La tâche peut paraître évidente, elle ne l'est pas. Pour faire face à la crise du coronavirus et l'arrivée massive de matériel médical, nombreux sont les employés de Brussels Airport à avoir modifié leurs habitudes de travail pour le bien commun. Mieux : certaines entreprises dépassent leurs attributions classiques et transforment leurs services en aide concrète.
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La tâche peut paraître évidente, elle ne l'est pas. Pour faire face à la crise du coronavirus et l'arrivée massive de matériel médical, nombreux sont les employés de Brussels Airport à avoir modifié leurs habitudes de travail pour le bien commun. Mieux : certaines entreprises dépassent leurs attributions classiques et transforment leurs services en aide concrète.C'est le cas de Newrest Servair, société de catering qui s'occupe habituellement du chargement de la nourriture à bord des avions. A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. L'entreprise vient en renfort d'Aviapartner et est désormais entièrement réquisitionnée pour assurer le déchargement de masques et autre matériel médical. Nous avons suivi leurs activités sur le tarmac de Brussels Airport. Vous n'arriverez pas à vous balader sur la piste de l'aéroport en un claquement de doigts. Pour y avoir accès, les démarches sont importantes. Demande de reportage, acquisition d'un badge visiteur avec un accompagnateur officiel, autorisations des compagnies concernées. Sur place, l'accès à la piste ne se fait pas via un terminal, mais par une entrée bien gardée. Après un passage à la sécurité et un screening complet, nous voilà sur le tarmac. La sensation est impressionnante. Le soleil tape et la chaleur est démultipliée. Nous montons à bord d'une voiture. Pour rouler sur une piste d'aéroport, les employés doivent passer un permis spécial, avec un code de la route bien spécifique. Après un petit tour du propriétaire (c'est grand, très grand), nous nous rendons dans la partie de l'aéroport dédiée aux vols cargo: BruCargo. Ici, aucun vol passagers. Des avions de compagnies asiatiques ronronnent sur le tarmac.Nous attendons un Boeing 777 d'Emirates. Prévu pour 15h15 en provenance de Dubaï, ce colosse pointe le bout de son nez à 14h50 : il faut croire que le trafic est dégagé. En temps normal, cet avion de ligne peut transporter jusqu'à 360 passagers. C'est d'ailleurs exactement la même "slot" (ligne) qui est opérée quotidiennement entre Dubaï et Bruxelles. Cette fois, l'appareil ne s'arrête pas au terminal passagers, comme à son habitude, mais bien à BruCargo.Aujourd'hui, ce sont 900 boîtes en carton, remplies de masques chirurgicaux et de blouses jetables, qui attendent les équipes d'Aviapartner, épaulées par Newrest Servair. Le matériel vient d'Hong-Kong, mais il a transité par Dubaï pour être trié et rechargé. Par carton, on peut compter de 1.000 à 2.000 masques, en fonction du packaging. Faites le compte : 1 million de masques (et d'autre matériel médical comme des tigettes de dépistage ou des blouses pour médecins et infirmiers), arrivent dans ce seul avion. L'opération est rentable pour la compagnie aérienne puisqu'il s'agit de missions gouvernementales, payées par l'Etat. En réalisant ce genre d'approvisionnement, c'est aussi une manière, pour les compagnies, de garder une priorité sur leurs lignes aériennes une fois que le retour à la normale aura lieu. Ces missions inédites se réalisent au cas par cas. Nous avons eu connaissance de celle-ci 48 heures avant.Mais pourquoi, au fait, des avions de lignes décident de se transformer en cargo ?Avec la crise du coronavirus, la demande en fret explose et est trop grande pour être uniquement supportée par la flotte mondiale de cargo.L'intervention de Newrest Servair est essentielle : comme la majorité du matériel est stocké dans la cabine, et non pas en soute, la compagnie de "Handler", qui s'occupe en temps normal de charger et décharger la soute, n'est pas compétente pour cette opération précise. Les camions de l'entreprise française sont requis car ils sont prévus pour s'arrimer jusqu'aux portes, pour, normalement, y charger de la nourriture. Dans ce cas-ci, cela évite de devoir faire descendre les cartons un à un par les escaliers. Un partenariat sur-mesure a donc été mis en place entre Newrest Servair et Aviapartner (la compagnie de "Handler") pour afin de pouvoir décharger la cargaison dans la cabine, ce qu'on appelle aussi le "cabin load".Un camion pouvant supporter un chargement de 4,5 tonnes est affrété. L'exercice est presque... chirurgical : il faut approcher le camion au plus proche de l'avion, et en aucun cas le toucher, avant d'y poser une passerelle. Quelques contrôles de badges plus tard, nous avons finalement accès à l'intérieur de l'avion. Les first class et business class épargnées, nous nous enfonçons un peu vers les classes économiques, où sont entassées les 900 caisses de masques. L'image est forte et l'ambiance est à l'entraide, entre le personnel d'équipage (des hôtesses sont aussi présentes, même pour ce genre de vol), les employés de Newrest Servair et d'Aviapartner.Pour le déchargement, pas d'autres solutions que la bonne vieille chaîne. Comme la cargaison se trouve sur les sièges, impossible de mettre en place un système de roulement avec des palettes. Alors, tout le monde s'y met. C'est physique, très physique, car, en plus, le timing est serré.Tout a un coût : en temps normal, un avion passagers d'Emirates reste 1h30 au sol à Bruxelles. Ici, la mission durera plusieurs heures. La sûreté et le bon déroulement de l'opération sont supervisés.Après plus de 4 heures de déchargement et de chargement manuels, la marchandise est ensuite transportée dans les hangars d'Aviapartner. Elle y sera stockée, triée, dispatchée puis ensuite être redistribuée sur le marché. Le lendemain, l'opération sera renouvelée, avec l'arrivée d'une cargaison via Vietnam Airlines, cette fois.Les héros de la crise sanitaire, c'est aussi eux. Ces employés qui, pendant 4 heures, à la simple force des bras dans une chaleur étouffante, se rendent indispensables. Pour la bonne réception du matériel médical dont tout le monde a besoin. Eux aussi mériteraient des applaudissements au balcon.