La N-VA n'a pas attendu le début de la réunion du comité restreint des ministres qui était prévue ce mardi après-midi pour lancer sur internet sa campagne choc contre le pacte onusien. A travers des textes et des illustrations, les nationalistes flamands y réaffirment leur féroce opposition au pacte et laissent clairement entendre qu'ils ne sont pas prêts à faire des concessions. Cette campagne pourrait bien signer la mort de tout compromis dans ce pacte migratoire.
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La N-VA n'a pas attendu le début de la réunion du comité restreint des ministres qui était prévue ce mardi après-midi pour lancer sur internet sa campagne choc contre le pacte onusien. A travers des textes et des illustrations, les nationalistes flamands y réaffirment leur féroce opposition au pacte et laissent clairement entendre qu'ils ne sont pas prêts à faire des concessions. Cette campagne pourrait bien signer la mort de tout compromis dans ce pacte migratoire.A travers six images, dont l'iconographie n'est pas sans rappeler celle du Vlaams Belang, le parti donne six arguments contre le pacte. Le slogan "Pacte migratoire = accès à la sécurité sociale, même pour les illégaux" est accompagné d'une file de migrants. Un cliché de réfugiés sur un bateau de fortune s'accompagne de la phrase: "Pacte migratoire = le séjour illégal n'est plus puni". Ou encore, on peut lire sur une photo de femmes voilées se baladant en rue "Pacte migratoire = focus sur le maintien de la culture d'origine des migrants". Comme le fait remarquer Le Soir, cette dernière photo n'a pas été prise en Belgique mais à Montjoie, en Allemagne, en juillet 2017. Il s'agit d'une photo libre de droits, disponible sur la base d'images 'Shutterstock' dans laquelle puisent de nombreux médias pour illustrer leurs articles. Sa légende est la suivante: "Femmes islamiques en niqab marchant dans les rues de Montjoie". Elle a notamment été utilisée par l'AfD, le parti d'extrême droite allemand, et reprise sur divers sites aux forts relents identitaires.Sur son site internet, la NV-A fournit quelques explications. "La N-VA ne veut pas se rendre complice de la dégradation de notre politique de migration, qui va à l'encontre de ce que la population veut". Ou encore: "Dans notre démocratie, nous décidons que c'est une question de principe pour nous, c'est pourquoi la N-VA s'oppose au Pacte des Nations Unies sur la migration. Le parti mentionne également qu'il n'est pas contre la migration par principe, mais affirme vouloir "écrire une histoire positive de la migration."Dans l'après-midi, la N-VA a ensuite retiré les photos de sa campagne publiées sur sa page Facebook et sur son site web. "Le service de communication du parti a commis une faute dans le choix des images et du moment. Les gens commettent des fautes, cela arrive également dans notre parti", a commenté mardi à son arrivée au Lambermont le vice-premier ministre N-VA Jan Jambon au sujet de la campagne controversée des nationalistes flamands contre le pacte sur les migrations. "Nous avons retiré cette campagne", a ajouté M. Jambon, invitant à une discussion sur le fond du pacte sur les migrations.Un peu plus tard dans la soirée, Bart De Wever, le président de la N-VA, a reconnu que son parti avait commis une erreur en lançant cette campagne. Cela "a semé de la confusion et on aurait pu s'en passer, comme d'une rage de dents", a-t-il expliqué sur les ondes de Radio 1. "L'équipe médias sociaux du parti a voulu faire cela de manière très abordable mais les images ne correspondaient pas bien avec le contenu, et l'objectif est donc raté". Le président de la N-VA juge pourtant que ces images correspondent à la "réalité". "C'est ce qu'on voit en rue, c'est la conséquence d'une politique migratoire (européenne, ndlr) défaillante", a-t-il dit.Pour le quotidien flamand De Standaard, le lancement de cette campagne en pleine négociation sur le pacte de l'ONU est "un affront supplémentaire pour Charles Michel". Celui de trop ? Pour la N-VA les dés semblent effectivement être jetés. En commençant sa campagne avant la réunion annoncée d'un "kern" potentiellement explosif en présence notamment de Theo Francken (prévu à 15h30, il a entretemps été reporté), la N-VA indique que la partie finale a commencé. Le journal flamand est d'avis qu'il est dorénavant vain de continuer à chercher une solution sur la base des notes interprétatives des Pays-Bas et du Danemark. La N-VA semble avoir opté purement et simplement pour la chute du gouvernement dans ce dossier. De quoi accentuer un peu plus la pression sur le Premier ministre et les autres partis de la coalition.Les réactions politiques n'ont pas tardé suite à la diffusion de ces images-chocs. Les images véhiculées ont provoqué de vives réactions dans l'opposition, mais aussi dans les rangs de la majorité. "La situation n'est pas bonne et la responsabilité est à imputer à ceux qui organisent des campagnes qui ne sont absolument pas conformes au pacte global", a indiqué mardi le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters. Il s'est scandalisé de la campagne N-VA auprès du Premier ministre. Tout en appelant au calme, il a qualifié la situation de "sérieuse". "La N-VA veut sans doute, par sa campagne, rompre toute forme de dialogue avec quelque parti démocratique que ce soit", a dit pour sa part Olivier Maingain, tandis que Julie Fernandez (PS) dénonçait une initiative digne de l'extrême-droite et que le PTB se demandait si la N-VA essayait de dépasser le Vlaams Belang par la droite. Pour le chef de l'opposition socialiste à la Chambre, Ahmed Laaouej, la N-VA démarre sa campagne électorale, qualifiée de "mensongère bien sûr". Kristof Calvo, chef de file des verts, "malheureusement, la désinformation et la fabrique de la peur continuent". Au sein du CD&V, Robrecht Bothuyne déplore : "Un parti qui dépense de l'argent dans une telle campagne publicitaire ne se soucie ni de votre portefeuille, ni du climat, ni de votre retraite, ni de notre économie ... Non, un tel parti s'affaire à se profiler sur la base de mensonges entiers et demi-vérités."De son côté, la co-présidente d'Ecolo, Zakiha Khattabi a tweeté:Les images ont été applaudies des deux mains par le Vlaams Belang, dont un des chefs de file, Filip Dewinter, a affirmé qu'il aurait pu les concevoir lui-même. D'après la N-VA, le texte de l'ONU est problématique car il pourrait être potentiellement contraignant et constituer une atteinte à la souveraineté. Le pacte est un texte de principe promouvant des migrations sûres, ordonnées et régulières. Dans son préambule, il rappelle la pleine capacité des Etats à déterminer leur politique nationale dans le respect du droit souverain. Toutefois, les opposants contestent l'esprit d'un texte qui à leurs yeux invite à une certaine empathie vis-à-vis des phénomènes migratoires.