Vous avez étudié les chiffres du chômage wallon de ces dix dernières années. Qu'est-ce que cela vous a apporté ?
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Vous avez étudié les chiffres du chômage wallon de ces dix dernières années. Qu'est-ce que cela vous a apporté ? PHILIPPE DEFEYT: Pour la première fois, toutes les statistiques sont en baisse, que vous regardiez le nombre de demandeurs d'emploi qui ne travaillent pas - le paramètre utilisé par le Bureau fédéral du plan - ou le nombre de chômeurs qui ont droit à une indemnité - le paramètre de l'ONEM. C'est nouveau, et cela signifie que nous avons affaire à une tendance solide. En décembre 2016, 14,4% de la population wallonne était demandeuse d'emploi, une baisse de presque 10% comparé à décembre 2014. Le chômage wallon reste évidemment élevé, mais ce revirement proclamé depuis des années par les politiques francophones est maintenant réel. (rires) Ils ne sont plus obligés de choisir un chiffre spécifique qui les arrange. En 2016, Caterpillar a fermé, et pourtant vous êtes positif au sujet du marché du travail wallon. Certainement. La situation évolue mieux et plus rapidement que beaucoup ne le soupçonnent, et cette évolution peut très bien se poursuivre ces prochaines années.Est-ce grâce au gouvernement Michel? Le plan Marshall wallon joue également un rôle. Le gouvernement wallon investit d'énormes sommes dans ce plan, et il commence à produire des résultats. Et il y a effectivement aussi les mesures fédérales qui exercent également un impact favorable sur l'emploi. Même si en tant qu'économiste de gauche vous auriez peut-être fait d'autres choix budgétaires ? Exactement. La vraie question, c'est ce que ces nouveaux emplois vont coûter aux caisses de l'état. Ces mesures fiscales créent de l'emploi, mais les exemples du passé nous apprennent que le coût net par emploi supplémentaire est très élevé pour l'état. Pensez-vous que le "Buy Walloon Act" du gouvernement wallon, une série de mesures qui doit inciter les Wallons à acheter des produits locaux, peuvent booster l'économie wallonne ? Symboliquement, ces mesures sont peut-être utiles. Mais aujourd'hui, il ne faudrait pas tant appeler les consommateurs au nationalisme ou régionalisme économique - même si cela peut être important pour les produits agricoles, que les entrepreneurs. Ces derniers devraient afficher plus de fierté communautaire. Trop d'entrepreneurs tentent, dès qu'ils réussissent un peu, de vendre leur entreprise à un groupe international.