Malgré de précédentes tentatives infructueuses, les deux ténors de la politique belge se sont réunis pour la première fois lundi. Plus de 400 jours après les élections, les deux premiers partis de chaque communauté linguistique prennent ensemble les rênes de la formation, après de nombreux appels lancés en ce sens, particulièrement au nord du pays. Jusqu'à présent, M. Magnette s'y était toujours refusé. Sauf qu'il ne faut jamais dire jamais.
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Malgré de précédentes tentatives infructueuses, les deux ténors de la politique belge se sont réunis pour la première fois lundi. Plus de 400 jours après les élections, les deux premiers partis de chaque communauté linguistique prennent ensemble les rênes de la formation, après de nombreux appels lancés en ce sens, particulièrement au nord du pays. Jusqu'à présent, M. Magnette s'y était toujours refusé. Sauf qu'il ne faut jamais dire jamais. De nouvelles élections semblent impensables avec la flambée de la crise liée au Corona et le fait que, selon les sondages, elles ne feraient que rendre plus difficile la formation d'un gouvernement. Et si l'actuel gouvernement minoritaire se maintenait - ou si la "coalition Arizona" avec le SP.A mais sans le PS restait en piste - le PS risquerait d'être éjecté de la politique fédérale pendant des années. Et ce juste au moment où il y a une place politique pour l'investissement social. De quoi motiver les troupes. Selon De Morgen, les deux dernières semaines il y a eu des contacts discrets entre De Wever et Magnette, avec le président Conner Rousseau comme médiateur. "Lorsqu'il est apparu clairement le week-end dernier que la tentative de l'Arizona ne mènerait à rien, l'étape suivante était en fait déjà préparée : les deux plus grands partis des deux côtés de la frontière linguistique allaient prendre le relais. Le fait que le Roi ait maintenant nommé De Wever et Magnette donne également à leur mission un caractère officiel et impératif." L'annonce du Palais s'inscrit dans un mouvement entamé il y a quelques jours. La reprise en main des discussions par les socialistes francophones et les nationalistes flamands enterre, ou à tout le moins met au frigo, la perspective d'une alliance "Arizona" rassemblant les trois partis gouvernementaux -MR, Open Vld, CD&V- et le sp.a, le cdH et la N-VA. Dimanche, prenant acte de ces concertations discrètes, les présidents des partis gouvernementaux avaient suspendu leur mission dans l'attente d'une clarification du PS et de la N-VA. Ceux-ci "devaient" par ailleurs leur faire rapport de leurs discussions. Une injonction très mal passée chez les nationalistes. Lundi, M. De Wever faisait savoir qu'il n'était pas "une filiale" des trois autres partis. Désormais, c'est au Roi que MM. Magnette et De Wever feront rapport. Le communiqué du Palais n'évoque même pas la mission des trois présidents entamée le 17 juin. "Bouchez, Coens et Lachaert, qui s'étaient lancé dans de telles concertations de leur propre initiative, ont été froissés par la manoeuvre", dit encore De Morgen.De Wever et Magnette n'entament pas de consultation. Après quatorze mois de négociations, les positions de départ des différentes parties sont maintenant connues. De Wever et Magnette veulent d'abord chercher une base de départ commune et la présenter ensuite aux autres parties. Toute personne qui refuserait encore cette offre agirait de manière irresponsable. Le fait que, pour la première fois, les deux présidents prennent les choses en main ensemble indique que cette tentative est sérieuse", précise encore De Standaard.Le journaliste politique de la VRT Johny Vansevenant voit lui aussi plusieurs raisons pour lesquelles cela peut fonctionner cette fois-ci, bien qu'il y ait encore des obstacles. Selon Vansevenant, les plus grands partis au nord et au sud de la frontière linguistique se parlaient depuis trois semaines. "Les socialistes francophones craignaient beaucoup de rester sur la touche si l'Arizona devenait une réalité. Or la cure d'opposition de ces dernières années n'a pas permis au PS d'obtenir des voix. "C'est comme une sorte de bombe à retardement", sait Vansevenant. "La loi de financement de la sixième réforme de l'État fait en sorte qu'à partir de 2025, les francophones obtiennent moins parce qu'ils ont une économie moins performante. La Communauté française lance un cri d'alarme en disant qu'elle n'arrivera pas à joindre les deux bouts". Ensuite la FGTB est moins braquée sur le sujet. "Certaines mesures de confiance ont maintenant été prises", souligne Vansevenant. "Le gouvernement de Wilmès a, par exemple, investi un milliard supplémentaire dans les soins de santé".Sur Instagram, De Wever a posté lundi une photo dans laquelle on le voit cirer ses chaussures pour se rendre au palais. "Ce qui, un peu avant ou après les élections, aurait été ressenti comme un affront par de nombreux membres de la N-VA, se déroule maintenant sans heurts. Depuis les élections, De Wever a systématiquement préparé ses partisans nationalistes flamands à la coopération avec le parti qu'il condamne comme ennemi depuis des années. Même si De Wever lui-même reste prudent." dit de Standaard. Selon la VRT, La N-VA ressent encore le souffle chaud du Vlaams Belang dans son cou. "En gouvernant, le parti espère rétablir la confiance et ainsi ralentir le Vlaams Belang.""Pour le PS", estime le quotidien, "c'est beaucoup plus difficile. Magnette s'est heurtée à plusieurs reprises à son propre bureau de parti, notamment aux ailes bruxelloises, liégeoises et syndicales qui avaient mis leur veto. Lundi dernier, Magnette a finalement trouvé un soutien suffisant au sein de son parti pour continuer." La vidéo que De Wever et Magnette ont mise en ligne lundi soir était remarquablement similaire. Dans leur propre style, ils ont tous deux dénoncé l'indécision et le fouillis institutionnel actuels. Selon De Morgen, "le contenu des films a été vérifié au préalable, de sorte que personne ne puisse être inutilement frustré". "Maintenant qu'ils ont tous deux accepté une mission commune pour la première fois, il sera de toute façon très difficile de faire marche arrière. Celui qui tirera à nouveau la prise sera désigné comme responsable de la crise politique et de nouvelle élection. Le PS s'en rend compte. Et le fait que, contrairement aux missions précédentes, il y ait peu de fuites indique, à minima, un début de confiance."Le compromis consistera en grande partie en une politique sociale supplémentaire en échange de réformes communautaires, notamment dans le domaine des soins de santé et éventuellement d'autres pouvoirs tels que la politique du marché du travail, et d'une politique de sécurité plus stricte." dit encore De Standaard. "Une solution possible réside dans la "défédéralisation provisoire", dans laquelle le pouvoir reste en théorie fédéral, mais ou la gestion être ajustée par "sub-région", une ligne de conduite que les deux parties ont explorée précédemment. "Et qu'en est-il des autres thèmes difficiles, comme l'asile et la migration ?", se demande encore De Morgen.S'entendre est une chose. Un deuxième obstacle consiste à convaincre les partenaires nécessaires à cette coalition dit De Morgen. Le sp.a. est un choix évident. Rousseau et Magnette forment un tandem étroit depuis plusieurs mois. Le CD&V a toujours prôné un partenariat entre le PS et la N-VA. Mais les libéraux indiquent déjà qu'ils vont vendre chèrement leur peau. Le soutien du MR de Bouchez est indispensable dit encore De Morgen. Bouchez et son collègue de l'Open Vld, Lachaert, n'acceptent pas que le sp.a et la N-VA les aient snobés lorsqu'ils ont essayé de mettre la coalition de l'Arizona sur pied. Les deux parties indiquent également qu'elles ont lié leurs destins, alors que le PS a toujours dit qu'un gouvernement avec la N-VA, le MR et l'Open Vld est beaucoup trop à droite en ce qui les concerne. Et puis il y a la bataille d'égo entre Bouchez et Magnette pour le leadership politique en Belgique francophone dit encore le quotidien.Dans moins de dix jours, le vendredi 31 juillet, le Roi attend un premier rapport de De Wever et Magnette. À la mi-septembre, Sophie Wilmès (MR) demandera à nouveau la confiance du Parlement. Mais d'ici là, il est clair que l'été politique sera long.