CCIB était autrefois l'anagramme du Consistoire central israélite de Belgique et non celui du Collectif contre l'islamophobie en Belgique, mais ce dernier voulait s'inscrire à tout prix dans le sillage du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). Un modèle aujourd'hui bien embarrassant. Après avoir mis fin à l'existence légale de BarakaCity (salafiste), du collectif propalestinien Cheikh Yassine et de celle des Loups gris (extrême droite turque), le gouvernement français a notifié sa dissolution au CCIF, qualifié d' "officine islamiste oeuvrant contre la République" par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Le collectif, qui a huit jours pour faire valoir ses observations, a déjà redéployé une partie de ses activités à l'étranger.
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CCIB était autrefois l'anagramme du Consistoire central israélite de Belgique et non celui du Collectif contre l'islamophobie en Belgique, mais ce dernier voulait s'inscrire à tout prix dans le sillage du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). Un modèle aujourd'hui bien embarrassant. Après avoir mis fin à l'existence légale de BarakaCity (salafiste), du collectif propalestinien Cheikh Yassine et de celle des Loups gris (extrême droite turque), le gouvernement français a notifié sa dissolution au CCIF, qualifié d' "officine islamiste oeuvrant contre la République" par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Le collectif, qui a huit jours pour faire valoir ses observations, a déjà redéployé une partie de ses activités à l'étranger. Sans doute le CCIB (1) n'est-il pas le CCIF. La notoriété de Mustapha Chairi n'est pas comparable à celle de Marwan Muhammad, ancienne figure de proue du CCIF, qui avait fait scander Allahu Akbar aux participants d'une marche contre l'islamophobie à Paris. A part le signe des Frères musulmans effectué dans un cadre privé (quatre doigts levés.... "comme ses quatre fils"), le président du CCIB maîtrise les codes de l'associatif bruxellois: discours de gauche, mais objectifs jugés par certains comme très conservateurs. Selon plusieurs acteurs ou observateurs de la scène musulmane, anonymes vu la sensibilité du sujet, l'influence du CCIB est surfaite. Il ne serait pas reconnu par les milieux salafistes ("trop politique") ni par les jeunes plus attirés par les notions de race et de genre. "Le CCIB est discriminant et clivant, estime un islamologue. Sans le voile qui stigmatise les femmes à qui l'on a fait croire qu'il s'agissait d'une obligation religieuse forte, le CCIB n'existerait pas." Le CCIB se défend catégoriquement de se contenter d'un seul sujet. Il travaille aussi sur "les actes incitant à la haine dans l'espace public ou sur les réseaux sociaux envers des personnes musulmanes: tête de cochon devant une mosquée à Gand, tentative d'incendie d'une mosquée à Colfontaine, croix gammée sur le mur d'une mosquée à Sledderlo, Winterslag et Kolderbos, profanation de tombes musulmanes..." Au début des années 2010, Mustapha Chairi milite au Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax) où, avec d'autres, il défend "les droits fondamentaux et une plus grande participation à la société en faisant reculer les discriminations". Son objectif est d'acclimater en Belgique les accommodements raisonnables venus du Canada. Ceux-ci permettent de déroger à la règle commune pour compenser une inégalité de nature, comme un handicap physique. Aujourd'hui très controversé au Québec, ce mécanisme a surtout profité aux minorités religieuses. Le Mrax a bien failli laisser sa peau dans ces débats. En 2012, avec Hajib El Hajjaji, Mustapha Chairi crée Muslims' Rights Belgium, que Marwan Muhammad (CCIF) soutient de sa présence lors d'une Journée internationale de lutte contre le racisme à Bruxelles. Il s'agit d'un "Mrax musulman" qui recensera les actes antimusulmans. La plateforme intègre aussi des chiites et des progressistes. En 2014, Mustapha Chairi fonde le Collectif contre l'islamophobie en Belgique avec notamment Hajib El Hajjaji et Farida Tahar. Ces deux piliers de l'asbl sont aujourd'hui mandataires Ecolo, l'un à Verviers, l'autre à Bruxelles. Chairi a été le secrétaire de la locale Ecolo de Bruxelles-Ville. Le CCIB reconnaît avoir demandé au CCIF l'autorisation de s'inspirer de son logo, "pour respecter les droits d'auteur". Bien qu'il s'en défende, le CCIF navigue dans les eaux internationales de l'islam politique. Pour le chercheur français Hugo Micheron ( Le Jihadisme français, Gallimard, 2020), "le CCIF appartient de manière plus ou moins assumée à la mouvance intellectuelle "frériste"". Selon une source sécuritaire consultée par le Vif/L'Express, "le CCIB est connu pour ses liens étroits avec les Frères musulmans. D'un point de vue structurel, certains administrateurs du CCIB sont actifs dans les organisations belges des FM. Idéologiquement, les discours du CCIB reprennent à leur compte les thématiques rhétoriques des FM ainsi que leurs chevaux de bataille traditionnels, par exemple, la pénalisation de l'islamophobie et la lutte contre l'interdiction du foulard dans les écoles et au travail. Dans ce cadre, le CCIB coopère régulièrement avec des organisations affiliées à la structure belge et européenne de la Confrérie". On songe notamment à Femyso (Forum of European Muslim Youth and Student Organisations), l'une des institutions coupoles, représentée auprès de l'Union européenne. Elle partage son siège de la rue Archimède, à Bruxelles, avec le CCIB. Des "accusations" que le CCIB qualifie de "graves, grotesques et infondées". Car, "contrairement à la confrérie des Frères musulmans ou des officines islamophobes, le travail du CCIB n'est pas centré sur une religion, l'islam, mais bien sur les victimes de l'islamophobie, à savoir des personnes non musulmanes ou musulmanes, de toutes tendances confondues (sunnites, chiites, soufis ou alevis), qui font l'expérience de la discrimination car perçues comme musulmanes". Le CCIF et le CCIB ont donc le même logo et parfois les mêmes éléments de langage, comme l'a relevé l'Observatoire des fondamentalismes. Après la décapitation de Samuel Paty, le 16 octobre dernier, les deux collectifs (voir les captures d'écran ci-dessous) ont exprimé leurs condoléances et réclamé le "silence". Il n'y avait pas de volonté de créer une polémique, décode le CCIB, mais de faire face "aux expressions politiques et de leaders d'opinion à tout-va". Une injonction paradoxale qui est au coeur du logiciel des deux collectifs: s'étendre beaucoup sur les torts faits aux musulmans, éviter que l'islam soit mis en cause. Quand des conférenciers connus pour leur antisémitisme forcené ont été annoncés à la Foire musulmane de Bruxelles ou à celle de Charleroi, le CCIB est resté muet. Il dit cependant "avoir informé les organisateurs que des orateurs posaient un vrai problème".Chaque année, la fondation turque Seta dresse un état des lieux de l'islamophobie en Europe auquel contribue le CCIB. En 2018, Mustapha Chairi s'en est vanté sur sa page Facebook (voir capture d'écran ci-dessous), avant de rétropédaler ("Nous y avons contribué par les faits et les dossiers que nous suivons. Mais nous n'avons pas pu relire la version finalisée et donc nous n'en assumons pas le contenu", texto du 25 mai 2018, lire Comment le soft power truc passe à l'offensive en Belgique). Dans l'édition en question du rapport Seta portant sur l'année 2017, la volonté de l'Etat belge de reprendre le contrôle de la Grande Mosquée après les "soi-disant attaques terroristes islamiques" de 2016 était taxé d'islamophobie. Quant à l'Etat français, il était qualifié de "policier" et de "fascisant" pour avoir durci sa politique antiterroriste après les attentats de 2015 et 2016. Masochisme? L'Union européenne finance le site islamophobiaeurope.com qui accueille ces rapports incendiaires, tout en précisant que leur contenu n'est pas de sa responsabilité ni ne reflète nécessairement ses vues. L'édition 2019 est à l'avenant. Elle compile des faits dont le caractère islamophobe n'est pas prouvé (l'agression d'une femme voilée à Anderlecht) et d'autres qui le sont probablement. Conclusion de la fondation turque: la Belgique glisse dangereusement vers une laïcité à la française, avec "une institutionnalisation de l'islamophobie genrée" dans l'enseignement et au travail. Justement l'angle d'attaque du CCIB dans son propre rapport "chiffres" 2019 (islamophobia.be). Sur 108 signalements, le CCIB en a retenu 80, qui ne sont ni décrits ni datés. Ils concernent principalement le travail et l'emploi (21), l'enseignement (18), la vie en société (16), les médias-Internet (10) et la politique (9). La quasi-totalité des 64 personnes physiques victimes d'islamophobie sont des femmes. Quatre dossiers sur dix (43,8%) sont le fait de "la puissance publique", ce qui, selon le CCIB, illustre le "caractère institutionnel et structurel de l'islamophobie dans notre pays". De quoi est-il question? "Des propos haineux de la part de mandataires politiques durant les élections régionales, l'interdiction du foulard dans l'accès à l'enseignement, dans les hôpitaux ou laboratoire, pour des formations à l'emploi, dans l'accès aux biens et services (piscine), refus d'inscription ou refus de passage d'examen...)", énumère-t-il. Nul doute que l'avis de la Cour constitutionnelle autorisant la Haute Ecole Francisco Ferrer (Ville de Bruxelles) à bannir le port de signes convictionnels dans le but est de créer un environnement scolaire neutre figurera dans les prochains rapports du CCIB et du Seta. "Nous évaluons que le but réel du CCIB est de faire avancer les objectifs et le discours des Frères musulmans, notamment à travers la polarisation et la propagation d'un sentiment de victimisation au sein de la société belge, analyse notre source sécuritaire. Dans leur vision du monde, les valeurs et l'identité islamiques sont fondamentalement incompatibles avec le mode de vie de la société occidentale. Les musulmans sont toujours présentés comme les victimes d'injustices systémiques propres à la société et à la mentalité occidentales." Les intéressés réfutent ces arguments: "Le CCIB veut agir au-delà de la simple dénonciation des actes islamophobes et se donne comme mission de construire des solutions avec les personnes discriminées pour les faire passer du statut de victime à celui d'acteur et de citoyen." Ces dernières années, le CCIB a noué une vingtaine de partenariats. Le Centre communautaire laïc juif lui a toutefois opposé une fin de non-recevoir, car "l'action du CCIB depuis des années s'oppose aux valeurs de liberté d'expression, de libre débat, d'antiracisme et de lutte contre l'antisémitisme qui fondent sa propre action." La Région de Bruxelles-Capitale et la Fédération Wallonie-Bruxelles subsidient certains de ses projets, dont les Veilleurs de l'islamophobie (CCIB) chargés de former une vingtaine de bénévoles à la détection et à la réaction en ligne aux discours de haine. Le réseau Open Society Foundations de l'Américain George Soros est un sponsor de la première heure. D'après le CCIB, ses principaux revenus, hors projets subsidiés, proviennent de son gala annuel. Quel sera l'impact de la dissolution du CCIF? Certains de nos interlocuteurs musulmans ne souhaitent pas une importation de la dynamique française: "La Belgique est un pays calme et doit le rester." Du côté académique, bien rares sont les chercheurs qui ont exploré le sujet des Frères musulmans, à l'exception de Brigitte Maréchal (UCLouvain). Pour l'islamologue Corinne Torrekens (ULB), très critique à l'égard de la décision française (revuenouvelle.be/Il-y-a-le-feu-aux-Lumieres), l'étiquette de Frère servirait à délégitimer un combat citoyen ( Islams de Belgique, Editions de l'université de Bruxelles, 2020). Unia s'interroge. L'organisme public collabore avec le CCIB comme avec d'autres associations qui recensent les entorses au principe de non-discrimination. Au nom de la non-discrimination sur base des convictions religieuses (neuf dossiers ouverts sur dix concernaient l'islam en 2019), Unia a mené de nombreux combats en faveur de la liberté de porter des signes convictionnels. Encaissant des échecs devant la Cour de justice de l'Union européenne (neutralité dans l'entreprise) ou la Cour constitutionnelle (neutralité à la Haute Ecole Francisco Ferrer). Sur la proximité supposée du CCIB avec le mouvement des Frères musulmans, le directeur francophone d'Unia, Patrick Charlier, relève qu'"au cours de réunions de travail avec la Sûreté de l'Etat et l'Ocam, dans le cadre du Plan national de lutte contre le racisme, on n'a jamais reçu de leur part un signalement d'un danger ou d'une difficulté à être en contact avec le CCIB. On aurait alors peut-être pris plus de distance. On entend ce qui est dit, mais ce n'est pas suffisant pour couper les ponts. Personnellement, je n'ai jamais constaté une quelconque complaisance de leur part par rapport au terrorisme ou à l'islam radical." Avant de prendre attitude, il attend des informations de son homologue français, le Défenseur des droits.