A quoi va ressembler le voyage de demain ? Pour de nombreux Belges, le flou persiste sur la bonne tenue des vacances d'été. Pourra-t-on partir ? Dans quels pays et sous quelles conditions ? Beaucoup d'interrogations demeurent, agrémentées de nouvelles contraintes que Brussels Airport doit aussi surmonter.
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A quoi va ressembler le voyage de demain ? Pour de nombreux Belges, le flou persiste sur la bonne tenue des vacances d'été. Pourra-t-on partir ? Dans quels pays et sous quelles conditions ? Beaucoup d'interrogations demeurent, agrémentées de nouvelles contraintes que Brussels Airport doit aussi surmonter.A commencer par la mise en place de nouvelles mesures sanitaires dans l'aéroport auxquelles le voyageur devra s'habituer. "Le respect de la distanciation sociale est rappelé avec la présence de stickers au sol aux endroits où les files se créent : le screening des bagages à main, le check-in, ou encore la récupération des bagages en soute", nous indique Nathalie Pierard, porte-parole de Brussels Airport. "Des affiches d'information sont également présentes partout dans l'aéroport. Via les haut-parleurs, nous diffusons des messages très régulièrement. Tant le personnel de Brussels Airport que le police veillent à ce que ces mesures soient respectées."Des distributeurs de gel hydroalcoolique ont été installés dans l'entièreté de l'aéroport. "Il y en a quasiment tous les cinq mètres", glisse Nathalie Pierard. "On a aussi mis en place des 'lavabos mobiles', ce qui permet aux passagers de se laver les mains n'importe où dans l'aéroport."Le port du masque, qui était au début fortement recommandé dans l'aéroport, est maintenant obligatoire. Le personnel de l'aéroport effectue des contrôles et interpelle les personnes qui n'en portent pas. Si c'est le cas, des masques sont distribués gratuitement au besoin. "Mais attention, ce n'est pas une distribution spontanée ou à volonté", précise Nathalie Pierard. Le nettoyage de l'aéroport est constant. "Que ce soit des sols ou objets tels que poignées de porte, chariots ou bacs pour le contrôle de sécurité. Là où on passait une fois par jour, on passera peut-être trois fois par jour. Les bacs au contrôle de sécurité sont par exemple nettoyés après chaque passager."Aux arrivées comme aux départs, les passagers doivent passer un contrôle de température via les caméras thermiques. "Si la personne a plus de 38 degrés, elle repasse alors une deuxième fois le contrôle. Si les 38 degrés sont encore dépassés, le voyageur est pris en charge par un médecin, qui prendra sa température d'une autre manière", explique Nathalie Pierard. Le médecin de l'aéroport soumettra également au passager un questionnaire afin de déterminer s'il présente un risque de Covid-19 ou pas. Si c'est le cas, il se verra en effet refuser l'accès au terminal et donc à l'avion.Précision de taille : uniquement les passagers munis d'un billet d'avion et le personnel sont autorisés à circuler dans le terminal, aussi bien dans le hall des départs ou des arrivées. "Si vous venez chercher ou déposer quelqu'un, il faudra rester à l'extérieur. Seule une personne munie d'un billet d'avion peut passer le contrôle de température pour entrer dans le terminal", dit Nathalie Pierard.Pendant le confinement, l'aéroport accueillait une quinzaine de vols quotidiens, ce qui représentait moins de 1.000 passagers. Il s'agissait pour la plupart de vols de rapatriement ou de transit. "En temps normal, on atteint les 600 vols par jour".Mais l'aéroport n'a pas pour autant dormi. La crise du coronavirus a fait exploser l'activité cargo, qui a tourné à plein régime. Pour pallier la grosse demande en apport de matériel médical, un nouveau phénomène est né : la transformation d'avions passagers en avions cargo. A BruCargo, on compte environ 50 vols cargo par jour. Avec des différences : les full cargo (gros avions cargo), les services express (les avions DHL, qui transportent surtout du commerce), et enfin le cargo à bord d'avion passagers. Mais la paralysie presque totale des avions de ligne a provoqué une forte diminution de la capacité cargo normalement assurée par les avions passagers. "C'est la subtilité à comprendre. En temps normal, un avion de Brussels Airlines qui partait par exemple vers Rome transporte dans la soute, en plus des valises des passagers, des colis d'e-commerce, etc. ", explique Nathalie Pierard. L'arrêt des vols touristiques a donc rempli les vols full cargo. "Ce qui explique que beaucoup de compagnies ont décidé de transformer leurs avions passagers en cargo. Certains utilisent uniquement la soute, d'autres également la cabine. La moitié des vols cargo en ce moment sont donc opérés par des avions passagers."Hier, 4.000 voyageurs étaient attendus sur l'ensemble de la journée. Un test miniature pour l'aéroport, qui accueille entre 75.000 et 80.000 personnes par jour en saison estivale, 65.000 en temps normal. "Sur les 80 compagnies présentes à Brussels Airport, 19 vont reprendre cette semaine pour un total 36 destinations." Hier, on comptait 60 vols au total, soit 10% de l'activité normale. L'aéroport prévoit d'augmenter progressivement son offre."On table sur 120 destinations pour juillet, 140 pour août, où nous avons habituellement 230 destinations", précise la porte-parole. Hier, hormis certains vols prisés, le taux de remplissage des avions était encore assez faible. Nathalie Pierard se montre toutefois optimiste. "On constate avec les compagnies aériennes que les réservations vont bon train pour les mois d'été." En tenant compte de cette augmentation graduelle des destinations, le défi, pour l'aéroport, sera de ne pas perturber le bon flux de voyageurs, et donc éviter que de trop grandes files se créent, tout en respectant les mesures sanitaires en vigueur. "Hier, les flux ont bien été maîtrisés et le port du masque est en général très bien respecté." Dans tous les cas, Brussels Airport a déjà annoncé ne pas dépasser 50% de son offre habituelle jusqu'à la fin de l'année.La perte économique pour Brussels Airport Company est plus que conséquente. Elle est estimée à 150 millions d'euros sur l'année 2020. "Mais on s'attend aussi à des répercussions sur 2021 et même 2022", ajoute Nathalie Pierard. Dans l'équation, l'ouverture des frontières internationales est capitale. Si le retour à la normale devrait petit à petit se mettre en place entre les pays européens, voyager sur un autre continent ne semble pas encore d'actualité. "Quand pourra-t-on retourner aux Etats-Unis par exemple ? Cela reste un mystère."Pour tous les voyageurs, la grande question est aussi de savoir à quoi ressembleront les vacances du futur. "On espère évidemment que ces mesures disparaîtront un jour. Mais soyons clairs : on ne voyagera plus jamais comme avant. D'une manière ou d'une autre, la crise du coronavirus va laisser des traces indélébiles dans le temps. Les gens vont continuer à porter des masques, à ne plus se serrer la main de façon aussi spontanée et à maintenir une distanciation sociale", prédit Nathalie Pierard."C'est difficile de se projeter dans cinq ans. Mais pour ces vacances d'été, il est évident que ces règles seront toujours appliquées. En tant qu'aéroport, il est important que le passager puisse voyager en toute sécurité. Donc tant qu'il y a un risque, même minime, on continuera à imposer ces mesures", affirme-t-elle."On se demande quel va devenir le paysage de l'aviation dans les prochains mois et le visage de Brussels Airport. Que va-t-on pouvoir encore proposer comme destinations ? Quelles compagnies vont rester ? Que vont faire les passagers ? Vont-ils confirmer leur voyage ? Vont-ils réserver pour ceux qui ne l'ont pas encore fait ? En fonction de ça, les compagnies décideront d'augmenter ou non la capacité sur certaines destinations", résume la porte-parole, qui se montre enthousiaste pour cet été. "La plupart des gens sont contents de pouvoir confirmer leurs vacances d'été et de voir autre chose que leur maison. Ils attendent aussi de voir ce que vont faire certains pays. L'Espagne va par exemple rouvrir ses frontières à partir du 21 juin. Pour la Grèce, certains aéroports grecs sont déjà ouverts, d'autres devraient l'être le 1erjuillet. Tout ce qui est hors Europe risque d'être compliqué pour la saison estivale." Au milieu de ces inquiétudes, la restructuration annoncée de Brussels Airlines vient rajouter une dose de tracas. "Brussels Airlines occupe près de 40% de l'offre de Brussels Airport. On parle d'une vingtaine de destinations supprimées", dit Nathalie Pierard. L'enjeu de la présence de Brussels Airlines est encore plus profond."Ce qu'il faut savoir, c'est que Brussels Airport est un 'hub' important en Europe. Cela signifie que beaucoup de vols et de compagnies sont là grâce à Brussels Airlines, qui fait partie du groupe Star Alliance. Cela favorise donc la présence d'autres compagnies dans l'aéroport avec les vols de correspondances. Si Brussels Airlines se retirerait, cela impacterait aussi toute l'offre de Star Alliance présente à Brussels Airport. Cela pourrait inciter certaines compagnies aériennes à se dire : 'Si on ne peut plus proposer telle destination en transfert à nos passagers à Bruxelles, on va peut-être aller à Amsterdam ou à Paris'", explique Nathalie Pierard. Elle ajoute : "Pour nous, il est primordial que Brussels Airport reste un hub international important, vers l'Afrique notamment. Et de garder cet aéroport qui permet d'aller aux quatre coins du monde, soit en direct, soit via les transferts.""Même si c'est une reprise lente, il était vital de recommencer. Car cela impacte évidemment beaucoup d'emplois", poursuit Nathalie Pierard. "Pendant la crise, environ 70% du personnel de l'aéroport était en chômage temporaire. Pour le passage à la sécurité, on compte normalement une vingtaine de couloirs pour les contrôles. Ils étaient réduits à deux seulement lors du confinement", donne-t-elle pour exemple. Le retour du personnel de l'aéroport se fera lui aussi de manière progressive. "Plusieurs personnes sont de retour au travail dans certains départements. Mais il y a toujours une partie du personnel en chômage temporaire, au moins jusque fin août."Les commerces, par exemple, n'ont pas encore tous rouvert. Ici aussi, la reprise sera graduelle. Avec 4.000 passagers par jour, au lieu de 80.000, beaucoup travailleraient à perte. Feu vert pour les librairies et les duty-free. Pour la restauration, c'est plus compliqué. Actuellement, il y a deux points de restauration dans la jetée A, deux dans la jetée B. Trois dans le hall des départs et un dans le hall des arrivées. "On en compte entre 30 et 40 en temps normal", précise la porte-parole. La faillite de Swissport est un autre coup dur pour l'aéroport bruxellois. "Les compagnies qui étaient avec Swissport ont soit signé un contrat temporaire avec Aviapartner, soit repris le handling à leur charge. C'est le cas de Brussels Airlines qui détient la licence pour certaines tâches. ", dit la porte-parole. "Nous avons contacté la semaine dernière une dizaine de sociétés de handling, qui doivent remettre cette semaine une offre ferme. Parmi ces candidats, un seul sera sélectionné, à qui nous offrirons une licence temporaire également. Tout ceci pour éviter une situation de monopole d'Aviapartner." Légalement, l'aéroport doit en effet avoir au minimum deux sociétés de handling. "Pour une licence définitive, il faut suivre une procédure qui prend plusieurs mois. Le remplaçant de Swissport signera donc un contrat temporaire."Pour l'aéroport de Bruxelles et les compagnies qui gravitent autour, les turbulences ne sont pas prêtes de cesser. Dans la tempête, Nathalie Pierard rassure : "Nous mettons tout en oeuvre pour que le voyage en avion reste totalement safe."