaines doléances, notamment le fait que les vacances de détente (carnaval) en Wallonie ne coïncidaient plus avec les autres communautés dans le nouveau calendrier proposé, la ministre avait laissé entendre dans une récente interview qu'elle avait accordée au Vif que certains aménagements étaient possibles.Une modification est apportée par rapport aux premiers calendriers qui ont circulé. Il a été approuvé que le rythme 7/2 sera assoupli pour faciliter le quotidien de certaines familles dans des situations inconfortables. C'est le cas notamment des parents qui travaillent de l'autre côté de la frontière linguistique ou qui ont des enfants instruits dans les deux Communautés. L'assouplissement permettra de mieux réguler le congé de Carnaval, porté à deux semaines en 2023 (tout comme le congé d'automne/Toussaint). Au lieu de sept semaines prévues initialement entre la fin des vacances d'Hiver (Noël) et le début des vacances de carnaval, il y aura, en fonction des années, six ou huit semaines. Une semaine de congé sera généralement commune à tous les élèves belges et le Mardi gras tombera souvent durant ce congé. Les élèves des trois Communautés auront toujours une majorité de congés en commun. Les vacances de Noël seront ainsi chaque année synchronisées. Concrètement, sur 14 à 15 semaines de congé, 10 à 11 semaines seront communes (voir aussi l'infographie ci-dessous).Il y aura, par contre, toujours un grand décalage (près d'un mois) entre les vacances de printemps (Pâques) des écoliers wallons est celles des écoliers des autres Communautés. Ce que déplorent encore de nombreux parents. Ils sont ainsi plus de 1000 regroupés dans le grouppe Facebook "Pour un calendrier scolaire cohérent en 2022-2023". A l'heure d'écrire ces lignes, plus de 3000 parents ont déjà signé la pétition "Pour un calendrier scolaire identique dans toute la Belgique en 2022-2023." La solution serait que les autres communautés se lancent aussi dans cette réforme et soient prêtes pour la prochaine rentrée. Côté flamand, les choses commencent à bouger, mais beaucoup plus lentement. Le ministre de l'Enseignement Ben Weyts (N-VA) a lancé récemment l'idée d'un raccourcissement des vacances d'été. Après avoir reçu le secteur et les partenaires sociaux, il a fait un pas vers les francophones pour mieux connaître leur projet de réforme. Selon la Ministre Désir, la Flandre ne sera toutefois pas prête pour la prochaine rentrée 2022-2023. La ministre nous laissait entendre qu'elle n'excluait pas un report de la réforme, même si la possibilité s'éloigne de plus en plus : "Si j'étais persuadée que la Flandre était prête en 2023, j'attendrais, mais je n'ai pas de garanties pour l'instant", nous confiait-elle récemment. Dans ce scénario, les communes dites "à facilités" se disent aussi dans une situation complexe. Une délégation de trois communes à facilités a rencontré la ministre de l'Education la semaine dernière, rapporte le journal Le Soir. Echevins et directions ont dénoncé durant cette entrevue les difficultés que la réforme des rythmes scolaires va faire peser sur leurs communes, mais également sur Bruxelles. "Nous ne contestons certes pas le fond de cette décision, appréciable sur le plan pédagogique", explique Véronique Caprasse (Défi), échevine de l'Enseignement francophone à Crainhem citée par le quotidien francophone, " mais elle est irréaliste, si vous tenez compte aujourd'hui de la réalité du terrain." La réforme portera préjudice à de nombreuses familles bruxelloises où les enfants fréquentent des établissements différents, dont en Flandre, dans une même famille. Même souci dans les communes dites "à facilités". "Nos enfants - soit près de 3.000 élèves rien que pour nos huit écoles maternelles et primaires - sont dépendants des congés scolaires flamands. Or, il est fréquent que leurs grands frères et grandes soeurs suivent un enseignement secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles", indique Véronique Caprasse au Soir. "Parmi les parents, nous avons des enseignants en FWB et inversement, des professeurs qui ont des enfants dans les écoles francophones des communes voisines. Ces décalages horaires auront également une incidence négative sur l'organisation familiale. Et je ne parle même pas des parents divorcés..." L'échevine ajoute que certains parents ont déjà fait le choix d'inscrire leurs enfants à Bruxelles en raison de la réforme, ce qui risque d'accroître l'impact du manque de places dans la capitale.Autre conséquence de la réforme : alors que la pénurie de professeurs de langues est chaque année de plus en plus criante, le risque est aussi grand de voir des professeurs néerlandophones abandonner leurs heures de cours dans l'enseignement francophone pour des raisons familiales. Le cabinet de la ministre de l'Education se dit à l'écoute des représentants. Mais n'en démord pas pour autant. Pas question d'attendre que la Flandre s'aligne pour instaurer cette réforme. Le gouvernement espère pouvoir soumettre son projet de décret au Parlement pour adoption en mars 2022 au plus tard.