Entendez, un peintre capable de faire chanter l'apparente monochromie. Certains, pour ce faire, usent d'accords, de contrastes et de subtils voisinages entre teintes chaudes et froides, claires et plus sombres. Mais le miraculeux effet chromatique ne vient pas tant de la couleur elle-même que de ce qu'elle provoque à sa surface : un mirage lumineux, un reflet, une vie soudaine venue là à la manière d'un chant. Bien sûr, cela se provoque et s'expérimente au fil des jours et des années de solitude dans l'atelier. Cela joue sur l'épaisseur de matière déposée, griffée, épaisse ou fine, rugueuse ou fluide. Cela se travaille dans le caractère de la forme, ses rapports aux bords de la feuille, les passages et les contours. Mais est-ce imaginable que l'unique noir, seule couleur avec le blanc à être hors du spectre, puisse combler les désirs du coloriste ? Oui, parce que la sensibilité du noir à la lumière (en lui et hors de lui) est extrême et fait naître à sa surface des accents colorés insaisissables, immatériels mais bien présent. Soulages a mis plus de trente ans avant de ne peindre qu'en noir (les "outrenoirs"). Auparavant, i aura cherché à gagner ses profondeurs de diverses façons et parfois en associant deux ou trois teintes brou de noix, bleu, vert). Il aura aussi cherché à travers d'autres techniques comme celles de l'eau forte, de la lithographie ou encore de la sérigraphie. Ce sont ces travaux-là qui évoquent l'évolution du travail avant 1979 qui sont présentés dans la galerie bruxelloise. Cerise sur le gâteau, les amateurs et curieux seront ravis d'emporter avec eux, le très beau texte écrit par Roger-Pierre Turine à la suite de quelques rencontres tout en bonheur (éditions Tandem).

Bruxelles, galerie Faider. 12 rue Faider. Jusqu'au 21 mai. Du Me au Sa de 14 à 18 heures. www.galeriefaider.be