> Lire notre dossier Notre grande enquête: les Belges inquiets face à leur avenir financier
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> Lire notre dossier Notre grande enquête: les Belges inquiets face à leur avenir financierLes Belges, c'est clair, commencent à ressentir les effets de la crise de la Covid sur leur situation financière. Mais - heureusement - pas dans leur grande majorité, du moins au moment où notre enquête a été réalisée, c'est-à-dire début septembre, soit six mois après l'entrée en vigueur des mesures de confinement. Un petit tiers des répondants (30,1%) disent avoir enregistré une baisse de leurs revenus, deux tiers (66,6%) affirmant n'avoir pas ressenti d'impact. Tout le monde n'est cependant pas logé à la même enseigne et, s'il n'y a aucune différence des deux côtés de la frontière linguistique, une catégorie professionnelle est plus affectée que les autres: les indépendants. Plus de six sur dix enregistrent une perte de rentrées financières. Suivent les ouvriers (44,8%) puis les inactifs (37,8%). Les employés et les pensionnés s'en sortent mieux, pour ne pas parler des fonctionnaires. Ce qui justifie la perte de revenus pour ceux qui l'ont subie? Le chômage temporaire (21,2%), l'absence d'augmentation (11,8%), la perte d'emploi (5,5%), la fermeture de l'entreprise (4,6%). Impact limité aussi sur les dépenses, mais plus partagé cette fois. Si quatre personnes sur dix n'ont pas connu de différence au cours des six derniers mois, un petit tiers des répondants dit avoir dû faire face à une augmentation de ses dépenses et un plus gros tiers à une diminution. L'épargne non plus n'est pas trop affectée: un Belge sur trois a épargné moins au cours de cette période, mais la capacité d'épargne reste globalement favorable. Ces derniers mois cependant, à peine plus d'une personne sur dix a pu mettre un peu plus d'argent de côté qu'à l'accoutumée. Dans l'immense majorité des cas, ceux qui ont pu faire des économies ont épargné... parce qu'ils dépensaient moins. En cause: la fermeture des bars et restaurants, les interdictions de voyage, l'accès réduit aux magasins, bref, l'impact du confinement printanier. Mais aussi, pour 13% des répondants, la "peur de l'avenir". Il y a le vécu et il y a la perception. Ce qui entre ou qui sort du portefeuille, c'est palpable, concret, directement mesurable. Mais ce que les Belges ressentent depuis quelques mois est loin d'être négligeable. Ainsi ont-ils l'impression, dans leur grande majorité (76,8%), que tout est devenu plus cher avec la crise du coronavirus. Vrai ou faux? Une enquête réalisée en août dernier par Test-Achats auprès de la grande distribution semble leur donner raison: les prix ont bel et bien augmenté. Mais il y a aussi un facteur indirect: beaucoup de consommateurs semblent avoir privilégié le commerce de proximité ou en ligne pour éviter les trop longs déplacements. Quitte à payer plus cher. Autre sentiment marqué: la crise aurait accentué les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres. C'est plus difficile à mesurer. A l'échelle de la planète, un récent rapport de l'ONU montre que, s'il ne les a pas creusées, le coronavirus a au moins mis au jour les inégalités sociales en illustrant combien l'accès aux soins de santé, à l'hygiène, à l'eau potable ou à l'emploi était inéquitable. Une réalité qui n'est pas éloignée de ce que vivent de plus en plus de personnes jusque dans nos pays, en particulier parmi les migrants et autres sans-abri. Le dernier avis tranché porte sur l'autosuffisance européenne en produits sanitaires et d'hygiène. Pour 71,6% des Belges, l'Europe doit promouvoir leur production au lieu de les importer, quitte à ce qu'ils coûtent plus cher. Les avis sont plus partagés sur deux autres questions importantes. Le gouvernement fédéral a-t-il fourni les efforts adéquats dans la gestion de la Covid? Un tiers des Belges (32,4%) pense résolument que oui, un quart (26,1%) est d'avis contraire. La moitié n'a pas une opinion tranchée. Le soutien de l'équipe Wilmès a-t-il été apporté à ceux qui en avaient le plus besoin? Là, les proportions s'inversent. Oui, tout à fait: 22,6%. Non, pas du tout: 34,5%. Pas d'avis clair et net: près de la moitié des sondés. On pense tout de même à la saga des masques, à l'hécatombe dans les maisons de repos, à la communication chaotique, au bras de fer entre politiques et experts. Et on se dit, avec les personnes interrogées: peut - ou doit - mieux faire! Comment? En concentrant des moyens financiers sur le secteur de la santé. Pour nos répondants, les priorités du nouveau gouvernement, emmené par Alexander De Croo, devraient ainsi aller, dans l'ordre, vers: 1. des stocks suffisants de matériel médical (54,6%). 2. de meilleures conditions de travail dans les soins généraux (45,8%). 3. l'achat et la distribution de vaccins quand ils seront disponibles (44,3%). 4. le maintien de la sécurité sociale actuelle (43,8%). 5. de meilleures conditions de travail dans les maisons de retraite (43,1%). 6. la recherche scientifique (34%). En septième position, et pour un gros quart seulement (27,5%) des répondants, un soutien gouvernemental renforcé aux secteurs les plus touchés. C'est peut-être ça le plus étonnant. Contrairement à septembre dernier, on connaît désormais l'épure budgétaire dans laquelle le gouvernement De Croo devra inscrire sa politique. Ce n'est pas Byzance... On sait aussi qu'il est question d'un futur "impôt sur la fortune" dont la forme et l'ampleur restent à préciser - ou à négocier? Mais au fond, que pensent nos concitoyens d'une éventuelle contribution des plus riches à la crise? Oui, trois fois oui, hurlent en choeur les répondants à l'enquête! Près de sept Belges sur dix, qu'ils soient Flamands ou francophones, hommes ou femmes, ouvriers, employés ou pensionnés, plébiscitent l'idée d'un impôt frappant les fortunes supérieures à un million d'euros! Et à peine 10% sont contre, en moyenne, les autres restant neutres. Les plus farouches opposants se recrutent parmi les indépendants. Et encore ne sont-ils que 25% contre un tel "impôt des riches". Voilà pour la taxe sur le patrimoine. S'il s'agissait de frapper les revenus les plus élevés, l'enthousiasme est moins marqué, tant s'en faut. A l'idée d'un impôt complémentaire sur la partie dépassant un revenu mensuel de 4.500 euros net (par ménage), on ne trouve plus que 41,2% d'opinions favorables, contre 33,2% d'opposants. Avec 25,6% d'indécis, cela donne tout de même une confortable majorité relative. Voilà qui est clair: même après la crise, les secteurs actuellement les plus affectés continueront à souffrir. Voyages, culture et loisirs, Horeca, activités sociales... Aucun ne doit s'attendre à voir les consommateurs leur consacrer un plus gros budget dans l'avenir, que du contraire. Selon notre enquête, tous devront faire face à une diminution des dépenses des ménages. Elle est annoncée par le tiers des répondants en moyenne: 38,7% des personnes interrogées iront moins au restaurant, 35,7% partiront moins en vacances, 30,3% se rendront moins au théâtre, au cinéma, au concert... Le seul secteur qui pourrait bénéficier d'un (très timide) regain de dépenses est celui des aliments bio et de proximité, avec 13,3% des Belges qui se disent prêts à dépenser plus. Mais ils sont 14,8% à prévoir de réduire ce type d'achats. Ce sera donc au mieux une opération neutre.