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Sophie De Wit, députée fédérale N-VA, a tenu à rappeler le ministre de la Justice à ses devoirs : " Vous n'avez pas à adapter le nombre de détenus à la capacité des prisons mais la capacité des prisons au nombre de détenus. " C'est que le pouvoir fédéral, par le biais de son ministre Koen Geens (CD&V) et avec le coup de pouce de la magistrature, a pris sur lui de multiplier les bons de sortie sous conditions, histoire de tenir le coronavirus à distance des établissements pénitentiaires. Au choix : suspension des entrées, libérations anticipées, congés pénitentiaires prolongés ou encore usage plus intensif du bracelet électronique chevillé au corps des prisonniers en régime de détention préventive. Quitte, dans ce dernier cas, à s'aventurer sur une chasse gardée des Communautés, compétentes pour assurer le suivi de ces assignations à résidence. La Flandre a donc pris sa part de la charge refilée par le pouvoir fédéral. Jusqu'à frôler la saturation. En deux mois d'épidémie, elle a vu sa clientèle passer de 180 à 260 porteurs d'un bracelet électronique avec traceur GPS. Près de 50 % de suspects supplémentaires à tenir à l'oeil : le système flamand de surveillance a tout donné pour gérer les appareils en circulation dans le strict respect des conditions sanitaires et pour prévenir toute pénurie par une commande de 200 nouveaux bracelets. Dans l'entourage de la ministre en charge du dossier, Zuhal Demir (N-VA), on se plaît à souligner cette belle preuve de loyauté fédérale qui a permis d'éviter ce que le Sud du pays, lui, n'a pu empêcher : la formation de listes d'attente. Mais pareil investissement n'a que trop duré. N'a que trop coûté. Le boulier-compteur du gouvernement flamand s'est mis à digérer les chiffres communiqués par Koen Geens. 80 bracelets électroniques supplémentaires, à raison de 5 500 euros par an et par porteur (revenu d'intégration compris, à charge du fédéral), il devrait en coûter à la Flandre environ 400 000 euros. Cadeau que laissera le corona- virus et que la maison fédérale ne remboursera pas. Ou comment " une décision fédérale de diminuer le nombre de prisonniers devient un problème flamand ", a résumé le député régional Lorin Parys (N-VA) qui s'en est ému auprès du ministre- président Jan Jambon (N-VA). Surtout, il ne faudrait pas que le fédéral persiste dans le pli qu'il vient de prendre. Qu'il mette à exécution ses intentions d'élargir à l'avenir la surveillance électronique en matière de détention préventive, toujours aux frais des entités fédérées. Voilà ce qui arrive quand on fédéralise à moitié sans jamais faire suivre les moyens qui s'imposent. Ce serait tellement plus limpide si on revisitait le partage des compétences et de l'argent qui va avec. La Flandre s'est déjà unilatéralement pourvue d'une ministre de la Justice, Zuhal Demir, il lui tarde d'élargir son champ d'activités. D'ici là, " moins de bracelets électroniques, plus de peines de prison ", a martelé Jan Jambon. Question de principe, affaire de gros sous, volonté de ne pas subir le bon plaisir du pouvoir fédéral.